France

Igor Rogov : "Arrêtés sans raison à Minsk, nous avons été battus pendant toute la nuit"

Igor Rogov, 23 ans, coordinateur de l'ONG Russie ouverte à Saransk - 600 kilomètres à l'est de Moscou -, fait partie des 7000 personnes arrêtées en Biélorussie lors des manifestations violemment réprimées qui ont suivi l'élection de l'autocrate Alexandre Loukachenko.

Marianne : Nous avions appris la nouvelle de votre arrestation, par les forces de police biélorusses, quand vous êtes apparu sur une vidéo de propagande vous traitant de "provocateurs". Vous êtes réapparu dans un hôpital de Moscou. Comment vous sentez-vous ?

Igor Rogov : Je suis en effet hospitalisé à Moscou, avec un traumatisme
crânien et de nombreuses contusions, j'ai mal à la tête, j'ai des bleus partout, des marques aux poignets dues à mes liens. J'ai mal partout...

Que vous est-il arrivé depuis votre arrivée à Minsk pour observer la présidentielle du dimanche 9 août?

Civiquement engagé en Russie, j'étais venu observer le déroulement de la présidentielle biélorusse, dimanche 9 août, avec un collègue, Artiem Vazhenkov, originaire de Tver. Nous sommes arrivés à Minsk samedi matin, et nous sommes promenés dans la ville que je ne connaissais pas. Nous avons pris soin de ne contacter aucun activiste local, afin d'éviter tout problème. Le dimanche, nous nous sommes rendus près de plusieurs bureaux de vote de la capitale, où nous n'avons pu entrer, car nous n'avions pas le statut d'observateurs. Nous avons constaté qu'il y avait des files d'attente de plus d'un kilomètre, de gens qui voulaient exercer leur droit de vote, et auxquels il avait été dit qu'il n'y avait plus de bulletins de vote. Un grand nombre d'entre eux portaient un bracelet blanc, symbole de l'opposition.

C'est le lendemain, lundi, dans la soirée, que nous avons été arrêtés avec Artiem par des Omon, les forces spéciales du ministère de l’intérieur biélorusse. Sans raison. On se promenait tranquillement dans une rue excentrée de la capitale, loin de toute manifestation ou troubles. On devait rentrer en Russie le lendemain. Lors de mon interpellation, j’ai dit que j’étais citoyen russe, cela m’a valu d’être roué de coups et accablé d’insultes. « Prends ça, citoyen russe », raillaient-ils.

Jeté dans un fourgon de police, j’ai du m’allonger sur le sol avec une quarantaine d’autres jeunes interpellés. Nous étions les uns sur les autres. On m’a aussitôt confisqué mon téléphone, mon passeport et mon porte-monnaie. J'avais les mains attachées dans le dos. J’ai perdu de vue Artiem, que j’ai reconnu plus tard, à ses cris. J'ai été transféré successivement dans trois fourgons différents, à un moment, j’ai perdu mes chaussures. Je suis resté pendant plus de 12 heures sans eau ni nourriture, ni pouvoir aller aux toilettes.

Vous souvenez-vous d'avoir été filmé ? Vous êtes apparus, avec Artiem Vazhenkov, tous deux en piètre état, dans une vidéo de propagande diffusée par l’agence de presse gouvernementale Belta, qui vous présente comme des "provocateurs", entourés de types aux tatouages nazis...

J’ai du mal à me souvenir de cette nuit : nous étions allongés les uns sur les autres, les Omons, après nous avoir battus violemment avec leurs matraques, nous piétinaient, et se moquaient de nous. Quand nous sommes finalement arrivés dans un commissariat, on nous a jetés par terre. A un moment, je me souviens d’avoir été ébloui par un projecteur, sans doute pour nous filmer. Pratiquement inconscient, je me souviens vaguement d’avoir dit que j’étais russe et que je voulais appeler l’ambassade. Ce qui m’a valu de nouveaux coups. On nous a fait entrer dans un bâtiment, et à nouveau allonger sur le sol, cette fois-ci bétonné. Quelle heure était-il ? Je n’en sais rien.

Comment s'est terminée cette nuit cauchemardesque ?

J’ai finalement été présenté à un enquêteur, mais je serais bien incapable de vous dire quand, qui a voulu me faire signer un papier reconnaissant que j’avais organisé des troubles à Minsk. J’ai refusé, et réclamé l’avocat de notre ONG. On m’a emmené dans une autre pièce, et à nouveau frappé. Ils m’ont aussi battu pour que je leur donne le code de mon téléphone, ce que j’ai refusé. Je ne voulais pas qu’ils fouillent dans ma vie privée. Après un long moment, on m’a finalement fait signer un papier me signifiant mon expulsion, avec interdiction de territoire de 5 ans. Puis on m’a remis à des collaborateurs de l’ambassade russe, sans papiers, sans argent, sans téléphone et en chaussettes !

Pensez-vous avoir été libéré grâce à l'intervention de l'ambassade russe à Minsk?

Les diplomates russes ont été très bien, et nous ont dit avoir beaucoup à faire pour leur ressortissants... Ils m’ont aussitôt mis en contact avec notre avocat, et m’ont même acheté une paire de chaussures. J’ai retrouvé Maxime Solopov, envoyé spécial du site d’investigation Meduza, qui avait lui aussi été arrêté. Puis l'ambassade m’a fait un laisser-passer attestant de ma nationalité russe et nous a emmené en voiture avec Maxime jusqu’à Smolensk, à 400km de Minsk. Là, nous avons retrouvé nos collègues de Russie ouverte. Mais nous sommes sans nouvelles d’Artiem, qui est resté là-bas. Nous sommes très inquiets.

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