La monnaie turque dévisse. Lundi 26 octobre, elle s’échangeait “à moins de 8 livres pour un dollar”, explique la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Elle s’est dévalorisée de 25 % cette année, ce qui fait de la livre turque la “deuxième monnaie la plus faible au niveau international après le réal brésilien”. Elle a perdu 85 % de sa valeur par rapport au dollar depuis la crise financière.

La crise sanitaire internationale, les conflits avec la Grèce et d’autres pays de la région mais aussi “l’aggravation du fossé entre la Turquie et la France” expliquent le désamour des investisseurs étrangers, selon le quotidien allemand. Et la décision de sa Banque centrale la semaine dernière n’a pas aidé.

Il y a deux semaines encore, sa politique visait à augmenter progressivement les taux d’intérêt – en dépit de l’appel du président Recep Tayyip Erdogan à faire exactement l’inverse afin de stimuler l’économie nationale.

“Rouge écarlate”

Mais le 22 octobre, “contrairement aux attentes, la Banque centrale n’a pas augmenté les taux”, écrit le quotidien Sözcü, qui cite Timothy Ash, analyste à BlueBay Asset Management : “De nombreux investisseurs étrangers qui attendaient un feu vert [pour placer leur argent en Turquie] ont vu avec cette décision un rouge écarlate.” Dans la foulée, la livre a plongé “de plus de 2 %”, précise Bloomberg.

La Turquie a dû utiliser ses réserves “plus rapidement que tout autre pays émergent” pour soutenir sa monnaie – “en grande partie sans succès”.

Dépendance énergétique

Cette dégringolade est une source de gros problèmes pour Ankara non seulement parce qu’elle crée de l’inflation mais aussi parce que la dette publique et privée du pays est libellée en dollars. La Turquie doit rembourser cette année 128 de ses 421 milliards de dollars de dette extérieure. La moindre hausse relative du billet vert se répercute donc durement sur le montant de ces paiements, explique le média en ligne turc Gazete Duvar.

À cela s’ajoute la dépendance énergétique du pays : ses achats dans ce domaine se font en dollars, poursuit Gazete Duvar. De manière générale, la Turquie est très dépendante, pour sa propre production, d’importations payées en devises étrangères.