France

Les entreprises ont-elles profité de la prime Macron pour limiter les hausses de salaires?

En 2020, le versement de la prime Macron sera conditionné à la mise en place d'un accord d'intéressement

En 2020, le versement de la prime Macron sera conditionné à la mise en place d'un accord d'intéressement - Gaiza iroz - CC

Selon l’Insee, la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat a donné lieu à des effets d’aubaine limités. Cela signifie que, pour la verser, les entreprises ont amputé une partie des hausses de salaires initialement envisagées sous d’autres formes.

Mesure phare du gouvernement pour répondre à la crise des gilets jaunes, la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (Pepa) ou "prime Macron" a rencontré un succès indéniable dès son entrée en vigueur. Au premier trimestre 2019, plus de 400.000 entreprises ont versé cette prime défiscalisée et désocialisée dans la limite de 1000 euros, et ce pour un montant total de 2,2 milliards d’euros. Soit 401 euros en moyenne pour les 4,8 millions de salariés bénéficiaires.

La mesure a soulevé à une interrogation légitime sur les potentiels effets d’aubaine dont pourraient profiter les entreprises ayant décidé de verser cette prime. Cette théorie suppose qu’en l’absence de ce dispositif, les employeurs auraient de toutes façons consenti à augmenter les salaires et sans bénéficier cette fois d’exonérations fiscales et sociales. Dit autrement, les entreprises ont-elles utilisé la prime Macron pour amputer en partie les éventuelles hausses de salaires initialement envisagées?

C’est ce que craignait en 2018 la branche des cadres de la CGT (UGICT), davantage favorable à une augmentation globale des salaires plutôt qu’à une prime exceptionnelle: "Cette prime n’étant pas obligatoire, la majorité des entreprises ne la versera pas ou s’en servira comme d’un effet d’aubaine pour ne pas verser des augmentations prévues et profiter de la défiscalisation", affirmait le syndicat dans un communiqué.

Des hausses de salaires hors prime plus limitées dans les entreprises qui l'ont versée

Qu’en est-il réellement? Selon l’Insee, l’évolution des salaires au premier trimestre 2019 suggère que le versement de la prime exceptionnelle a effectivement donné lieu à des effets d’aubaine néanmoins limités. Premier indice pour aboutir à ce constat: les salaires (hors prime exceptionnelle) ont progressé moins vite sur un an au premier trimestre 2019 dans les entreprises ayant versé la prime que dans les autres (différence de 0,4 point).

"Ceci suggère un effet d’aubaine: même si la prime ne peut se substituer à des augmentations de rémunération ni à des primes prévues par un accord salarial ou par le contrat de travail, des établissements auraient sans doute versé, sous une forme différente, au moins une partie du montant de cette prime en l’absence de cette mesure. Net de cet effet d’aubaine, l’effet de la prime exceptionnelle sur la hausse des salaires est donc sans doute inférieur au montant versé par les entreprises au titre de cette prime", note l’Insee.

L’institut tente de le démontrer en s’appuyant sur deux méthodes, l’une macroéconomique, l’autre microéconomique. La première rappelle que le salaire moyen par tête (SMPT) a augmenté de 2,7% sur un an au premier trimestre 2019. En excluant de la masse salariale les 2,2 milliards d’euros perçus par les salariés au titre de la "prime Macron", la progression du SMPT n’est plus que de 1,3% sur un an.

Des effets d'aubaine compris entre 15 et 40% des gains

En clair, le versement de la Pepa serait à l’origine d’une hausse du salaire moyen par tête de 1,4 point. Ce qui n'est pas négligeable. Mais la hausse des salaires hors prime observée de 1,3% est étonnamment inférieure aux augmentations des trimestres précédents (supérieures à 1,5%) et même en deçà des prévisions de l’Insee qui tablait initialement sur une hausse de 1,9% au premier trimestre. C’est certes 0,8 point de moins que l’évolution du salaire effectivement observée avec la prime (+2,7%) mais 0,6 point de plus que celle calculée en excluant le versement de celle-ci (+1,3%).

Cela suggère qu’une partie de la hausse des salaires prévue sous d'autres formes a été abandonnée au profit du versement de la prime exceptionnelle. En l’occurrence, sur 1,4 point de croissance annuelle des salaires imputable à la prime au premier trimestre, environ 40% (soit 0,6 point) relèverait d’effets d’aubaine: les entreprises auraient consenti à une augmentation du même ordre en l’absence de ce dispositif. Ainsi, l’effet net de la prime sur l'évolution des salaires n'est pas de 1,4 point mais de 0,8.

L’Insee appelle toutefois à considérer cette première estimation avec "précaution" et reconnaît même qu’elle est "vraisemblablement" surestimée. Il convient alors de la compléter avec une approche microéconomique. Pour ce faire, l’institut de la statistique a comparé la dynamique des salaires des personnes éligibles à la prime dans quelques entreprises la versant à celle d’un groupe "témoin" d’entreprises ayant les mêmes caractéristiques mais ne la versant pas.

Il en ressort que le salaire moyen par tête dans les entreprises ayant versé la prime a progressé de 3,5% sur un an au premier trimestre 2019, dont 2,3 points sont directement imputables à ce coup de pouce. Ainsi, la croissance des salaires hors prime pèse pour 1,2 point dans la hausse globale. La différence avec l’évolution des salaires dans le groupe témoin n’ayant pas versé la prime, et donc l’effet d’aubaine observé, est de 0,3 point, soit 15% des 2,3 points de dynamisme liés à la prime. L’effet net de la prime, c’est-à-dire le gain réel lié à ce dispositif pour les salariés, est quant à lui de 2 points.

"Les effets d’aubaine semblent en outre se traduire par des revalorisations salariales plus faibles qu’attendues sur le salaire de base ou les primes perçues de façon régulière (c’est‑à‑dire chaque mois), plutôt que par une réduction des composantes irrégulières de la rémunération (autres primes par exemple)", oberve encore l'Insee.

Disparités sectorielles

L’effet d’aubaine observé ici (15%) est bien inférieur à celui estimé à partir de la méthode macroéconomique (40%). Mais "à l’inverse de cette dernière, vraisemblablement surévaluée, l’estimation microéconomique minore probablement les effets d’aubaine" puisque le champ d’analyse est plus restreint, explique l’Insee. La réalité se situe donc sans doute entre les deux.

En revanche, cette seconde approche permet à l’institut de mieux observer les différences entre les secteurs. Ainsi, les effets d’aubaine seraient plus importants dans la fabrication de biens d’équipement, le transport-entreposage, les activités scientifiques et techniques ou encore les services aux ménages. Ils seraient à l’inverse "quasiment absents" dans les autres activités industrielles, la construction, l’information-communication et les services administratifs et de soutien. "Les effets d’aubaine seraient en outre moins prononcés dans les très grandes entreprises", conclut l’Insee.

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