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NBA : « Une capacité de détachement énorme », Victor Wembanyama peut-il gérer les attentes qu’il y a autour de lui ?

Il faudra jeter un œil aux registres d’état civil, mais on ne serait pas surpris que le prénom « Victor » soit l’un des plus donnés à San Antonio dans les prochains mois. Quelques semaines après son atterrissage au Texas, et avant son premier match de NBA dans la nuit de mercredi à jeudi contre Dallas, toute une ville a vécu l’arrivée de Victor Wembanyama comme celle du sauveur ultime. Fresques murales, bougies de prières à l’effigie du frenchie, coupes de cheveux avec le visage de Wemby… N’en jetez plus, donnez lui les clés de la ville.

L’attente autour du dernier numéro un de la Draft était déjà folle en France, lorsqu’il évoluait à Boulogne-Levallois, elle est démesurée de l’autre côté de l’Atlantique, comme nous l’indique Mark Burnett, supporteur des Spurs à la coupe de cheveux très spéciale (voir la photo un peu plus bas), capable d’aller à Oklahoma City juste pour être derrière le banc de San Antonio et voir le Français en présaison : « Avoir récupéré Victor à la Draft, ça a été une meilleure sensation que de gagner un championnat. Victor va changer la NBA et la façon dont on joue au basket dans la Ligue. » Laissez-nous, un peu (un tout petit peu), en douter.

> Oui, mais il va avoir beaucoup de pression pour une première saison NBA !

Passer de la salle Marcel-Cerdan de Levallois et ses 4.000 places au Frost Bank Center de San Antonio et ses 18.500 places peut vous changer un homme. Avoir les caméras américaines braquées sur vous non-stop, aussi. « C’est un garçon super bien entouré, qui a la tête sur les épaules, et dont l’entourage va gérer toutes les sollicitations, estime Chris Singleton, consultant beIN Sports. C’est beaucoup d’attente, mais heureusement qu’il est dans la bonne franchise, parce que s’il se retrouve à Los Angeles ou à New York, avec la pression médiatique, des people… Là, on va lui laisser du temps pour grandir, se développer dans ce milieu. »

Les premières semaines passées à San Antonio montrent que le gamin s’est déjà fait une place de choix dans ce nouveau monde, au point de détrôner des légendes du club. « Les fans ont tout de suite adoré David Robinson et Tim Duncan [aussi #1 à la Draft], mais leur attachement pour Victor est encore plus grand après qu’il eut fait plusieurs arrêts dans la ville au cours de l’été, nous raconte Tom Orsborn, journaliste au San Antonio Express News. Il est également beaucoup plus media friendly et plus proche des fans que Robinson et Duncan. »

Un procès contre le coiffeur, s'il vous plaît !
Un procès contre le coiffeur, s'il vous plaît ! - Eric Gay/AP/SIPA

Avec Wembanyama, San Antonio, qui n’a pas de club en NFL, NHL, MLS ou MLB, espère agrandir son marché, après des années de galère sans tête d’affiche et sans résultat. Pour le moment, le contrat est respecté, ses maillots (l’authentique vendu à 270 $) s’arrachent, selon Mark Burnett, les abonnements aussi (les Spurs ont juste gardé 5.000 places en vente libre pour chaque match, rapporte Le Parisien) et tous les regards sont dirigés vers la ville texane, qui a accueilli de nombreux journalistes français, venus couvrir la saison de leur compatriote. « All eyes on me », comme le disait ce bon vieux Tupac.

> Oui, mais physiquement, il va vivre un enfer avec une saison à 82 matchs !

