France
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Le pouvoir d’achat baisse, la souveraineté alimentaire recule

En France, les volumes de vente des marques de distributeurs et autres premiers prix ont augmenté de 15 % ces dernières semaines dans les grandes surfaces. Mais ces aliments des marques de distributeurs ne sont pas produits par les distributeurs. Des transformateurs se voient souvent contraints d’accepter de les produire et de les vendre aux grandes surfaces à des prix plus bas que leurs propres marques, sauf à accepter une réduction des volumes à mettre en rayon sur les douze mois à venir. Ce sont ces conditions imposées à ces entreprises, souvent des PME, au moment de négociations annuelles qui se terminent fin février. En raison de la baisse du pouvoir d’achat des ménages, les volumes de ventes des produits alimentaires issus de l’agriculture biologique sont en forte baisse depuis des mois, qu’il s’agisse des fruits et légumes, de la viande ou des produits laitiers. Du coup, les prix au départ de la ferme chutent aussi alors que les coûts de production sont en hausse.

Plus 20 % de charges en douze mois

Selon un récent communiqué du Centre national interprofessionnel de l’industrie laitière (CNIEL), « le prix unitaire des charges dans les élevages laitiers augmente actuellement de façon importante : +20 % en l’espace d’un an. L’augmentation des charges s’avère également particulièrement élevée dans l’aval de la filière. Les activités de collecte, de transformation et de distribution sont non seulement affectées par la hausse du prix du gaz et du gasoil, mais aussi par l’augmentation du prix des emballages », précise le CNIEL.

Malgré le vote d’une seconde loi EGALIM en automne 2021, ces hausses des coûts n’ont été que très partiellement prises en compte par les enseignes de la grande distribution. Pourtant, dans son discours de Rungis le 11 octobre 2017, le président Macron déclarait : « nous modifierons la loi pour inverser cette construction du prix qui doit pouvoir partir des coûts de production ». Toutefois, en adepte du « et en même temps », il ajoutait aussitôt : « Mais cette nouvelle approche ne saurait suffire car elle ne sera efficace que si les agriculteurs se regroupent véritablement en organisations de producteurs pour peser dans les négociations en tirant profit du droit de la concurrence ».

Quand un éleveur vend un produit périssable comme le lait et que la citerne qui maintient la chaîne du froid ne permet de stocker que deux à trois jours de collecte après la traite des vaches, gagner le bras de fer pour obtenir un prix décent des transformateurs et des distributeurs relève de la mission impossible. En témoigne les deux séances de négociation de cette année ainsi résumées par Syndilait, une structure qui regroupe les fabricants des différents laits liquides mis sur le marché : « Bien que le secteur ait été très offensif auprès de la Grande Distribution sur ses demandes de hausses dans le cadre de la loi Besson-Moreau, il n’a obtenu de ses partenaires distributeurs que des augmentations limitées à moins de 10 % sur les deux rounds de négociations commerciales. Ces progressions consenties ne règlent qu’une partie des augmentations subies au titre de la flambée des coûts de production de la matière première agricole dans les élevages ».

La France de Macron fait reculer notre souveraineté alimentaire

Le même communiqué rappelle que « la filière française du lait de consommation a la particularité de contribuer à la souveraineté alimentaire du pays en fournissant 98,5 % du lait conditionné consommé en France et elle réunit 24.0O0 emplois. Ces hommes et ces femmes, passionnés et responsables, sont engagés 7 jours sur 7 pour proposer au plus grand nombre un produit sécurisé, pratique, combinant de nombreuses qualités nutritionnelles au cœur de l’équilibre alimentaire », précise encore ce communiqué.

Ce qui vaut pour le lait de consommation courante vaut aussi pour les autres produits de la filière à commencer la riche gamme de nos fromages, les produits frais que sont le beurre, la crème, les fromages blancs et les yaourts. Avec les céréales, les vins et spiritueux, les produits laitiers font partie des trois filières qui dégagent encore un excédent commercial conséquent. Pour ne prendre qu’un exemple, celle des fruits et légumes est lourdement déficitaire en raison des importations dont abusent les grandes surfaces depuis des décennies pour faire baisser les prix payés aux producteurs français.

Alors que le ministre de l’Agriculture est désormais en charge de la « Souveraineté Alimentaire », il devient urgent de prendre des décisions qui permettent aux paysans de vivre de leur travail. C’est aussi la seule manière de préserver cette souveraineté dont nous avons grandement besoin en ce XXIe siècle marqué par le réchauffement climatique et ses conséquences désastreuses. Elles sont illustrées ces derniers jours par l’ouragan Ian qui dévaste la Floride tandis que des pluies torrentielles sont annoncées aujourd’hui dans les Pyrénées Atlantiques, quelques semaines après les incendies de forêt dans les Landes, en Gironde et ailleurs.