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L’Europe, le nouveau théâtre de la guerre de l’énergie

Fabien Bouglé publie « Guerre de l'énergie Au coeur du nouveau conflit mondial » aux éditions du Rocher.

© ANDREY GOLOVANOV / AFP

Bonnes feuilles

Fabien Bouglé publie « Guerre de l'énergie Au coeur du nouveau conflit mondial » aux éditions du Rocher. La Troisième Guerre mondiale a commencé. C'est une guerre de l'énergie. Elle a éclaté le 26 septembre 2022 avec le sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2 qui reliaient la Russie et l'Allemagne par la mer Baltique. Extrait 2/2.

Fabien Bouglé est un expert sur les questions énergétiques. Il est l'auteur de "Nucléaire : les vérités cachées" (2021) et "Eoliennes : la face noire de la transition écologique" (2019), publiés aux éditions du Rocher.

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Dans cette guerre mondiale de l’énergie, l’Europe se transforme à nouveau en champ de bataille car elle reste particulièrement dépendante des deux géants russe et américain pour assurer son approvisionnement en énergie et notamment en hydrocarbure gazier ou pétrolier.

D’après Eurostat, l’Union européenne dépendait en 2021 d’approvisionnements extérieurs à hauteur de 55 % de ses besoins. Mais tous les pays européens ne sont pas logés à la même enseigne. Certains pays sont mieux lotis que d’autres: la France par exemple dispose, grâce à son parc électronucléaire, d’une meilleure autonomie énergétique: 44 % d’importations quand l’Allemagne est obligée d’importer 64 % de ses besoins énergétiques. Du reste certains pays, comme l’Italie, l’Irlande, la Grèce, la Belgique ou l’Espagne, dépassent parfois les 70 % d’importation.

Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, il n’a fallu que quelques années seulement aux États-Unis pour rétablir leur souveraineté énergétique en supprimant toute dépendance grâce au développement du gaz de schiste et pour redevenir un grand pays exportateur avec la technique du gaz naturel liquéfié. Dans le monde, l’Europe fait donc office de parent pauvre, démuni de sources d’approvisionnement importantes en hydrocarbures, et restant beaucoup plus prudente que les États-Unis quant à l’exploitation du gaz de schiste. Il faut dire qu’à la différence de la Russie ou des États-Unis, l’Europe ne bénéficie pas de grandes réserves désertiques exploitables et sa densité démographique est beaucoup plus élevée que d’autres zones dans le monde où se situent justement ces réserves minérales stratégiques.

La vieille Europe est donc fragile. Car toute son économie, son tissu industriel et son agriculture dépendent de la bonne volonté énergétique des pays fournisseurs de gaz ou de pétrole. Et jusque-là, avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, elle avait plutôt joué la carte de la bonne relation avec son partenaire russe, surtout grâce au lobbying intensif de l’Allemagne. L’accès direct au gaz russe lui conférait de ce fait un avantage incontestable et une place de choix au sein des pays de l’Union Européenne.

Le pacte gazier germano-russe avec la construction des gazoducs Nord Stream 1 et 2 est ce qui permettait à la Russie de s’assurer sur le long terme la vente de son gaz à l’Europe, tout en contrôlant diplomatiquement un des pays pilotes de l’Union européenne, et donc l’UE tout entière. En outre, cette alliance lui a permis de se passer progressivement des gazoducs en territoire ukrainien et donc de moins dépendre du bon vouloir de l’Ukraine, avec qui les relations devenaient de plus en plus tendues.

Les racines du conflit latent russo-ukrainien datent de la révolution orange de 2004, survenue lors des élections présidentielles ukrainiennes, et qui avait vu finalement la victoire électorale de Viktor Iouchtchenko, président pro-occidental, au détriment de Viktor Ianoukovytch, président pro-russe dont l’élection avait justement été annulée après des semaines de mobilisation dans les rues de Kiev, au grand dam de Vladimir Poutine. Alain Guillemoles, journaliste pour le quotidien français La Croix présent à Kiev lors de cette révolution orange, rapporta dans un livre publié en 2005 que la fondation Freedom House, soutenue par le gouvernement américain et dirigée par un ancien de la CIA, et la fondation du milliardaire magnat de la finance Georges Soros avaient à l’époque financé des mouvements de jeunesse impliqués dans cette révolution « spontanée ».

Depuis lors, comme nous l’avons déjà vu dans le chapitre 4, les relations entre la Russie et l’Ukraine, tiraillée entre l’ouest et l’est, n’ont eu de cesse de se dégrader, se cristallisant notamment sur les questions de transit et de prix d’achat de gaz russe par l’Ukraine. La coupure du gaz en Ukraine par la Russie le 1er janvier 2006, en plein hiver, en guise de rétorsion dans ce différent commercial, a placé l’Europe au cœur du conflit dans la mesure où son approvisionnement en gaz dépend de la bonne relation entre ces deux pays. C’est à cette date que commence véritablement le conflit énergétique entre l’Ukraine et la Russie, sur lequel l’Union européenne est contrainte de se positionner. Cette tension conforte le projet de l’Europe et en particulier de l’Allemagne de construire un gazoduc direct avec la Russie, le fameux gazoduc Nord Stream. Après des années d’études de faisabilité, les travaux de Nord Stream 1 débutent avec les raccordements de la partie russe en décembre 2005.

De janvier 2006 à aujourd’hui, les relations entre l’Ukraine et la Russie n’ont fait que s’envenimer et en particulier sur la question du gaz, son approvisionnement, son passage vers l’Europe, son prix. La Russie a fait pleuvoir les sanctions: réduction d’approvisionnement ou coupure pure et simple de gaz, qu’elle utilise de plus en plus comme une arme géopolitique.

Les tensions russo-ukrainiennes sur le gaz, concentrées jusqu’alors sur l’Europe centrale, se sont peu à peu transformées en un conflit énergétique mondial impliquant les États-Unis, la Russie et l’Europe.

Extrait du livre de Fabien Bouglé, « Guerre de l'énergie: Au coeur du nouveau conflit mondial », publié aux éditions du Rocher

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