C’est peut-être la plus grosse interrogation qui entoure cette première saison de Victor Wembanyama en NBA. Avec sa carcasse longiligne (2,24 m pour 95 kg), l’ancien joueur de l’Asvel va se frotter à des golgoths assoiffés de sang, avec la volonté de se faire le jeune Français dont tout le monde parle. D’après L’Equipe, les Spurs ont la volonté de faire reposer leur « alien », comme le qualifiait LeBron James, tous les six, sept matchs. « Les Américains sont conscients qu’il est fragile physiquement, avec des mecs qui vont venir lui taper dedans, détaille Chris Singleton. Il n’a jamais connu ça, mais l’avantage qu’il a, c’est qu’il ne va pas jouer près du cercle. Physiquement, ça va être moins dur. »

Une théorie validée par Francisco Elson, champion NBA avec les Spurs en 2007 : « Le jeu n’est plus aussi physique qu’avant, ce qui va l’aider. A mon époque, on jouait beaucoup près du panier, maintenant, ça n’existe plus, tous les joueurs sont des shooteurs à trois points, tout le monde dribble. A mon époque, les big men ne dribblaient jamais, hormis un peu Duncan ou Nowitzki. Avant, t’avais un O’Neal qui t’écrasait. Embiid, voire Jokic, sont quasiment les seuls, et encore, à jouer physique près du cercle. »

Wemby did all this in 90 seconds 👽 pic.twitter.com/LwKec8Nc4j

— Brett Usher (@UsherNBA) October 21, 2023

Pour le Néerlandais, qui a aussi joué du côté des Nuggets et des Bucks, l’enjeu, pour Victor Wembanyama, va être de bien se gérer : « Je pense que tout se passera dans sa tête. Je n’ai pas son physique, évidemment, mais j’étais aussi pas très épais et j’ai réussi. Alors, lui, qui est #1 de la Draft… Oui, il aura une grosse pression, mais il a le meilleur coach possible, Gregg Popovich, pour l’aider dans cette situation, l’aider à progresser. C’est un garçon intelligent, qui sait ce qu’il doit faire ou non. Jouer tous les deux jours, les vols à travers le pays, ça sera dur. Mais ça sera à lui d’être prêt. »

Prêt, aussi, à affronter des équipes qui ont déjà mis des plans anti-Wembanyama en place. Ainsi, Dallas va se présenter à la Frost Bank Center avec une stratégie déjà préparée à l'entraînement. On a pu voir God Shammgod défendre avec des bras artificiels pour élargir son amplitude, afin que les offensifs des Mavs soient prêts à éviter les contres du tentaculaire Français.

> Oui, mais jouer dans une équipe qui ne gagne pas, ça va le saouler !

La folle densité de la conférence Ouest ne devrait pas réserver de surprises. A moins d’un miracle, les Spurs ne devraient pas disputer les play-offs à la fin de la saison. Equipe très jeune (Keldon Johnson, Devin Vassell, Jeremy Sochan…), pas assez de joueurs expérimentés pour pouvoir porter l’équipe. Alors, comment Wemby, qui luttait pour le titre de champion de France avec les Mets 92, et qui a souvent été dominant, va-t-il vivre de ne pas jouer pour gagner ?

« C’est vrai qu’il a été majoritairement dans des équipes qui gagnent, explique Frédéric Donnadieu, président de Nanterre 92, qui a accompagné Wemby de ses 10 à ses 18 ans et était avec lui à la Draft. Mais, avant qu’il parte à l’Asvel, on n’était pas en très bonne posture, on a gagné énormément de matchs parce qu’il avait envie d’amener cette énergie. Il a une capacité de détachement énorme. Et puis, il ne réfléchit pas du tout comme ça. Dans sa manière de voir la performance sportive, il est sûr de lui, il est persuadé qu’ils vont gagner beaucoup de matchs. C’est aussi une de ses forces, ne jamais avoir un regard négatif. »

Comme aiment le dire les Américains, il y a surtout tout un process autour de Wembanyama, qui grandira autant qu’il fera grandir les Spurs. « Même si ça prend du temps, les Spurs peuvent attendre, parce que c’est sûr que ça arrivera, il y aura un titre avec Wembanyama, assure Mark Burnett. On ne va pas demander à Victor de nous gagner un championnat les deux premières années, on le sait que c’est impossible. Mais d’ici trois à cinq ans, il faudra compter sur nous. » Enfin surtout sur Victor Wembanyama.