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France

L’étude qui montre le vrai moteur du vote Trump (et la réponse n’est pas la pauvreté)

​Selon les résultats d'une nouvelle étude menée entre 2012 et 2016 par la politologue Diana C.Mutz, de l'Université de Pennsylvanie, l'élection de Donald Trump serait moins le résultat des enjeux économiques, que d'une anxiété culturelle​ qui toucherait la population blanche américaine, se sentant menacée de perdre son statut de "groupe dominant". Cette étude apporte-t-elle une vision plus "réaliste" du vote Trump ? 

Jean-Eric Branaa : Il a effectivement été largement commenté dans un premier temps que l’élection de Trump ne reposait que sur les populations rurales, mâle et pauvres du centre de l’Amérique.

Une telle explication était d’autant plus étonnante qu’elle émanait des mêmes observateurs qui répétaient à longueur de temps pendant la campagne que cette frange de la population n’était plus aujourd’hui suffisamment nombreuse pour le faire élire !

Ce constat, un peu rapide, repose toutefois sur quelques faits objectifs avérés : la population américaine est dans une phase de mutation profonde, avec l’accroissement de groupes minoritaires, comme en particulier celui des hispaniques –mais pas seulement– et entraine une modification dans l’espace social, mais aussi politique. Toutes les projections indiquent que d’ici 20 ou 30 ans, les Blancs ne seront plus majoritaires dans le pays. Les conséquences vont donc être nombreuses.

Diana C. Mutz s’inscrit donc dans une pensée largement partagée par le monde de la recherche, qui suit ces évolutions et essaie d’en comprendre les fondements et de distinguer ce que cela nous prévoit pour l’avenir. Un autre chercheur, Justin Gest, a été beaucoup plus loin en divisant réellement l’Amérique en deux groupes et en disant très clairement que l’Amérique blanche s’est opposée à celle qui ne l’est pas, faisant ainsi remonter à la surface des sentiments de racisme et de rejet. Il restait donc à comprendre les raisons des craintes manifestées par cette population et qui l’ont poussé à choisir Donald Trump plutôt que n’importe quel autre leader ou, plutôt, face à tous les autres leaders. Comme d’autres, je me suis moi-même intéressé à ce phénomène, en mettant en évidence le sentiment de persécution ressenti par les Blancs et la certitudes qu’ils sont des laissés pour compte. Face au phénomène « Black Lives Matter » (la vie des Noirs compte), on a alors entendu monter un autre cri « All lives mater » (toutes les vies comptent). Mon analyse a aboutit à un premier livre, Trumpland, qui m’a permis d’expliquer une grande partie de ce phénomène dans le contexte du rejet de tout ce qui appartient à l’ère Obama, dans l’esprit de ses électeurs. Cette explication s’est pourtant révélée elle-même incomplète, car les racines sont plus profondes encore.

Quelle sont les véritables racines de cette anxiété ? 

Barack Obama a soulevé un espoir quasiment sans précédent aux Etats-Unis, avec sa proposition de construire une société post-raciale. Dans la droite ligne des combats menée dans les années 50 et 60, les minorités pensaient être arrivées au bout du chemin et ne rêvaient plus que d’égalité. Elles ont donc adhéré sans réserve au slogan « Yes we can » (oui, c’est possible). Force est de constater qu’il n’a pas réussi, que ce soit par manque de temps ou par manque de moyens. La société reste toujours autant divisée aujourd’hui et les angoisses des uns et autres ne se sont pas atténuées, bien au contraire parfois. On le voit bien d’ailleurs avec les Afro-Américains qui ont eu à déplorer bruyamment les violences policières et le racisme : les noms de Trayvon Martin, Eric Gardner, Michael Brown, et bien d’autres encore, sont devenus des symboles de cet échec de l’intégration.

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