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Habitat indigne à Marseille : «Pour Jean-Claude Gaudin, j’étais l’homme à abattre»

La simple évocation de son nom a provoqué des applaudissements enthousiastes dans l’assistance. Christian Nicol était l’un des invités, lundi après-midi, des états généraux du logement, organisés par la ville de Marseille. En 2015, cet inspecteur général honoraire et ancien directeur du logement à la ville de Paris, avait été mandaté par le ministère du Logement pour rédiger un rapport sur la «requalification du parc immobilier privé» à Marseille. Le document, alarmant sur l’habitat indigne et les moyens alloués pour y remédier, avait été accueilli plus que fraîchement par le maire (LR) d’alors, Jean-Claude Gaudin, avant que les effondrements meurtriers de la rue d’Aubagne, le 5 novembre 2018, ne plaquent une tragique réalité sur son constat.

Aujourd’hui encore, votre nom est associé à ce rapport qui n’avait pas été très bien accueilli par la majorité municipale précédente…

Ce rapport me colle à la peau. En fait, à l’époque, j’étais un lanceur d’alerte qui, comme beaucoup, n’a pas été entendu. J’étais considéré comme l’homme à abattre par Jean-Claude Gaudin. Quand je suis arrivé, j’ai quand même été fichu dehors par le directeur général des services… ça a été l’ambiance générale. La municipalité d’alors avait l’impression que tout était bien fait, ne s’intéressait pas aux habitants du centre-ville. Mais du côté de l’Etat, ce n’était guère plus brillant… Il faut toutefois rappeler que c’est le préfet de région d’alors, Michel Cadot, inquiet de la situation, qui avait demandé à la ministre de désigner un spécialiste.

Votre rapport parlait, à l’époque, d’environ 40 000 logements indignes dans la ville. On n’en est pas très loin aujourd’hui, selon les chiffres évoqués lors de ces états généraux, soit un Marseillais sur neuf concerné. Rien ne s’est passé depuis ?

Ce sont les statistiques qui ne bougent pas. Après, il faut être prudent sur les chiffres mais ce qui est sûr, c’est qu’à l’époque, il n’y avait aucune ville en France où l’on constatait un tel pourcentage du parc de logements jugé indigne. Parce qu’il n’y avait pas de politique municipale volontariste. La ville était dans le déni. Qu’est-ce qu’il s’est passé depuis ? Pas grand-chose, si ce n’est que la nouvelle majorité en a fait une priorité et que le sujet est pris en main, ça change tout de même.

A la tribune, vous avez rappelé la méthodologie empruntée par la ville de Paris pour résorber son habitat indigne au début des années 2000 : recenser les immeubles, établir un diagnostic pour chacun, le tout piloté par une société publique d’aménagement. Comment Marseille doit-elle s’y prendre ?

Quand Bertrand Delanoë est arrivé à la tête de la ville en 2001, il était confronté à une situation presque similaire. Nous avons identifié 1 000 logements à prendre en charge. Il a fallu trois ans pour que l’opération démarre vraiment. Cela prend du temps. Déjà, la ville de Marseille a réorganisé ses services. Sur le repérage, les équipes travaillent et une société publique d’aménagement [la Spla-in, créée en 2019] a été mise en place. Il faut encore anticiper la question des personnes évacuées le temps des travaux, qui a été un point de blocage à Paris, il faudrait aussi qu’un opérateur se charge d’accompagner chaque immeuble. Sur la question des copropriétés privées dégradées, dans mon rapport, je préconisais la création d’Orcod (opérations de requalification des copropriétés dégradées). C’est un outil qui marche bien, le ministre du Logement le connaît d’ailleurs bien puisque la toute première copropriété traitée en France était le Chêne Pointu, à Clichy-sous-Bois [le ministre Olivier Klein était alors maire de la commune, ndlr]. Je ne peux que souhaiter que les propositions faites dans mon rapport en 2015 soient mises en œuvre.