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Mort de Richard Roundtree, iconique interprète de Shaft

«Merci de nous faire sentir SUPER BIEN sur nous mêmes», écrivait Samuel Jackson sur X (ex-Twitter) pour rendre hommage à l’acteur Richard Roundtree, mort mardi 24 octobre à 81 ans d’un cancer du pancréas. Connu d’abord et jusqu’au bout pour le rôle du détective John Shaft, il aura été le premier «héros d’action afro-américain» dans les années 70, une alternative plus sexy et canaille au lisse Sidney Poitier. Ce natif de la région de New York se distingue, comme ses futurs collègues O.J. Simpson, Fred Williamson ou Burt Reynolds, sur les terrains de football américain. Un passage par le mannequinat dès 1963 et la troupe de théâtre afro-américaine Negro Ensemble Company à partir de 1967 lui donneront ce qu’il faut pour marquer les esprits dans le générique des Nuits Rouges de Harlem (en anglais, Shaft) de Gordon Parks en 1971 : Roundtree arpente Times Square comme si la ville lui appartenait, adressant un doigt d’honneur à un conducteur indélicat. La chanson-titre d’Isaac Hayes (et son «Who’s the black private dick that’s a sex machine to all the chicks ?») achève de fixer un moment clé de la culture afro-américaine. Shaft «jouait selon ses propres règles», résumait Roundtree dans une interview au New York Times en 2019.

Chair à stéréotype macho-funky

Avec ce film, d’abord envisagé pour un acteur blanc, et Sweet Sweetback’s Baadasssss Song de Melvin Van Peebles la même année, la Blaxploitation avec ses héros noirs fantasmés, modèles pour les Afro-Américains mais chair à stéréotype macho-funky. Lui ne voyait que les meilleurs aspects de ce courant paradoxal d’émancipation, initié par Hollywood pour élargir son public : «Exploitation. Qui est exploité. Ça a donné du travail à beaucoup de gens. Ça leur a permis d’entrer dans l’industrie, y compris pour beaucoup de réalisateurs et producteurs qui sont encore là de nos jours.» A 28 ans, Roundtree devient star. «Si j’entrais dans un grand magasin, je sentais qu’on me suivait. Et cela changeait quand on me reconnaissait. Si je n’étais pas l’acteur qui jouait John Shaft, on me filerait, on me surveillerait et on me déshabillerait dans la cabine d’essayage.»

Navet guerrier

Les studios MGM, sauvés de la banqueroute par le premier Shaft (13 millions de dollars de recettes pour un budget de 500 000), voudraient bien qu’il enchaîne les suites façon James Bond. Il n’en fera que deux très vite troussés (les Nouveaux Exploits de Shaft en 1972 et Shaft contre les trafiquants d’homme en 1973), ainsi qu’une courte adaptation édulcorée pour la télévision. Roundtree veut varier les rôles. De fait, du navet guerrier Inchon, produit par la secte Moon, à toutes les apparitions cathodiques possibles (Racines, la Croisière s’amuse, Magnum, le Prince de Bel-Air ou Desperate Housewives), en passant par le curieux l’Ile du maître (1975) où il joue Vendredi au côté de Peter O’Toole (Robinson Crusoé), il n’arrêtera jamais de travailler, sans pour autant retrouver un personnage iconique à la mesure de Shaft. Il y reviendra mais pour adouber en tonton/papa/papy son successeur Samuel Jackson en Shaft nouveau dans deux films en 2000 et 2019. Il était perplexe quand à ce dernier Shaft, moins sexualisé, plus comique, mais peut-être plus à la portée de son propre père, pasteur pentecôtiste qui refusait de voir ses films pas assez chastes.