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La variété de la création explose aux Trans Musicales de Rennes

Rennes (Ille-et-Vilaine), envoyé spécial.

Quand le brouillard se lève, le bleu gagne le ciel mais la température reste glaciale sur les bords de la Vilaine. Pas de quoi décourager les 60 000 festivaliers attendus aux Rencontres Trans Musicales, le grand rendez-vous hivernal des musiques buissonnières qui vient de lancer, ce mercredi, et pour cinq jours, sa 44e édition. « Rencontres », Jean-Louis Brossard, cofondateur du festival et toujours directeur, tient au mot. « Ici, on prend du temps pour discuter un peu, parler de musique. Et souvent les groupes repassent par Rennes pour jouer à l’Ubu (salle de concert fameuse – NDLR), ou ailleurs. Et là, j’ai encore plus de temps pour discuter avec eux. » Au fil des ans et d’une programmation toujours audacieuse, les Rencontres ont acquis une renommée internationale en refusant de se fondre dans aucun moule. « Nous restons une association-loi 1901. On n’a rien à voir avec d’autres festivals d’ordre privé, avec des grosses majors derrière ou des gens très riches qui se les ont offerts », tient à préciser Jean-Louis Brossard. Une éthique qui autorise le festival à prendre chaque année des risques, à dénicher dans l’infini des musiques populaires, des sons en devenir, des scènes en floraison, des artistes prometteurs, sans se laisser commander par le succès, encore moins par l’argent.

Révélateur de talent depuis 1979

C’est une vieille histoire. En 1979, le festival naît en portant la scène alternative rennaise, avec en figures de proue les punks de Marquis de Sade ou le jeune Étienne Daho. Dans les décennies suivantes, il accueillera, entre autres et pour des concerts illustres, Björk, Lenny Kravitz ou Nirvana, offrant chaque fois une caisse de résonance à ces artistes pionniers, alors inconnus du grand public. Ce seront ensuite les scènes électro et rap qui, chaque hiver, trouveront refuge dans la capitale bretonne. Un souci de toujours flairer l’époque qui demande de l’énergie et un temps certain pour prospecter la montagne de propositions qui tombent sur le bureau des deux programmateurs. « Travailler dans la musique, déjà, te prodigue de l’énergie, confesse le directeur du festival. Après, tu fais un choix qui te regarde en découvrant, par exemple, un groupe sur une scène. Mais il y a plein de façons de découvrir de la musique. Beaucoup des artistes que nous produisons vont jouer en France pour la première fois. Ils viennent d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine, et ce n’est pas toujours facile d’aller les voir, alors on écoute leurs albums grâce à des liens Internet. Au fond, il n’y a pas vraiment de recette pour faire une bonne programmation, il faut juste du travail et de l’envie. »

L’aventure commence pour la chanteuse Zaho de Sagazan

Cette année, la programmation s’est forgée aux sons des pays lointains. Un musicien tanzanien (DJ Travella) ; des Congolais (Kin’gongolo Kiniata) qui font résonner leurs rythmes sur des matériaux récupérés ; des Estoniens (Duo Ruut) qui mêlent le son du kannel, une harpe locale millénaire, aux rythmes synthétiques ; du flamenco électro (Rocio Marquez) ; des Louisianais (79rs Gang), anciens pendards reconvertis dans le folklore carnavalesque des Black Indians, ou encore un duo ouïghour d’acid house (None Sounds), réfugié à Barcelone depuis 2015, qui prodiguera samedi un set très attendu. Des propositions pour le moins éclectiques. Et alléchantes. « Il n’y a pas vraiment de mouvement dominant, aujourd’hui. Je suis très ouvert sur ce qui se passe dans le monde entier et nous avons fait le choix de programmer assez peu d’Anglo-Saxons. J’aime bien ce qui se passe en Afrique, avec beaucoup de nouveaux sons. C’est passionnant, la nouveauté se trouve surtout là-bas. En Asie également. Mais il y a aussi des groupes français car nous avons une très belle scène, à tous les niveaux », reconnaît Jean-Louis Brossard qui confesse son amour des « aventures du début ».

Une aventure qui pourrait bien commencer aujourd’hui pour Zaho de Sagazan, chanteuse accueillie cette année en création. Aucun album au compteur (le premier sortira au printemps) et une formule scénique nouvelle pour la jeune pousse repérée dans quelques festivals. « C’est mon premier vrai concert », avoue-t-elle, émue, devant un public exigeant mais conquis par une proposition intime et extravertie, impudique et délicate où des textes forts et subtilement chantés s’animent sur des rythmes électro. La native de Saint-Nazaire se produira cinq soirs de rang à l’Aire libre, un théâtre à la périphérie de la métropole rennaise. Ces créations sont chaque année un tremplin pour des artistes en devenir. Il y a quelques années, Stromae ou Jeanne Added passaient par là. Avant d’exploser.