France

La guerre culturelle, une politique aux effets délétères

Théorisé en 1991 par un sociologue américain, le terme est passé dans le langage courant, décrivant un débat public polarisé autour de questions morales et une stratégie de conquête d’une hégémonie culturelle.

Article réservé aux abonnés

Histoire d’une notion. « L’Amérique est en pleine guerre culturelle (…) La fin à laquelle tendent ces hostilités est la domination d’un ethos culturel et moral sur l’autre. » En 1991, James Davison Hunter, sociologue américain, expose dans son livre Culture Wars. The Struggle to Define America (Basic Books, non traduit) une théorie politique dont le nom emprunte au Kulturkampf de Bismarck – sa politique destinée à rompre les liens entre Rome et l’Eglise catholique d’Allemagne et à placer celle-ci, perçue comme une menace à l’unité nationale, sous la tutelle de l’Etat. La guerre culturelle oppose, selon Hunter, deux groupes transcendant les affiliations religieuses, « orthodoxes » et « progressistes », qui se déchirent sur les polémiques de l’époque – l’avortement, l’union des homosexuels, la distribution de préservatifs dans les écoles, etc. Loin de constituer des « éclairs de folie » venus « des marges politisées », ces batailles révéleraient « des visions fondamentalement opposées de la signification de l’Amérique : ce qu’elle a été, ce qu’elle est et ce qu’elle devrait être », chaque camp se voyant comme l’incarnation légitime des valeurs nationales.

L’expression a retrouvé une seconde jeunesse sous la présidence de Trump, qui, après l’ère pacifiée – au moins en apparence – de Barack Obama, a rouvert des batailles sanglantes autour de nouveaux fronts – #metoo, les droits des personnes transgenres, le mouvement Black Lives Matter, l’avortement toujours – polarisant le pays. Dans la lignée des penseurs de la nouvelle droite française, qu’il admire, Steve Bannon, le conseiller de Trump, se réclamait d’un « gramscisme d’extrême droite ». Dans les années 1920, Antonio Gramsci, philosophe communiste italien, théorisa l’hégémonie culturelle, l’idée que le pouvoir politique s’adosse au pouvoir culturel. « Politics is dowstream from culture », « le politique découle de la culture », est le mot d’ordre très gramsciste de Breitbart News, le site « d’information » en guerre contre le « marxisme culturel » des libéraux.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi

Contrôle de la culture populaire

« Même à leurs moments d’influence électorale maximale – les présidences de Ronald Reagan et George W. Bush, les premières années du règne turbulent de Donald Trump –, les conservateurs se lamentent souvent d’avoir gagné la bataille politique mais perdu la culture. Ils ont raison », écrit Ronald Brownstein dans Rock Me on the Water (HarperCollins, 2021, non traduit), un livre sur l’année – 1974 – où les libéraux auraient définitivement établi leur contrôle de la culture populaire. « Les guerres culturelles sont une stratégie des conservateurs, en réaction au combat pour les droits civiques et les minorités, en partie gagnées », explique l’historien des idées François Cusset. Ils s’emparent de faits divers comme celui de la « Welfare Queen », une Afro-Américaine fraudeuse aux aides sociales qui roulait en Cadillac, qui deviendra l’incarnation de « l’assistanat », l’histoire de tel artiste brûlant un drapeau américain dans une installation qui occasionnera un débat national, ou la censure de paroles de rap, « autant de sujets qui sont en deçà de ce que l’on identifie comme politique, dont va se servir Reagan pour défendre la patrie, les family values, etc. », note le philosophe Yves Citton.

Il vous reste 40.78% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

Découvrir les offres multicomptes

Football news:

Antoine Griezmann s'est entretenu avec Hamilton et a visité les boxes Mercedes au grand prix d'Espagne
Barcelone sent que Neymar l'a utilisé. Il a dit qu'il voulait revenir, mais a prolongé son contrat avec le PSG (RAC1)
Aubameyang-les fans d'Arsenal: ils Voulaient vous donner quelque chose de bon. Je regrette que nous n'ayons pas pu
L'Atlético n'a pas perdu au camp Nou. La blessure de Busquets est un tournant du match (et de la course au titre?)
Verratti s'est blessé aux ligaments du genou à l'entraînement du PSG. La participation à l'Euro est encore en question
Le contrat de Neymar en une seule image. Мбаппе veut la même chose
Manchester United aimerait signer cet été à Bellingham, pas à Sancho. Le Borussia ne va pas vendre Jude