France
This article was added by the user . TheWorldNews is not responsible for the content of the platform.

Nucléaire  : la ville de Chinon veut des EPR

Sous une épaisse brume matinale, un petit groupe d’opposants au nucléaire emmené par Philippe Gardelle, figure locale du réseau Sortir du nucléaire, attend devant le hall d’entrée de l’Espace François-Rabelais de Chinon (Indre-et-Loire) pour distribuer des tracts. Aucun n’a voulu prendre part aux tables rondes du premier forum, grand public, organisé par les collectivités locales sur « la place du nucléaire dans la transition énergétique ». Samedi 3 décembre, en clôture de trois jours de débats, l’épineuse question du traitement des déchets, de la sûreté des centrales et de l’impact économique et social d’un tel équipement étaient au programme de ces tables rondes, animées par Éric Maucort, ancien directeur de la centrale de Chinon, aujourd’hui président de l’association « Sauvons le climat ».

« La volonté unanime de 19 communes »

Devant un public clairsemé, le forum a surtout offert une tribune aux élus pour réaffirmer leur volonté de lier le destin de leur territoire à l’activité de cette centrale, située dans la commune d’Avoine. D’après Éric Maucort, « une part de la place prise par le nucléaire dans la transition énergétique doit se jouer à Chinon, qui a produit le premier kilowattheure électrique d’origine nucléaire le 22 août 1963 ».

Aspirant à accueillir un des EPR de nouvelle génération qu’Emmanuel Macron s’est engagé, en avril dernier, à construire à l’horizon 2050, les responsables du site et les élus locaux ne veulent pas manquer ce nouveau virage. Pour Jean-Luc Dupont, maire de Chinon et président de la communauté de communes de Chinon-Vienne-Loire, cette candidature marque « la volonté unanime de nos 19 communes, exprimée – en 2020 – dans notre projet de territoire ».

Ce consensus politique ne s’est pas construit fortuitement. « Chez nous, il n’y a pas une famille qui n’ait pas vécu directement ou indirectement grâce à la centrale ou à ses prestataires. Chacun comprend que, sans elle, il n’y a plus de médiathèque, d’équipements aquatiques, de salles de sport ou de programmations culturelles », relève Jean-Luc Dupont.

La centrale de Chinon alimente 6 % des foyers français

Soutenu par le département et la région, l’élu a plaidé la cause de la centrale lors du 104e congrès des maires de France, en novembre dernier, rencontrant tous les responsables du programme nucléaire tricolore. « Nous ne sommes pas dans le casting des six premiers EPR, mais ce n’était pas notre ambition », poursuit-il. Les réacteurs actuels doivent progressivement cesser leur production entre 2043 et 2049.

« Notre idée est de commencer la construction des nouvelles unités à partir de 2035 pour suppléer, sans rupture de production, nos quatre réacteurs actuels », poursuit l’élu. La centrale de Chinon produit 22,2 TWh par an – soit l’équivalent de 6 % de la consommation électrique de l’Hexagone – et alimente des régions voisines dépourvues de toute installation nucléaire comme la Bretagne.

Le soutien du maire de Fessenheim

Pour convaincre les indécis et les réfractaires, les organisateurs du forum ont convié Claude Brender, le maire de Fessenheim (Haut-Rhin) pour témoigner des conséquences de la fermeture de la centrale pour son territoire. « Nous étions en situation de mono-industrie, avec une centrale au milieu des champs, expose-t-il. On aura du mal à compenser ce qu’on vient de perdre. C’était un établissement hors norme, qui générait plus de 6 millions d’euros par an de fiscalité, de l’emploi et du développement. »

L’élu alsacien milite pour que son expérience ne se reproduise nulle part ailleurs. « Chaque site historique doit avoir un avenir. Chacune de ces centrales a fait preuve de son utilité. On oublie trop souvent que ce qu’on importe aujourd’hui représente l’équivalent de ce que Fessenheim produisait jusqu’à l’interruption de ses réacteurs », assure-t-il. Ne voulant pas rompre avec cet héritage, Fessenheim postule, de son côté, à l’accueil du site démonstrateur de petits réacteurs modulaires (SMR), que la France cherche à développer à l’export pour contribuer à la sortie définitive de la dépendance aux énergies fossiles.