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La mezzo-soprano Marina Viotti, une nature éclatante

Une apparition digne des étoiles du cinéma italien d’après-guerre ! Dans sa robe du plus beau rouge, drapée d’une écharpe à l’avenant, le visage masqué par des lunettes de soleil, Marina Viotti, alias Angelina, brille de mille feux. Sur la scène de l’Opéra de Dresde en Allemagne, elle incarne sa première Cenerentola (Cendrillon) de Rossini, rôle qu’elle reprend dans quelques jours au Théâtre des Champs-Élysées (1). « Un personnage que l’on a mis du temps à me proposer alors que je sentais qu’il convenait bien à ma voix. Comme mezzo, j’ai peu l’occasion de me glisser dans la peau de femmes douces et bonnes : je chante plutôt des méchantes ou des séductrices ! » Si Angelina possède un noble caractère et sait pardonner à ceux qui l’ont méprisée, maltraitée, elle fait preuve toutefois, dans la production signée du metteur en scène Damiano Michieletto, d’une personnalité affirmée et solaire, magnifiée par le charisme de Marina Viotti.

Née en Suisse mais considérant Paris comme l’un de ses « chez-soi », l’artiste a parcouru un chemin fantasque jusqu’à l’art lyrique, qu’elle aime volontiers mettre en dialogue avec d’autres disciplines : des musiques actuelles à l’écriture, comme en témoigne Et si le monde était un opéra ?, ouvrage qu’elle vient de publier (1) avec la philosophe Gabrielle Halpern. Creuset d’émotions et de rêves, de fantasmes et de possibilités multiples, lieu d’hybridation entre les sexes et reflet des luttes entre le bien et le mal, le pouvoir et la servitude, le rire et les larmes, l’art lyrique y apparaît comme un art codifié qui, pourtant, dit vrai sur tant de choses.

« Vous êtes le maître ! »

«Être chanteuse impose des sacrifices, une intense préparation, une conscience de ses forces et de ses limites », détaille cette sportive qui a tâté aussi bien du rugby que du paddle, du vélo que de la course. Mais ne comptons pas sur elle pour se focaliser maladivement sur sa voix ni la « surprotéger ». «Je dis à mes élèves, ce n’est pas votre voix qui vous guide, vous êtes le maître ! », plaide cette ancienne professeure de lettres mue par la passion de l’enseignement, auquel elle souhaiterait « se consacrer de plus en plus ».

Marina Viotti apprécie autant les rôles tragiques, « qu’elle chante dans une bulle d’émotion jusqu’au tomber du rideau », que les personnages comiques «qui, eux, ont besoin d’une interaction avec le public. Une salle qui ne rit pas vous coupe les ailes…» Mais elle délaisse aussi régulièrement le théâtre des autres pour devenir « metteuse en scène d’elle-même » lors de récitals. «Accompagnée au piano ou par tout un orchestre, je jouis d’une liberté totale, passant d’atmosphère en atmosphère, au gré du programme que j’ai concocté et que je défends comme une conteuse le ferait d’une histoire qui lui tient à cœur. »

Un projet « hybride »

Cet esprit d’anticipation irrigue également ses projets d’enregistrements, comme «ce CD très gothique autour de la mélancolie, pour lequel le label Aparté me laisse carte blanche », se réjouit celle qui, dans ses jeunes années, s’est immergée dans l’univers « extrême » du metal. Depuis John Dowland (1563-1626, NDLR) jusqu’à des chansons actuelles, en mariant la voix, le luth baroque et la musique électronique, voilà encore une création comme je les aime : hybride ! »