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Guerre en Ukraine : un «corridor écologique» réclamé en mer Noire contre l’hécatombe chez les dauphins

Les êtres humains ne sont pas les seuls à souffrir de la guerre en Ukraine. Cette dernière «est ultra-brutale aussi pour la biodiversité», avertit ce vendredi Bayram Öztürk, scientifique turc qui plaide pour la mise en place en urgence d’un «corridor écologique» en mer Noire. «C’est un crime contre l’environnement, non seulement contre les dauphins mais aussi certains poissons qui sont également menacés, par exemple les esturgeons», s’inquiète le président de la Fondation turque pour la recherche marine (Tudav) et directeur du département de biologie marine de l’Université d’Istanbul.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a d’ailleurs dénoncé mercredi un «écocide», affirmant que «des milliers de dauphins morts se sont échoués sur les rives de la mer Noire» en raison des effets de l’invasion russe en Ukraine sur l’environnement marin.

Bayram Öztürk juge impossible de dénombrer les dauphins morts dans la région depuis février en raison de la guerre en cours, mais ils sont pour lui, sans doute, «au moins des centaines» à avoir été victimes notamment des sonars à basse fréquence utilisés par les navires militaires et sous-marins russes, estime-t-il. «Les dauphins subissent des traumatismes acoustiques. [Les sonars] endommagent leur système d’orientation et ils finissent par s’échouer», explique-t-il.

Besoin de surveillance et de dédommagements

Un recensement réalisé en 2020 établissait le nombre de dauphins en mer Noire à 250 000, «mais les autres espèces méritent tout autant d’être protégées. L’écosystème est un tout : vous ne pouvez pas protéger une espèce sans en protéger une autre.»

Comment sauvegarder le fragile écosystème de la région ? «Il faudrait un corridor écologique allant de l’embouchure du Danube (à la frontière entre l’Ukraine et la Roumanie) jusqu’à la région d’Odessa, où il existe une très forte concentration de dauphins», plaide Bayram Öztürk. «La guerre devrait être interrompue dans cette zone au moins pendant deux ou trois mois, entre janvier et avril, pendant la période de migration des dauphins», ajoute-t-il, conscient que sa proposition puisse être jugée «romantique».

Le biologiste marin souhaite aussi la mise en place d’un «comité scientifique international» qui serait autorisé à «étudier ce qui se passe en mer Noire à cause de la guerre». «Nous avons besoin d’une surveillance internationale, nous avons besoin de savoir exactement ce qui se passe», martèle-t-il.

Le scientifique, basé à Istanbul, dit échanger régulièrement avec des confrères bulgares, roumains et ukrainiens. «Je parle aussi avec des scientifiques russes, assure-t-il. Ils sont très coopératifs et disent avoir honte de ce qui se passe. Mais ils disent tous qu’ils ne peuvent rien faire. Ils se sentent inutiles en tant que scientifiques.»

A Montréal, où s’est ouverte mercredi la conférence de l’ONU sur la biodiversité, la Russie a rejeté en bloc les allégations portées par les pays occidentaux, qui l’accusent de créer une catastrophe environnementale dans la région.

«Comment les Ukrainiens et les autres pourront-ils être indemnisés pour les dommages écologiques ?», s’interroge le Pr Öztürk, inquiet d’une «faille dans le système juridique international». «S’ils tuent tout, pas seulement les dauphins mais aussi les poissons et tout l’habitat côtier pour les poissons, les invertébrés et les oiseaux, qui sera tenu pour responsable ?»