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Musique classique : camion-concert, tournées en vélo... Ces musiciens qui vont au devant du public

Selon que l’on considère le verre à moitié vide ou à moitié plein, le constat varie. Les pessimistes soulignent, statistiques à l’appui, que le public de la musique classique se raréfie, vieillit et peine à se diversifier socialement. Pour preuve, seulement 6 % des Français avaient assisté à un concert classique en 2019, selon la dernière étude sur leurs pratiques culturelles (1), contre 9 % en 1997. Plus préoccupant encore, le taux chutait à 2 % pour les 15-28 ans, résultat « historiquement » faible…

Les optimistes, eux, rétorquent que, sans ignorer cette tendance, les nombreuses actions en faveur de la diffusion d’un art certes codifié mais dispensateur d’émotions incomparables commencent à porter leurs fruits. «Si l’on considère par exemple la Philharmonie de Paris, constate Noël Corbin, délégué général à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle au ministère de la culture, la fréquentation des jeunes a augmenté de 57 % entre la saison 2021-2022 et la suivante. Au niveau national comme au niveau local, tout ce qui facilite l’accès à un univers réputé lointain et complexe va dans le bon sens. Et ce, à tous les âges de la vie. » Et d’insister sur la notion de « santé culturelle » qui, à l’instar de la santé alimentaire, «a un impact direct sur notre qualité de vie ».

Les plus belles œuvres par les meilleurs interprètes

Bien des musiciens en sont persuadés qui, non contents d’inciter le public à franchir la porte des salles de concert, choisissent d’aller au-devant des spectateurs qui s’ignorent encore. Pionniers en la matière, Les Concerts de poche, fondés en 2005 par la pianiste Gisèle Magnan, n’ont cessé d’élargir leur périmètre, dans les quartiers dits sensibles ou les déserts culturels. «Il n’y a pas de secret, explique cette militante convaincue. Il faut créer la confiance, pas à pas, en programmant les meilleurs interprètes dans les plus belles œuvres, même celles jugées “élitistes” comme l’ultime Sonate pour piano de Beethoven ou La Nuit transfigurée de Schoenberg. »

Le développement d’ateliers de découverte et de pratique, animés par des médiateurs compétents, attise la curiosité de «ceuxqui, dans les cités des banlieues urbaines ou les petits villages ruraux isolés, ont de facto un accès plus difficile à la vie musicale ». Toujours très accessibles (des billets à 1 € parfois), les concerts ne sont cependant pas gratuits, « par respect pour les artistes et les spectateurs », affirme Gisèle Magnan.

Un camion-concert…

La démarche de l’ensemble baroque Masques et de son chef, Olivier Fortin, puise dans la même ardeur à faire partager les sortilèges de la musique. Tel un Capitaine Fracasse du XXIe siècle, il sillonne les routes de Bourgogne à bord de L’Échappée, un « camion-concert » pouvant accueillir 40 spectateurs ou, par beau temps, se muer en scène de plein air. «Nous avons fait réaliser un magnifique décor tout en bois dont l’acoustique magnifie les sonorités du clavecin, de la viole de gambe ou du théorbe. La découverte des instruments est d’ailleurs un puissant facteur d’attraction, la proximité avec les musiciens exerçant une véritable fascination. »

Né de réflexions, lors de la pandémie de Covid, sur le métier de musicien et son rôle dans la société, ce dispositif incarne le « mantra » d’Olivier Fortin : « Ne pas avoir peur d’aller près des gens. Si nous ne prenons pas d’initiatives, le monde changera sans nous. Dans un environnement dominé par les écrans et le virtuel, la musique vivante a une carte à jouer, dans les écoles comme dans les maisons de retraite ou, tout simplement, sur la place du village !»

… ou une tournée à vélo

Point de camion mais des vélos pour les membres de l’ensemble Correspondances. Chaque été depuis quatre ans, Sébastien Daucé entraîne chanteurs et musiciens de halte en halte au cœur de la Normandie. « Cette année, j’ai visité 33 lieux pour choisir ceux qui permettent au public de vivre une belle expérience. Il est essentiel de soigner le moment du concert, l’avant et l’après, surtout quand les auditeurs sont “novices” et que le répertoire que nous interprétons leur est inconnu. C’est un plaisir aussi pour nous, pas du tout une contrainte ! » Et d’évoquer une étape à La Goulafrière, dans l’Eure, où l’exécution d’une pièce sacrée de Clérambault prit tout son sens après une introduction sur la vie monacale aux XVIIe et XVIIIe siècles…

Si l’on rappelle que les Parisiens sont 21 % à assister au moins une fois par an à un concert classique, alors que les habitants des communes de moins de 20 000 habitants ne sont que 4 %, on mesure l’importance de l’engagement de tous ces pèlerins de la musique. Ils contribuent à défendre le droit à la culture, idéal qui impose de ne jamais relâcher l’effort. Ni de brider l’imagination.

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En pratique

6e édition du Just Classik Festival à Troyes et dans le département de l’Aube jusqu’au 1er octobre. Au programme, concerts de musique de chambre, master class, répétitions publiques, ateliers pédagogiques…
Rens. :justclassikfestival.fr

L’Échappée, le camion-concert de l’ensemble Masques, à retrouver les 30 septembre et 1er octobre à Cluny, puis en novembre pour des représentations destinées aux scolaires.
Rens. :ensemblemasques.org

Les Concerts de poche proposent leur très riche saison automne-hiver, avec 62 concerts tous accompagnés d’ateliers. Huit régions et 24 départements sont désormais concernés par le dispositif.
Rens. :concertsdepoche.com