Donald et Mera Rubell et leur fils possèdent 7 200 œuvres d’art contemporain mêlant Jeff Koons, Keith Haring et Cindy Sherman. Ils viennent d’ouvrir un musée en Floride présentant leur collection.

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Les collectionneurs Mera et Donald Rubell au musée Whitney à New York, en 2015. MIKE COPPOLA / AFP

C’était à la fin des années 1970. Les amateurs d’art Donald et Mera Rubell décident d’organiser une fête inaugurale en marge de la biennale du Whitney Museum, le musée d’art américain de Manhattan. La fête dure tard dans la nuit, et le lendemain soir un artiste inconnu se présente : Jeff Koons.

« Il s’était trompé de jour. Mais il avait l’air tellement déçu qu’on l’a invité à dîner. Je sais faire des pâtes en vingt minutes. Le lendemain, il nous a envoyé en cadeau une fleur gonflable. Ce fut notre premier Jeff Koons », raconte Mera Rubell, tandis que son mari s’amuse : « A ce moment-là, il n’avait pas les moyens d’acheter des vraies fleurs ».

Quarante ans plus tard, Donald et Mera Rubell, 78 et 76 ans, détiennent six Koons. Mais pas que : le couple possède une collection de 7 200 œuvres de 1 000 artistes, parmi lesquels Keith Haring, Ai Weiwei et Kehinde Wiley, dont ils exposent une partie dans leur nouveau musée de Miami (Floride), ouvert le 4 décembre. Une collection d’art contemporain inégalée pour un couple parti de rien.

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Fille de juifs polonais ayant fui les nazis, née à Tachkent, en Union soviétique (et aujourd’hui capitale de l’Ouzbékistan), Mera est arrivée à New York à l’âge de 12 ans sans parler anglais. Cinq ans plus tard, à la bibliothèque de l’université de Brooklyn, elle rencontre son futur mari, issu d’une famille juive autrichienne.

Des achats « bon marché » ou « au vrai prix » ?

Leur talent fut de dénicher des artistes contemporains dans les galeries new-yorkaises à partir des années 1960. « Don était étudiant en médecine, j’enseignais dans le cadre du programme Head Start [qui vient en aide aux jeunes enfants défavorisés], raconte Mera. Entre les heures d’études, on sortait pour se détendre, on allait marcher. Et il y avait tous ces artistes qui vivaient à Chelsea. Un monde s’est ouvert à nous. On n’avait pas d’argent, mais on a rencontré des gens extraordinaires, talentueux, ambitieux. »

Mais qu’on ne dise pas qu’ils ont constitué, depuis leur mariage en 1964, une collection en achetant des œuvres « bon marché » – en leur consacrant initialement 25 des 100 dollars que gagnait chaque semaine Mera ! Ce serait s’exposer à une vive réplique : « C’était le vrai prix, c’est toujours le vrai prix, pas le prix bon marché. C’est le prix que vous payez pour de l’art jeune et non découvert », rétorque-t-elle. « Vous devez voir les artistes dans leur environnement, dans leur galerie, dans leurs studios. Nous allons là où sont les artistes », ajoute Donald.

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