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France

Me Bernadette Llados-Hérail, bâtonnière de Béziers : "Nous sommes proches des gens"

Pour son second mandat de bâtonnier, Me Bernadette Llados-Hérail commence par une grève qui dure depuis une semaine et qui a été prolongée jusqu’à vendredi 17 janvier.

Comment envisagez-vous votre second mandat ?

Déjà, j’ai pris du recul après mon premier bâtonnat. Je me suis mise en retrait. Je sais déjà à quoi m’attendre, mais ce qu’il y a de passionnant c’est qu’il peut y avoir des surprises. En revanche, je ne suis pas là pour vivre sur mes acquis. J’ai l’impression de chercher mes marques dans le nouveau palais de justice, même si je le connais bien. Je connais la fonction et tout ce qu’elle amène de vie à l’extérieur. On se rend compte que ce que nous faisons chez nous, ce n’est pas si mal que cela.

Est-ce que la petite taille du barreau de Béziers est un atout pour tout ce qui est des relations humaines ?

Oui, c’est indéniable. Nous avons beaucoup de relations entre nous. L’humain reste au premier plan et le bâtonnier n’a pas un rôle politique, mais un véritable rôle de rassembleur.

L’humain reste au premier plan et le bâtonnier est un véritable rassembleur

Cette année vous changez de locaux pour vous rapprocher du palais de justice ?

C’est un peu ça. C’est un dossier que nous avions lancé lors de mon premier bâtonnat. Éric Guilhabert est parvenu à vendre et nous allons déménager dans le courant du premier trimestre. C’est un aboutissement pour tous les avocats qui vont retrouver une nouvelle maison plus proche du palais de justice et du bureau de l’ordre.

Ce déménagement, C’est une évolution dans la vie du barreau ?

C’est une coupure, un tournant parce que nous sommes là depuis longtemps. Mais la maison des avocats était un lieu de rassemblement qui avait perdu de son essence quand le tribunal a déménagé. La maison des avocats va retrouver une vie plus agitée. Située où elle le sera, c’est une certitude. Les avocats vont revenir dans ces lieux qui sont le leur. Cette maison va retrouver une vie. C’est une évolution nécessaire pour travailler dans de bonnes conditions. Il y aura une vie plus professionnelle, mais la fréquentation augmentera et ce sera une bonne chose.

Avec la grève vous entrez directement dans le vif du sujet ?

Je m’attendais à une grève ponctuelle et là, cela dure. Les temps sont maintenant plus durs qu’il y a quatre ans. Il faut être encore plus présent et montrer l’exemple vis-à-vis de tous. Il faudra porter des convictions pour le compte de tous les confrères pour mobiliser.

"Une réforme à venir qui portera atteinte aux droits de la défense"

Les avocats luttent pour leur retraite, mais aussi pour l’avenir de la profession. Sans oublier qu’ils se doivent de défendre leur juridiction pour garder leur emploi.

Vous êtes inquiets pour l’ensemble des réformes qui semblent se dessiner ?

Oui ! C’est ce que nous tentons d’expliquer. S’il n’y a plus d’avocats qui exercent à titre libéral dans nos territoires et que les jeunes exercent dans de grosses structures, je pense que les droits de la défense ne seront pas assurés aussi bien qu’ils le sont aujourd’hui, ici ou ailleurs.

Pourtant le maillage territorial est assuré ?

C’est l’impression que donne la fusion des TI et des TGI. Mais il convient de rester très vigilant. Avec la loi de programmation, on a introduit des notions de spécialisation des tribunaux. Pour l’heure, Béziers n’est pas impacté mais il faut faire attention.

Le président Barbier est aussi là pour veiller ?

Effectivement. C’est à croire qu’il est Biterrois dans l’âme. Il défend son tribunal comme personne. Tout dépendra des chefs de juridictions. L’avenir du tribunal reste toujours en suspens. Mais il a un tel volume d’affaires qu’il sera difficile de transférer quoi que ce soit sur Montpellier, du fait de son engorgement. L’idée de regroupement des juridictions est toujours là. Le Garde des sceaux raisonne de manière comptable et nous, pour un territoire. Nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde. Tout repose sur les compétences et les qualités humaines de chacun. Nous devons continuer à fonctionner avec notre style. Il faut que nos entreprises fonctionnent bien. Nous avons tous des intérêts communs dans ce dossier. Toutes les réformes que l’on nous propose, que ce soit celle de la justice ou des retraites, reviennent à cette idée de maillage. Le but premier est de regrouper.

