France

Faut-il s’alarmer de la diffusion des sujets du bac sur l’Internet ?

Lundi 20 janvier, quelques heures après l’ouverture – perturbée par endroit – de la phase des épreuves communes du contrôle continu, la section histoire-géographie du SNES, principal syndicat enseignant du secondaire, sonnait l’alerte sur Twitter : « Les sujets fuitent partout y compris dans les reportages radio. Il vaudra mieux passer en dernier ! C’est ça, le bac ’’remusclé’’ de Jean-Michel Blanquer ? »

Un tour des réseaux sociaux permet, il est vrai, de constater que des candidats ont mis en ligne les sujets sur lesquels ils ont travaillé, sujets encore susceptibles d’être donnés à d’autres, dans d’autres établissements. Car chaque lycée est libre d’organiser les E3C jusqu’au 4 mars, aux dates de son choix, en puisant dans une banque nationale de sujets.

Une probabilité très faible

La divulgation de ces sujets est-elle de nature à avantager certains candidats ? Le ministère répond par la négative, en arguant que la banque nationale compte environ 1 700 sujets différents. « En maths, pour la série Sciences et technologies de laboratoire, les organisateurs des épreuves avaient le choix entre une cinquantaine de sujets, confirme la proviseure Florence Delannoy, secrétaire générale adjointe du SNPDEN. La probabilité qu’un candidat repère sur l’Internet le sujet sur lequel il va tomber est très faible. » Le bac demeure, dit-elle, « totalement égalitaire ». À ceci près que « ceux qui passent les E3C quelques jours après les premiers examens peuvent savoir quel type d’exercice leur sera demandé, des exercices proches de ce qui se fait généralement lors des devoirs sur table ».

« Quelqu’un qui, dans la dernière ligne droite, voudrait bachoter le sujet mis en ligne par tel candidat de Poitiers, devrait aussi travailler ceux mis en ligne par les élèves de Montbéliard, Lille ou encore Châteauroux… », abonde Pierre Mathiot, concepteur de la réforme du bac. Découvrir ces sujets sur l’Internet peut même selon lui avoir une vertu : « Faire redescendre le stress des candidats, montrer qu’on ne cherche pas à les piéger. »

La banque nationale de sujet bientôt publique ?

À terme, le ministère envisage d’ailleurs de rendre publique la banque nationale de sujets. « Il n’y a là rien de choquant, dès lors qu’on aborde les E3C dans une logique de contrôle continu, à la façon d’évaluations formatives devant aider les élèves à s’améliorer », plaide Pierre Mathiot. Programmées à cheval sur la première et la terminale, les trois sessions d’épreuves communes comptent au total pour 30 % de la note finale.

« L’alternative aurait consisté à faire plancher tous les élèves de première, le même jour, sur le même sujet. Mais ceux-là mêmes qui se plaignent aujourd’hui auraient contesté au nom de la liberté pédagogique un tel dispositif qui les aurait obligés à tous progresser au même rythme dans le programme », fait-il observer.