France
This article was added by the user . TheWorldNews is not responsible for the content of the platform.

Fin de vie : quand la gauche oublie la solidarité

Les « cathos de gauche », dit-on, auraient disparu du paysage politique faute de troupes. Mais n’est-ce pas la gauche elle-même qui a disparu ? Ou du moins fortement évolué, rendant difficile des convergences avec le christianisme ? Significative de ce point de vue, la question de la fin de vie et de l’ouverture d’un droit à mourir, devenue un marqueur politique pour les élus de gauche et du centre.

Jusqu’ici, les chrétiens « progressistes » partageaient avec la social-démocratie la nécessité d’une plus grande solidarité, animés par cette conviction que l’initiative privée, fût-elle religieuse, ne suffisait pas, et qu’il était important que l’État s’attaque aux structures à l’origine des inégalités sociales… Ces deux courants de pensée se retrouvaient donc sur un nécessaire équilibre entre solidarité et liberté.

Curieusement, à partir du moment où l’on touche au domaine du privé, de ces fameuses questions dites « sociétales », comme la GPA, la bioéthique, la sexualité, ou donc la fin de vie, la gauche politique considère avec une belle unanimité que le choix ne relève que de l’individu, et non du groupe. Pour la fin de vie, elle met en avant, à juste titre, le consentement du patient, qui doit lui permettre de décider de manière autonome. Mais sans jamais se soucier de savoir dans quelle mesure ce consentement peut être donné en toute liberté.

Il y a une certaine naïveté, de la part de ceux qui militent pour l’euthanasie, d’en appeler au bien commun, en s’affranchissant totalement de l’examen des conditions sociales et économiques dans lesquelles celle-ci va s’exercer. Pour avoir la liberté de faire un choix, il ne suffit pas d’ouvrir les possibles. Encore faut-il s’assurer que le patient puisse réellement faire ce choix. Qu’il n’est pas sous pression. Sous influence. Qu’il a les moyens de refuser ou d’accepter réellement, sans le faire par défaut.

La mort n’est pas une affaire privée. Elle dépend aussi des structures sociales. C’est vrai pour le traitement de la souffrance en fin de vie. Dans 26 départements, il n’existe aucun service de soins palliatifs. Dès lors, il est à craindre que le choix du droit à mourir soit surtout un choix de ne pas continuer à vivre faute d’accès aux médicaments permettant de soulager la douleur. Mais c’est vrai aussi pour tout le système de santé, puisque l’on meurt de plus en plus à l’hôpital.

L’euthanasie pose aussi une question d’éthique sociale

Or en France, ce dernier est extraordinairement inégalitaire, comme vient de le montrer le récent rapport du Comité consultatif national d’éthique – dont on a hélas beaucoup moins parlé que de celui sur l’euthanasie (1). Les plus pauvres sont aussi les moins bien soignés. Comment revendiquer une liberté à demander la mort sans questionner les contraintes sociales, le plus souvent d’ailleurs intériorisées, qui vont peser sur cette liberté ? Quelle fin de vie pour une personne n’ayant pas la possibilité de se payer suffisamment d’heures d’auxiliaire de vie, ou redoutant de peser sur les finances de ses enfants ? Ou encore qui aurait depuis longtemps renoncé à se soigner faute d’argent ?

L’euthanasie pose aussi une question d’éthique sociale. Nous payons avec nos cotisations pour un système de solidarité qui devrait assurer la prise en charge des plus vulnérables. Va-t-on désormais cotiser pour un système social qui permet l’élimination des plus vulnérables ? Que devient le pacte social sur lequel repose notre nation depuis 1945 ?

Les pays voisins ayant légalisé l’euthanasie font tous l’expérience d’une extension du nombre de cas aux plus marginalisés, aux handicapés. On voudrait réduire le débat à un affrontement philosophique sur le droit de donner la mort. Sans voir que les facteurs sociaux conditionnent en grande partie notre rapport à la mort. Comme si une gauche devenue plus libertaire que solidaire s’apprêtait à laisser les plus pauvres s’éliminer eux-mêmes.