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France
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Jean Pisani-Ferry : « Il n’y a pas d’euro viable sans plus d’Europe »

Dans sa chronique au « Monde », l’économiste constate que tous les grands partis ne remettent plus en cause l’euro. Il souligne néanmoins que trois vulnérabilités – économique, politique et internationale – menacent la monnaie unique.

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L’économiste Jean Pisani-Ferry, à Paris, le 25 septembre 2017. CHRISTOPHE SIMON / AFP

Chronique. De Manon Aubry (La France insoumise) à Jordan Bardella (Rassemblement national), les têtes de liste de tous les grands partis en conviennent : l’euro est notre monnaie, pas question d’en changer. Les approximations hasardeuses de Marine Le Pen lors du débat présidentiel de 2017 ont servi de leçon, et seuls des candidats marginaux envisagent désormais une sortie de la devise européenne. Vingt ans après sa naissance, elle n’est plus objet de débat mais fait en quelque sorte partie des acquis.

Ce consensus est cependant trompeur, parce qu’en même temps qu’ils affirment leur adhésion à l’euro, nombreux sont ceux qui veulent s’affranchir des règles budgétaires qui l’accompagnent, restreindre la liberté de circulation des travailleurs, ou mettre en place une préférence nationale. Autrement dit, garder l’euro et défaire l’Europe.

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Cet état d’esprit n’est pas propre à la France. En Allemagne l’Alternative für Deutschland (AfD), née d’une opposition à l’euro, s’en prend désormais surtout aux migrations et aux transferts entre Etats. Quant à Matteo Salvini, le leader populiste italien, il ne parle plus de retourner à la lire, seulement de revenir aux règles budgétaires d’avant le traité de Maastricht (il n’y en avait pas).

L’euro sans l’Europe n’est pas un projet cohérent

Les populistes ne sont pas seuls. Avec plus de modération, certes, nombreux sont les dirigeants européens qui laissent accroire qu’on peut à la fois garder une même monnaie et passer des accommodements avec le nationalisme ambiant. Emmenés par les Pays-Bas, les huit pays qui s’opposent à toute idée de stabilisation budgétaire commune n’en sont pas loin non plus.

Mais l’euro sans l’Europe n’est pas un projet cohérent. Une monnaie n’est pas une simple commodité pour les échanges et les transactions financières, dont on peut déléguer la gestion à une banque centrale, pour ne plus s’en soucier. C’est une construction sociale puissante, qui doit être l’expression d’une communauté. C’est un appareillage complexe de règles et d’institutions qui touchent au plus profond de la souveraineté. C’est, pour le meilleur ou pour le pire, le ciment d’un destin partagé.

On l’avait déjà oublié entre 1999 et 2010, avant que la crise ne vienne brutalement le rappeler, et oblige les chefs d’Etat à une solidarité à laquelle ils ne s’étaient pas préparés. Il est étrange que dix ans plus tard, l’amnésie semble frapper de nouveau.

Le danger est d’autant plus grand que la monnaie européenne reste fragile. Sept ans après la crise qui a manqué de l’emporter, les défauts de construction qui avaient menacé sa survie n’ont pas été complètement réparés.

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