France

Lettres. Face à la maladie, les limites du pouvoir

Textes sacrés, tragédies ou romans ont souvent illustré l’impuissance du politique face aux crises épidémiques.

Par Nicolas Weill

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« David se résigne à la volonté du Seigneur, qui a frappé son royaume de la peste », de Joseph-Marie Vien l’Ainé (1743). Beaux-Arts de Paris/Dist. RMN-Grand Palais

Analyse. Pour le critique Thomas Pavel, auteur de La Pensée du roman (Gallimard, 2003), la littérature crée un laboratoire fictif dans lequel il est possible de mettre en scène les aspirations d’un individu ou d’une communauté aux prises avec la nécessité d’accomplir un idéal moral, quelle que soit la réalité vécue, tragique ou ordinaire. Comment nous permet-elle donc d’imaginer un sens à la présente épidémie ? Quand la maladie prend place dans les épopées, les tragédies, les romans ou les chroniques, c’est souvent pour nous inviter à ébaucher des réflexions vis-à-vis de nos limites, en particulier celles qui touchent notre domination politique sur le monde. De même l’épidémie répand-elle, non seulement un virus, mais un germe de profonde déstructuration sociale. Dans les premières pages d’Histoire de la folie à l’âge classique (Plon, 1961), le philosophe Michel Foucault affirme, moult exemples littéraires à l’appui, que les épidémies constituent le phénomène par excellence capable de pulvériser nos rêveries modernistes de maîtrise absolue.

La Bible préfigure déjà ce genre de leçon. Elle raconte comment est châtié le roi David lorsque, pris d’un accès de démesure, il ose dénombrer son peuple, enfreignant les lois données au Sinaï qui proscrivent tout comptage par tête. Soixante-dix mille hommes périssent alors, frappés par l’ange de la mort. En rassemblant ses sujets dans les plaines de Moab afin de procéder à leur recensement, David aurait, selon certains exégètes, créé une proximité propice à une contagion en exposant les gens aux regards d’autrui. Ne croyait-on pas que l’œil était l’organe le plus dangereux du corps humain, du fait de ses émanations ? D’où le lien établi entre recensement et maladie…

« Peste d’Athènes » et hantise du complot

La littérature antique grecque et latine n’est pas en reste. Elle juxtapose des lectures « rationalistes » du fléau à l’explication par la colère des dieux. Tel est le cas de la sublime et très actuelle peinture de la « peste d’Athènes » (430 av. J.-C.) par Thucydide (v. 460-v. 400 av. J.-C.) dans La Guerre du Péloponnèse (Les Belles Lettres, 2019). On y a vu une vague de typhus, de scarlatine, de variole, etc. Quelle qu’en ait été la cause, sur laquelle l’historien ne s’attarde guère, la hantise du complot est déjà présente : « [Les Athéniens] prétendirent même que les Péloponnésiens [leurs adversaires] avaient empoisonné les puits »….

Thucydide s’appesantit en revanche sur la description physique des symptômes et des conséquences : la dégradation morale et le non-respect des morts. Il montre comment les Athéniens s’en prennent à leur dirigeant, Périclès, qui ne peut que constater amèrement à quel point le fléau l’a rendu impopulaire : « [Il] contribue, je le sais bien, à me faire encore plus détester et ce n’est pas juste, à moins que tout bonheur inattendu ne doive également m’être rapporté. »

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