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Islam : après la conversion de leur enfant, des parents en quête de réponses

Le fils de Maguy avait prévenu sa mère : né dans le catholicisme, il voulait changer de religion. Âgé d’une vingtaine d’années à l’époque, le jeune homme est en recherche. Le fils de cette catholique engagée s’intéresse au bouddhisme, puis à l’islam. Secrètement, Maguy espère alors qu’il ne deviendra pas musulman. Elle le reconnaît aujourd’hui : pour elle, cette religion était liée à la violence.

Ainsi, lorsqu’elle apprend qu’il s’est tourné vers l’islam, elle raconte s’être sentie « broyée ». La conversion de son fils remonte à une dizaine d’années et Maguy affirme aujourd’hui l’avoir acceptée. Pourtant, ses yeux encore embués quand elle en parle semblent signifier que la situation demeure compliquée. C’est pour partager ses questionnements que cette habitante de Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne) a souhaité participer à une soirée dédiée aux parents – ou grands-parents – dont un enfant s’est converti à l’islam, organisée par le diocèse de Créteil.

À l’évêché, jeudi 19 octobre, une dizaine de catholiques du Val-de-Marne écoutent attentivement Maguy. Évoquant ses craintes, ses préjugés, son témoignage résonne avec leur propre expérience. L’objectif de cette soirée ? Offrir un lieu de parole et échanger avec d’autres parents dans la même situation, comme l’explique en préambule Michel Fagot, diacre et responsable des relations avec les musulmans dans le diocèse de Créteil. Une initiative d’autant plus nécessaire dans le contexte actuel où les peurs et les amalgames sur l’islam sont prégnants.

Questionner ses premières réactions

Un premier tour de table permet d’abord d’illustrer la diversité des parcours des convertis : femme ou homme, apprenti en bâtiment ou ingénieur en génie informatique, pratique religieuse plutôt libérale ou plus rigoriste… En revanche, un point commun, la conversion intervient la plupart du temps vers l’âge de 20 ans.

Dans tous les cas, pour la famille, il s’agit toujours d’une surprise, parfois d’un choc. Pour ces catholiques pratiquants apparaît aussi une forme de culpabilité de ne pas avoir réussi à transmettre leur foi à leurs enfants. La situation a été particulièrement délicate pour Graziella, impliquée dans sa paroisse. Sa fille, âgée de 16 ans, a commencé à porter une « djellaba » dans la rue au printemps dernier. En le découvrant, sans chercher à comprendre, la mère de famille reconnaît avoir eu une réaction « brutale » : « J’ai attendu qu’elle rentre de l’école et j’ai tout jeté. Sauf le Coran bien sûr, je l’ai juste caché. »

C’est là que Joëlle intervient, pour questionner cette réaction épidermique. Avec son mari Jacques, ils sont l’un des deux couples témoins lors de cette soirée. Leur fille Céline, âgée aujourd’hui de 47 ans, s’est convertie à l’islam il y a vingt-cinq ans. « Votre ado vous a dit qu’elle faisait ça par choix, ou pour faire comme ses copains ? », interroge Joëlle.

« Je n’ai pas été jusqu’à lui demander, concède Graziella. Je ne comprenais pas que du jour au lendemain, elle dise qu’elle s’était convertie. Pour moi, à 16 ans, on ne connaît rien de cette religion si on n’a pas baigné dedans. »

Au cours de la soirée, Michel Fagot partage quelques clés de compréhension de la religion musulmane afin d’aider les participants à comprendre le cheminement spirituel de leur enfant. De quoi les rassurer, les pousser à entrer en dialogue avec leur enfant et « mesurer le sérieux de leur démarche ».

Bouleversement des habitudes

Au-delà des craintes, devenir musulman implique aussi un changement de mode de vie, qui touche toute la famille. La question des repas est particulièrement symbolique. Les parents de convertis cherchent à s’adapter. Ils découvrent la viande halal. Certains peuvent même arrêter de boire de l’alcool en présence de leur enfant.

Toutefois, des crispations existent dans les familles. Éric et Véronique, l’autre couple témoin, raconte avoir dû renoncer aux grandes tablées familiales, car la femme de leur fils converti ne souhaite pas enlever son voile devant leur gendre. Des situations qui peuvent susciter déception ou colère. Au risque de mettre en péril la relation avec leur enfant ? Il ne faut « surtout pas rompre le lien », conseillent les couples témoins.

« Cela a été très dur au début car Céline pratique un islam rigoriste », reconnaît Joëlle, évoquant même un « traumatisme ». Cependant, la militante de l’Action catholique a préféré « accepter beaucoup de choses », plutôt que de rompre la relation. Peu à peu, un dialogue s’est instauré et a amené sa fille à faire quelques concessions.

La grand-mère raconte par exemple que sa fille et son mari allaient jusqu’à colorier les yeux de leurs enfants sur les photos. En effet, certains courants salafistes se méfient des représentations de visage. « Mais ça leur a passé, se réjouit Joëlle. Maintenant, nous avons des photos de nos petits-enfants partout dans la maison ! »

Une attention aux aînés

Avec le recul, les parents ou grands-parents peuvent même apprécier ce que la conversion peut engendrer de bon. « Dès que nous sommes malades ou que nous avons un problème, Céline et son mari viennent nous aider », souligne Joëlle, rappelant que dans la religion musulmane une attention particulière est portée aux aînés, notamment aux mères. « Parfois, je me dis que c’est ça qui nous aide à tenir. »

Paradoxalement, certains témoignent du fait que le cheminement spirituel de leur enfant les a aussi poussés à être « davantage chrétiens ». La conversion de Céline a ainsi été pour Jacques et Joëlle l’occasion de nouveaux échanges sur la manière dont la foi animait leur vie, ou encore les notions de justice et de solidarité. Interpellé par leur fille sur la Bible, le couple a aussi été poussé à se plonger plus attentivement dans les textes. Une posture d’ouverture qui n’empêche pas des désaccords. « Par exemple, elle considère que les femmes sont davantage respectées dans l’islam ; je ne le pense pas, et je ne le cache pas », souligne Jacques.

Véritable dialogue interreligieux

« J’espère un jour pouvoir dire des choses comme vous ! », réagit Solène (1). Son fils s’est converti récemment et elle confie se sentir « vraiment mal depuis ». Elle a encore du mal à l’accepter mais essaye de voir du positif, percevant un certain apaisement chez son enfant.

Le diacre Michel Fagot se veut rassurant. Il insiste sur le fait que ce que vivent ces parents avec leurs enfants n’est autre qu’un véritable « dialogue avec des musulmans », un dialogue interreligieux au niveau familial, parfois difficile mais qui peut être fructueux. Une démarche qui prend du temps, et pour laquelle il n’y a pas de recette toute faite. Mais comme les couples accompagnateurs le soulignent, cette conversion est aussi l’occasion de devenir plus tolérant.

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Les conversions, un phénomène difficile à quantifier

Un sondage Ifop mené auprès de personnes musulmanes ou de « culture musulmane » a été réalisé en avril-mai 2016. Ses résultats ont été présentés dans un rapport écrit par Hakim El Karoui pour l’Institut Montaigne : « Un islam français est possible. »

7,5 % des personnes se disant musulmanes déclaraient qu’aucun de leurs parents n’est musulman. « Ce chiffre peut correspondre, de façon schématique, à ce que l’on considère comme les conversions à l’islam », écrit l’auteur.

Par ailleurs, de 10 à 15 % des nouveaux baptisés dans l’Église catholique sont issus de famille musulmane dans le diocèse de Créteil. Une proportion que l’on retrouve dans d’autres diocèses urbanisés.