Est-ce que la grève est amenée à se durcir ?

Nous allons suivre le mouvement national. Je n’ai jamais vu un tel durcissement. C’est la première fois que cela émane du national. Habituellement c’est toujours la base qui lance le mouvement. Ce n’est pas le cas car il n’y a plus de négociations pour évoquer notre dossier. Personne n’écoute en haut lieux. C’est la première fois que je vois une ministre ne pas protéger l’institution judiciaire. Elle n’est pas au rendez-vous.

Les avocats sont proches des gens et nous avons beaucoup travaillé dans ce sens

Est-ce qu’il y a un soutien de la population ?

On nous parle d’égalité pour la retraite. Mais pour nous cela veut dire doublement des cotisations et après 42 ans de cotisations nos pensions vont baisser. Maintenant nous sommes bien accueillis lors des manifestations. Les gens réagissent dans le bon sens. Ils ont compris que même les professions libérales sont touchées. Elle a un regard bienveillant et constate que nous aussi nous sommes très touchés.

Est-ce que cela veut dire que vous êtes parvenus à donner une autre image des avocats ? Ce ne sont plus ces nantis en robe noire aux regards des autres ?

Nous sommes proches des gens. Nous sommes accessibles. Me Guilhabert, mon prédécesseur, a beaucoup œuvré dans ce sens. Il a sensibilisé beaucoup de monde, beaucoup d’élus. S’il faut continuer dans ce sens, nous le ferons. Les élus de terrain sont d’ailleurs beaucoup impliqués à nos côtés que par le passé. Désormais, les citoyens comprennent mieux notre situation, notre quotidien.

Quand on commence un mandat par un conflit, quelles perspectives a-t-on pour les deux ans à venir ?

Le conflit, il faut le gérer au quotidien. Ce n’est pas simple. Mais après nous sommes toujours indépendants. Ce sera la décision du collectif qui primera. Cela nous donnera de la force pour gérer les crises face aux magistrats.

Vous avez le soutien des magistrats locaux ?

Oui. Dans l’ensemble. Même si cela perturbe le fonctionnement du tribunal. Dans ce sens nous demandons toujours à nos clients d’être présents. C’est une forme de respect de notre belle institution. Ce n’est pas parce qu’on fait grève qu’on reste à la maison.

Forte de tout cela, est-ce que vous allez relancer le projet de création de la Jirs à Béziers ?

Il faut poursuivre dans ce sens pour montrer que les avocats de Béziers, mais aussi la juridiction ont les compétences pour un tel projet. Cela montrera aussi que Béziers ne dépend pas de trop de paramètres humains. Ce serait une situation trop fragile. Une Jirs (juridiction interrégionale spécialisée NDLR) serait le moyen absolu pour que nous n’ayons plus à craindre le moindre transfert de réductions d’effectif. Il faudra remettre ce dossier sur la table. Il faudra y revenir et montrer que Béziers a une légitimité. Il y a ici des moyens humains, immobiliers avec la prison, la 5e de France, la cité judiciaire toute neuve. Elle a coûté 29 M€. Dans la vie de la juridiction cela compte et il faudra amortir tout ça.

Des années et des mandats enrichissants à tous les niveaux

Me Llados-Hérail a pris du plaisir à travailler avec ses confrères, lors de son premier mandat. C’est ce même plaisir qui l’a amenée à revenir, quatre ans plus tard, à Béziers. Elle a aimé le contact humain avec les autres. Être à la tête de ce collectif était très appréciable pour l’avocate. Elle a pourtant dû se mettre en retrait, par choix personnel, avant de revenir au sein du conseil de l’ordre, car le bâtonnier, en plus de son rôle public, reste un confident discret très sollicité.

"Je suis ravie de succéder à Me Guilhabert. Il l’a dit lui aussi, il a pris énormément de plaisir dans la réalisation de son mandat et je le comprends. Il a travaillé énormément pendant deux ans et c’est un très bon bilan. Ce qu’il a fait, moi qui connais la fonction, n’a pas toujours été facile. Il a assuré en se battant pour le collectif. Il a porté haut l’image de notre barreau. C’est important de souligner tout ça."

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