France

Grèce, l’Europe sans voix

C’est la nouvelle de la semaine : la Grèce nous a acheté dix-huit avions Rafale, dans le but de répondre aux rodomontades de la Turquie qui fait son caïd en mer Égée. Sur le plan industriel, il y a lieu de se réjouir. Même s’il semble qu’une partie de cet achat sera constituée d’avions ayant déjà volé pour l’aviation française, c’est un bol d’air pour Dassault qui, crise du Covid oblige, avait quelques soucis concernant son carnet de commandes, et envisageait de négocier avec l’État pour obtenir quelques subsides pour soutenir son activité. Cocorico, donc, pour cette première commande d’un pays de l’UE pour le fleuron de notre industrie aéronautique national.

Eh bien, croyez-le ou pas, moi, le patriote bon teint, l’Européen convaincu, je reste dubitatif. Non pas que je pense qu’il faille éviter de montrer les crocs en Méditerranée orientale ; je ne suis pas naïf, et j’ai bien conscience qu’à l’agressivité de la Turquie, on doit répondre par la fermeté. La signature de ce contrat est l’un des signes forts qui pourraient démontrer que nous, Européens, ne nous laisserons pas marcher sur les pieds.

Pourtant, la Grèce ! Cette même Grèce que nous pointions du doigt il n’y a pas si longtemps encore, que nous clouions au pilori pour la mauvaise gestion de son budget national, que l’Allemagne et nous-mêmes avons presque mis à genoux en exigeant la plus grande rigueur dans ce domaine, et dont les habitants ont si cruellement souffert du diktat, osons le mot, imposé par Berlin et Paris. La Grèce va dépenser quelques milliards d’euros pour acheter des avions de combat, alors qu’elle peine à assurer le paiement des retraites de ses citoyens, que son système de santé va à vau-l’eau, et que son organisation sociale a été durement torpillée par des mesures d’économie drastiques. La Grèce s’arme, mais en a-t-elle vraiment les moyens ? Certes, j’imagine bien que toutes les possibilités de financement lui seront offertes, et que notre pays fera en sorte à la fois d’être payé et de donner aux Grecs les capacités de leurs ambitions. Je m’interroge cependant sur cette opération qui va grever un budget déjà sévèrement serré, au détriment, sans doute, de la population.

Si Europe il doit y avoir, je me demande dans quelle mesure la nécessaire solidarité entre États membres de l’UE n’aurait-elle pas pu jouer d’une autre façon, de manière plus visible qu’un achat de ce type. Taper collectivement du poing sur la table, déployer peut-être quelques navires supplémentaires en mer Égée, bref, faire front commun. À la réflexion, cette vente de quelques Rafale à la Grèce sonne plus comme un échec que comme une victoire. Échec réitéré d’une Europe qui peine à parler d’une seule voix, échec d’une diplomatie européenne qui n’existe que par l’incarnation de Josep Borrell, « haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité », dont l’activité n’est pas des plus audibles, c’est le moins que l’on puisse dire. À sa décharge, aucun des États membres, en dépit des engagements institutionnels qui ont créé ce poste, n’est prêt à lui déléguer tout ou partie de ses pouvoirs en la matière. Les chancelleries poursuivent leur travail en ordre dispersé, trop souvent dans la plus grande confusion, sans que Josep Borrell n’y puisse grand-chose.

En ces temps de pandémie, j’ai découvert une fois de plus que je suis, moi aussi, malade, malade d’une Europe qui n’en finit plus de se diviser, chacun tentant d’avancer ses pions pour damer l’adversaire, fût-il un partenaire, un allié, un ami. Oui, nous avons vendu dix-huit Rafale, oui, nous avons joué un beau coup, oui, cela viendra soutenir notre industrie nationale, qui en a durement besoin. Mais où est l’idéal ? Où est-il, ce rêve européen de grandeur ? Nous, dont la puissance économique mondiale est redoutable, quelle est notre voix ? Jusqu’où porte-t-elle ? Je crains qu’elle ne soit pas très audible à Ankara, comme elle ne l’est pas non plus à Washington ou à Pékin.

Et nous, Français, qui hochons du menton d’un air satisfait, qu’en est-il de notre leadership ? On dira peut-être que je suis amer ou trop idéaliste. J’y crois, pourtant ; je suis habité par le fantasme d’une Europe puissante, unie par des liens indéfectibles que ni l’économie ni la volonté de faire de l’argent ne viendraient corrompre. Alors, je le proclame avec force, même un Rafale ne saurait me faire changer d’avis. On ne sacrifie pas un idéal pour quelques milliards d’euros, on ne sacrifie pas un idéal sur l’autel du Veau d’or.

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