France

Geena Davis : « Hollywood met de côté le point de vue des femmes »

L’actrice et productrice américaine milite pour plus de parité dans l’industrie du cinéma.

Propos recueillis par Arnaud Leparmentier

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Geena Davis dans le documentaire qu’elle produit « Tout peut changer. Et si les femmes comptaient à Hollywood ? ». CREATIVE CHAOS VMG, WOMEN IN HOLLLYWOOD

Actrice (Thelma et Louise, Beetlejuice), productrice et scénariste, Geena Davis, 64 ans, milite depuis de nombreuses années pour la cause des femmes à Hollywood, notamment au sein du programme Women in Motion, de Kering. Rencontre à New York à l’occasion de la sortie en salle, mercredi 19 février, du documentaire de Tom Donahue, Tout peut changer. Et si les femmes comptaient à Hollywood ?, qu’elle produit.

Ce film explore la sous-représentation des femmes dans l’industrie du cinéma américain. Une seule a ainsi reçu l’Oscar du meilleur réalisateur, Kathryn Bigelow, en 2010, pour « Démineurs ». Comment expliquez-vous cela ?

C’est parce qu’on ne donne pas aux femmes les mêmes chances qu’aux hommes. En partie en ne leur faisant pas confiance quand elles débutent. Et même lorsqu’elles réalisent des films brillants, elles ne sont pas nominées pour autant. Cela fait partie d’un biais culturel inconscient. L’industrie du cinéma avait pourtant commencé de manière extraordinairement égalitaire [au temps du muet]: les femmes dirigeaient des studios, elles étaient de grandes stars et metteuses en scène. Avec l’arrivée du sonore, l’argent a commencé à couler à flots et les hommes ont pris les postes-clés. On ne s’en est jamais remis. Je ne sais pas s’il y avait une volonté d’exclure les femmes, mais c’est ce qui s’est passé. A cause du sexisme, qui est désormais très ancré dans la culture d’Hollywood.

Depuis « Thelma et Louise », sorti en 1991, la représentation des femmes au cinéma n’a-t-elle pas évolué de manière positive ?

Les choses ont effectivement beaucoup changé, mais nous avons encore du chemin à parcourir. On ne peut pas se contenter de dire : « On a fait quelques progrès, c’est bien », quand il y a encore tant d’inégalité de salaire et que si peu de femmes parviennent à réaliser, écrire, produire ou à accéder à de hautes responsabilités.

La bataille se joue-t-elle à l’écran ou derrière la caméra ?

Partout, mais les problèmes sont plus aigus derrière la caméra. Les femmes réalisatrices, compositrices, chefs de la photographie sont moins de 10 %. Quand une femme réalise un film, il y a plus d’actrices à l’écran et c’est une manière d’améliorer les choses. Nous voulons que le cinéma soit le reflet du vrai monde, qui est à moitié féminin et très divers.

Comment travaillez-vous pour améliorer les choses ?

Je travaille sur la représentation des femmes et des petites filles à l’écran. Vous ne pouvez certes pas faire jouer des femmes dans Il faut sauver le soldat Ryan, mais l’objectif est d’atteindre la parité hommes-femmes sur les écrans, particulièrement dans les programmes regardés par les enfants. Ils doivent voir des personnages féminins accomplir des choses importantes. Nous venons d’atteindre l’égalité sur les rôles principaux dans les programmes pour enfants pour la télévision. C’est historique, ce n’était jamais arrivé auparavant.

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