logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo
star Bookmark: Tag Tag Tag Tag Tag
France

« Les enseignants ne se contenteront pas de promesses »

Porte-parole du Snuipp-FSU

Pourquoi parlez-vous d’un mouvement « historique » chez les enseignants du premier degré ?

Francette Popineau Parce que, dès mardi, nous savions qu’avec sept enseignants grévistes sur dix et deux écoles sur cinq fermées, ce mouvement serait d’une force au moins égale à ce que nous avions connu en 2003 ou 1995. La cause en est que, contrairement à ce que le ministre a pu affirmer, ils ont parfaitement bien compris la nature de cette réforme. La comparaison des deux systèmes montre une baisse de 600 à 900 euros par mois : c’est une somme très conséquente, surtout pour des gens qui, à bac +5, ont une rémunération déjà très faible. Rappelons qu’après quinze ans de carrière, un professeur des écoles français gagne 2 000 euros de moins que son collègue allemand, par exemple. Le « pacte social », qui reposait sur des salaires (trop) bas et une progression de carrière lente mais une pension correcte, car calculée sur les six derniers mois de salaire, serait rompu par cette réforme.

Pourtant, Jean-Michel Blanquer s’est porté garant du fait qu’il n’y aurait pas de baisse des pensions…

Francette Popineau Nous en sommes à trois réunions sur le sujet au ministère, avec beaucoup de questions, mais peu de réponses et, surtout, aucune proposition concrète : pas de plan pluriannuel d’augmentation des rémunérations, notamment, qui serait nécessaire si on veut éviter la baisse des pensions. Pourtant, tout le monde est d’accord sur le constat que les enseignants du premier degré seraient les grands perdants de la réforme, le président de la République lui-même l’a reconnu, le 3 octobre, à Rodez… tout en disant que ça coûterait trop cher. Les enseignants ne se contenteront pas de promesses : perdre 600 à 900 euros, c’est trop. Surtout dans un métier très féminisé, avec donc beaucoup de carrières irrégulières ou de temps partiels. Tout cela doit être pris en compte.

Le ministre a aussi écrit aux profs, mercredi, en affirmant que « la valeur du point ne pourra pas baisser ». Qu’en pensez-vous ?

Francette Popineau Plusieurs facteurs doivent être pris en compte. Est-ce qu’on aura autant de points au final ? Les points seront-ils indexés sur le coût de la vie ? Avec quoi se ferait la compensation qui doit permettre de retrouver un niveau de retraite acceptable ? Avec des indemnités ? Mais celles-ci peuvent très bien disparaître d’un gouvernement à l’autre… En fait, cette réforme que nous n’avons pas souhaitée oblige à presser le pas sur la question des salaires. Ainsi, éviter la baisse de 900 euros des pensions signifie qu’il faut augmenter les nouveaux enseignants de plus de 1 500 euros par mois, dès le début de carrière – et de plus de 1 000 euros par mois sur l’ensemble de la carrière. Les 10 milliards d’euros, évoqués par Emmanuel Macron le 3 octobre pour dire qu’il ne les donnerait pas, n’y suffiraient même pas.

Ce mouvement n’agrège-t-il pas aussi, chez les enseignants, une colère venue de plus loin ?

Francette Popineau Oui, c’est un élément de plus qui renforce un sentiment de déconsidération. Nous sommes méprisés par ce gouvernement. Les propos d’Emmanuel Macron à Rodez étaient choquants. Mais la chape de plomb qui pesait sur les conditions de travail dans les écoles est en train de se lever. Les enseignants veulent être considérés : cela passe en premier – mais pas seulement – par une revalorisation salariale. Nous sommes dans le bas du tableau des salaires européens, et en plus, on nous dit que, quand on partira en retraite, on touchera l’équivalent d’un salaire de débutant ? ! Les enseignants en ont marre, tout simplement !

Ce mouvement va grandement gêner les familles…

Francette Popineau ​​​​​​​C’est vrai. Mais d’après les sondages 70 % des Français soutiennent le mouvement. Nos parents d’élèves sont aussi des salariés, ils seront impactés par la réforme : tout le monde est concerné. La balle est dans le camp du gouvernement. C’est à lui d’apporter des réponses.

Themes
ICO