Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et plusieurs autres figures de la gauche ont participé au défilé, qui a rassemblé 13 500 personnes, dimanche à Paris.

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Jean-Luc Mélenchon, lors de la marche « Stop à l’islamophobie », à Paris, le dimanche 10 novembre. FRANCE KEYSER POUR "LE MONDE"

Si le succès d’une manifestation se mesure au nombre de participants, il s’évalue également aux leaders d’opinion qui font le déplacement. A cette aune, la manifestation « Stop à l’islamophobie », du dimanche 10 novembre, a réussi son pari.

Plusieurs figures de la gauche ont bravé le froid et le crachin de novembre pour faire partie des 13 500 personnes venues défiler contre la stigmatisation des Français de confessions musulmanes. Un seul parti manquait à l’appel de cette initiative inédite, lancée dans les colonnes de Libération le 1er novembre : le Parti socialiste. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, ne souhaite pas, en effet, associer son parti à un rassemblement « initié par le Collectif contre l’islamophobie en France et des individus qui ont des revendications qui ne sont pas les nôtres ».

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Si certains comme François Ruffin et Adrien Quatennens (La France insoumise, LFI) ainsi que Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts, EELV), s’étaient excusés, on pouvait ainsi croiser, entre Gare du Nord et Nation : Olivier Besancenot (Nouveau parti anticapitaliste) ; Ian Brossat du Parti communiste ; Benoît Hamon (incognito) et Guillaume Balas de Génération.s ; Esther Benbassa, sénatrice EELV de Paris et de nombreux « insoumis », dont Jean-Luc Mélenchon.

La présence du député des Bouches-du-Rhône, militant républicain et laïc revendiqué, a étonné jusque dans ses propres rangs. L’un de ses proches, Benoît Schneckenburger a ainsi dressé une critique longue et argumentée de la position de l’ancien candidat à l’élection présidentielle, sans toutefois le nommer.

« Ambiance de haine »

Par ailleurs, une scène qui eut lieu dimanche après-midi devrait laisser des traces chez les « insoumis », peu enclins aux démonstrations publiques de la foi : l’un des initiateurs de la manifestation, Marwan Muhammad, a lancé sur un camion sono plusieurs « Allahou Akbar [Dieu est grand] », repris par la foule. « On dit Allahou Akbar parce que l’on est fiers d’être musulmans et on est fiers d’être citoyens français. (…) Parce qu’on en a marre que des médias fassent passer cette expression religieuse pour une déclaration de guerre. »

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Face aux interrogations, M. Mélenchon a tenu à s’expliquer avant la manifestation, lors d’une conférence de presse. Pour lui, il était inenvisageable de ne pas répondre à « l’ambiance de haine contre les musulmans » qui s’exprime en France de façon exacerbée, selon lui, depuis l’arrivée d’Eric Zemmour sur Cnews et l’attaque de la mosquée de Bayonne par un militant du Rassemblement national, fin octobre. « Nous devons entourer d’affection et de fraternité ceux qui sont montrés du doigt. Il faut faire bloc, serrer les rangs autour des victimes, a-t-il ainsi souligné. La patrie devient républicaine à partir du moment où chacun peut trouver sa place. »

« Fraternel, sans provocation »

L’ancien sénateur socialiste estime ainsi que la cause de lutte contre l’islamophobie dépasse les différends sémantiques à propos des « lois liberticides » – les rédacteurs de l’appel visent, sous ce vocable, les textes de 2004 (sur les signes religieux à l’école) et de 2010 (sur l’interdiction de la burqa) – et également la présence de certains religieux parmi les signataires de l’appel. « Notre parole, celle des militants laïcs, a au moins autant de poids que la leur [celle des religieux] », a répondu M. Mélenchon.

Une chose est sûre : l’accueil du parlementaire par les manifestants fut plus que cordial, beaucoup se félicitant de sa présence. L’ambiance dans la foule était, il est vrai, bon enfant et familiale, pacifique. On pouvait aussi voir plusieurs drapeaux tricolores. « De ce que j’ai vu de cette manifestation, c’était fraternel, sans provocation. Cela faisait plaisir. Je n’ai entendu que des chants républicains comme Laïcité, on t’aime, La Marseillaise”. Des chants d’unité et de solidarité », avance le député LFI de Seine-Saint-Denis, Alexis Corbière.

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