France
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Montpellier : 1963, Medhi Bensaïdi construit le zoo de Lunaret avec 70 compagnons de labeur harkis

C'est un des bâtisseurs du zoo de Lunaret. Entre 1963 et 1964, avec 70 autres harkis, il a mené un travail d'ampleur pour que le parc voit le jour. Récit d'une vie de galères et de labeur. 

Dans le salon de son modeste pavillon, Medhi Bensaïdi, 90 ans, raconte son périple de l’Algérie à la France, en 1962, sans ressentiment, comme délivré de ses souffrances. Le temps paraît avoir fait œuvre réparatrice. Soixante ans se sont écoulés depuis qu’il a quitté son pays "sans pouvoir dire au revoir" à son père.

Entassé dans les cales d'un bateau militaire

Au mois de juin, il embarque avec sa femme enceinte et leurs deux enfants dans les cales d’un bateau de guerre du 5e Rima. Ils partent ainsi avec des centaines de harkis, rescapés d’une France qui a abandonné la majorité de ses supplétifs après les accords d’Évian. "On est restés plusieurs semaines sur le bateau, au large, entassés dans les cales. Sur le continent, personne ne voulait de nous. Je me souviens qu’à bord, les marins avaient séparé ceux qui avaient des enfants et ceux qui étaient seuls. Ceux-là devaient nettoyer les cales."

Des exilés honteux

À son arrivée, Medhi a 32 ans, aucun travail, et une famille à nourrir. Dans son pays, on le considère comme un traître. En France, lui et sa famille ne sont pas les bienvenus. Des exilés honteux, d’abord parqués dans un camp sur le Larzac pendant quatre mois, puis dans un autre en Ardèche, et enfin dans la Drôme, aux Beaurières, un hameau de forestage, où comme d’autres harkis, il est employé à des travaux de reboisement et d’aménagement des forêts domaniales.
"On vivait dans des guitounes. On avait tellement froid et il faisait toujours gris", se souvient-il.

Comme beaucoup, il espère trouver une place dans le sud de la France. Le soleil du midi, à défaut de panser les plaies, rendrait son exil et celui de sa famille moins douloureux, croit-il.

Dans des préfabriqués au mas de Portaly

Montpellier s’impose lorsqu’il entend des compagnons d’infortune lui parler de cette ville accueillante. Medhi et sa famille y débarquent sans le sou et s’installent sous le pont Juvénal où vivent près de 300 autres harkis, dans une baraque insalubre privée de tout confort. Quelques mois plus tard, le préfet de l’époque, interpellé par la communauté, trouve de nouveaux logements à ces familles. "Ils nous ont mis dans des préfabriqués au mas de Portaly." 

Nous sommes en 1963. À Montpellier, François Doumenge, océanographe et adjoint au maire de François Delmas, trace les premières limites du futur zoo de Lunaret, avec le régisseur du domaine M. Pelissier.

Il faut de la main-d’œuvre pour défricher ce terrain domanial de 350 ha. Medhi Bensaïdi est choisi pour être de ceux qui vont abattre un travail titanesque durant plus d’un an. Ils seront 70harkis comme lui à permettre l’ouverture du parc. Certains vivront même sur place dans des baraques en bois. La végétation est dense, "un serpent n’aurait même pas pu rentrer, plaisante-t-il. Il y avait des roches partout. On avait juste des pelles et des pioches, alors il a fallu faire sauter certains endroits à la dynamite. On a tout défriché, on coupait tous les arbres avec des scies et des haches. Il n’y avait pas beaucoup d’outils mécaniques. Pas de broyeurs. Alors on sortait les branches coupées et on faisait tout brûler à l’extérieur. On a aussi ouvert des chemins, installé trois portails…"

Le premier zèbre s'appelle François, du nom du maire de l'époque

Le zoo ouvre ses portes en 1964. "Le premier zèbre, on l’a appelé François, comme le maire de l’époque", raconte-t-il en souriant. Medhi Bensaïdi reste trente-six ans et ne quitte le parc qu’au moment de sa retraite. Aujourd’hui, beaucoup de souvenirs se sont effacés mais ses yeux s’embrument lorsqu’il parle de ses collègues harkis avec qui il a tant partagé.

Rabah, un de ses fils, qui a lui aussi travaillé un temps au zoo, raconte qu’ils avaient noué des liens très forts avec le directeur du zoo, Marcel Gallet, parti à la retraite en 1994. "Aujourd’hui, ça nous fait quelque chose de voir les difficultés que traverse le parc. Nous avons tant de souvenirs", se désole son fils.

Ces souvenirs, une plaque, apposée à l’entrée du zoo, en marque la trace. Un hommage discret au travail bâtisseur de Medhi Bensaïdi et de ses compagnons de labeur.

Exposition : "Histoires d'hospitalité" à l'hôtel de ville

Medhi Bensaïdi figure parmi les personnes dont les témoignages sont exposés sur le parvis de l’hôtel de Ville de Montpellier dans le cadre de l’exposition “C’était l’année 62, Mémoires d’exil, histoires d’hospitalité”, aux côtés de personnalités comme personnalités mais aussi d’anonymes. À l’intérieur, au rez-de-chaussée, salle Danielle-Mitterand, on découvre à travers des archives, à quel point l’histoire des pieds-noirs et des harkis est liée à la ville. L’exposition est visible jusqu’au 21 octobre (à l’intérieur, aux heures d’ouverture de la mairie).

Plus d’infos sur : montpellier.fr/annee62