France
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L’arbre et ses fruits - Trouble ecclésial lié à la fécondité spirituelle des personnalités perverses

L’Église catholique, en France, n’a pris conscience que récemment de l’indicible dégât que produit sur les victimes l’abus sexuel par un clerc ou toute personne ayant un statut ecclésial lui conférant une autorité spirituelle. Une réelle récurrence des abus sexuels commis par des personnes a priori édifiantes, au rayonnement charismatique, ayant été dans plusieurs cas des fondateurs de communautés ou d’instituts porteurs de fruits spirituels stimulants, interroge à l’évidence l’image biblique de l’arbre et de ses fruits. L’arbre bon doit porter de bons fruits et l’arbre mauvais de mauvais fruits. Si nous voyons en eux de mauvais arbres parce qu’ils sont pervertis, comment se fait-il qu’ils puissent avoir porté aussi de bons fruits ? En regardant les faits, on constate qu’ils ont détruit certaines personnes mais que par leur action apostolique, ils ont par ailleurs fait grandir spirituellement d’autres personnes. Comment l’Église peut-elle assumer ce paradoxe selon lequel la plupart de ceux qu’elle a reconnus un temps comme des figures emblématiques de son dynamisme (dans la seconde moitié du XXe siècle) ont été des personnalités troubles, doubles et ont commis des délits ou crimes sur des enfants, des adolescents ou des personnes vulnérables ?

Au terme d’abus sexuels, il faut immédiatement ajouter ceux d’abus de conscience, abus d’autorité et abus spirituels, qui y sont liés. Car la répétition de ces abus, aussi divers soient-ils, semble révéler des causes systémiques liées à l’histoire contemporaine de l’Église. Cela ne signifie pas que les abus seraient devenus systématiques dans l’Église. Cependant un faisceau de circonstances ecclésiales et culturelles très diverses, qui chacune isolément n’a pas eu pour fin le moindre abus, par leur conjonction malfaisante, favorise de fait diverses formes d’abus. Ceci nous impose un examen attentif des causes multiples qui font système et génèrent un aveuglement collectif ou des réponses inadéquates aux alertes reçues.

Pour tenter de voir plus clair sur le drame qui vient d’être évoqué, nous devrons recourir autant à la raison qu’à la foi. L’Église ne peut que reconnaître avec honte qu’elle n’a pas pris conscience la première de la gravité des dommages causés aux victimes ni de la complexité des ressorts psychologiques des auteurs d’abus sexuels ou spirituels. Si les réponses spirituelles sont importantes, elles ne peuvent pas ignorer la réalité psychique de la personne ; elles doivent même s’appuyer sur elle pour accompagner la personne dans son chemin vers le Christ.

C’est pour ce motif que nous avons choisi de solliciter l’aide de psychiatres, psychanalystes et psychologues pour tenter de comprendre les comportements pervers afin de mieux les combattre. Les auteurs d’abus sexuels parmi les clercs paraissant s’être multipliés (ou en tout cas se révélant aujourd’hui nombreux) dans la seconde moitié du XXe siècle, il nous faut aussi regarder ce qui, dans ce contexte précis, les a favorisés. Le paradoxe du regard collectif d’admiration porté par des communautés chrétiennes ou des familles sur des auteurs d’abus appelle à tenter d’identifier des motifs liés au mode de croire et à l’ethos collectif catholique en notre temps. Une fois ces points repérés, une réflexion sur la responsabilité morale des auteurs d’abus comme des communautés et de leurs responsables sera nécessaire. Enfin, nous pourrons nous laisser instruire par la parole du Christ sur les bons arbres et les bons fruits. Cela éclairera le discernement sur la fécondité des œuvres et sur l’enjeu eschatologique de notre vie sur terre, lequel implique une mobilisation forte pour la mise en cohérence de la vie avec la foi, dans l’espérance du Salut.