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Iran : les 7 forces qui pourraient transformer la révolte en révolution

La révolte, suite à la mort de Mahsa Amini, va-t-elle se transformer en révolution ?

© AFP

Mobilisation du peuple iranien

Les manifestations qui se déroulent depuis la mort de Masha Amini, le 15 septembre, ont gagné les 31 provinces du pays, et 170 villes. La révolte va-t-elle se transformer en révolution ?

Gérard Vespierre est chercheur, conférencier en géopolitique. Gérard Vespierre est associé-fondateur de « Strategic Conseils » et chercheur associé à la Fondation d’Etude pour le Moyen-Orient (FEMO).

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Toute mobilisation qui atteint ce degré de diffusion s’appuie sur des griefs profonds. La particularité de la situation iranienne provient du grand nombre de griefs, et donc de forces, qui sont en train de converger, de coaguler. L’analyse permet d’en identifier 7. Ce nombre augmente considérablement la probabilité que cette révolte, in fine, se transforme en révolution.

1)La jeunesse, dans la rue

Le très jeune âge de Masha Amani, 22 ans, crée un appel d’air à une révolte de la jeunesse contre un pouvoir aveugle, sourd, et répressif. Dans les révoltes précédentes de 2017 et 2019, la jeunesse avait été déjà très présente dans les rues. Elle avait payé un lourd tribut, il y a 3 ans, parmi les 1.500 morts. Les moins de 30 ans représentent 50% de la population. Un taux de chômage de 25% les pousse à la révolte !

2)Les femmes en colère

Un très lourd couvercle pèse sur la femme dans la société iranienne gouvernée par la République Islamique. Tout peuple a de la mémoire, et les iraniennes se rappellent de la liberté qui était la leur, il y a 40 ans. Une application stricte de la loi coranique sur une longue période, du port des vêtements aux nombreuses limitations juridiques par rapport à leur mari, conduit un jour les femmes à vouloir renverser l’oppresseur.

3)Le rejet du pouvoir religieux

Mollahs et Ayatollah règnent sur l’Iran pour la première fois dans la longue histoire de l’Empire Perse. Cette réunion des pouvoirs religieux et politiques depuis 1979 est donc une exception qui connaîtra une fin. La corruption pratiquée par les fondations religieuses, contribue profondément au rejet des religieux. Il faut citer l’ayatollah Javadi Amoli, prédicateur du vendredi dans la grande ville de Qom : « Si la nation se soulève, nous serons tous jetés à la mer »..... A 70 ans, il possédait recul, et sagesse. C’était en 2018 ! Ses paroles résonnent comme une prophétie.                                                                                

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4)Un Guide suprême en fin de vie

Ali Khamenei, dans sa 84ème année, occupe la fonction de guide suprême depuis 1989. Préalablement président de la République, il est ainsi au sommet de l’État depuis 41 ans ! Malade depuis plusieurs années, il est dans l’impossibilité d’incarner pour une jeune population, une espérance, ni de représenter un modèle. Comme l’avait exprimé, en 2017, Antoine Sfeir, fondateur des Cahiers de l’Orient, au cours d’une conférence sur l’Iran : « Un pouvoir qui perd sa jeunesse a du souci à se faire pour son futur ».

Le slogan « mort au dictateur » résume dans sa violence, la puissance de ce rejet.

5)Une économie par terre

La production de pétrole par habitant a été divisé par 3 (!) entre la période du Shah et 2018, avant les sanctions américaines, car la population a doublé... ! La capacité d’investissement a donc été fortement réduite. Par contre les dépenses dans le militaire, le nucléaire, et vers l’étranger, Liban, Syrie, Irak, Yémen, ont explosé. Inflation et chômage ont donc connu une augmentation pratiquement constante au cours des 40 dernières années. Le guide suprême a reconnu, en 2019, ne jamais avoir eu comme objectif l’amélioration de la vie de ses concitoyens, mais le maintien de la République islamique. La population en est exaspérée, et le pouvoir va devoir en payer le prix. 

6)Une répression qui mobilise

2 semaines après le début des manifestations, la répression policière a causé plus de 300 morts (information, nominative, du Conseil National de la Résistance Iranienne) et des milliers d’arrestations. Mais s’y ajoutent morts et blessés causés par les répressions de 2009, 2017, 2019. La violence engendre la haine, et donc la mobilisation croissante contre les forces de répression. A l’opposé, il faut absolument intégrer que les Bassidjs, les policiers, les Gardiens de la Révolution, ont des épouses, des sœurs, des filles, qui ne sont pas sans exercées une démotivation à l’encontre de ces gardiens de l’ordre.

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7)Les minorités ethniques ignorées

La jeune Masha Amini était d’origine Kurde. Téhéran vient de frapper, en Irak, des membres de l’opposition iranienne kurde, renforçant leur énergie à s’opposer au régime. A l’Ouest de l’Iran, la minorité Baloutche a manifesté violemment, la semaine passée, dans la ville de Zahedan, subissant une féroce répression. Les minorités ethniques, en incluant la population arabe, représentent plus de 12% de la population. Ces minorités, ignorées politiquement, réprimées, attendent l’heure de la revanche sur le pouvoir central. 

Le pouvoir politique iranien connaît, depuis longtemps, l’existence de cette situation prérévolutionnaire.

En 2018, après la sortie des États-Unis de l’accord nucléaire, l’ancien président du parlement, Ali Nategh-Nouri avait déclaré : « Le problème que nous avons n’est pas le nucléaire. Le problème est de savoir combien de temps nous allons pouvoir rester au pouvoir ». Le risque existentiel du régime, était identifié, il y a 4 ans....

Le peuple iranien, fort de 7 forces, aura le dernier mot. 

Gérard Vespierre est chercheur associé à la FEMO Fondation d’Études pour le Moyen-Orient, Fondateur du « Monde Décrypté ». 

Mots-Clés

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