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"On veut démarrer la vaccination HPV en septembre", annonce Philippe Besset, président national des pharmaciens

Les pharmaciens tiennent leur congrès national à Montpellier, samedi 10 et dimanche 11 juin. Tensions sur les médicaments, nouvelles missions, vaccination, crise des vocations... leur président national, l'Audois Philippe Besset, veut régler les problèmes "sans conflit". 

Le congrès ouvre par une journée de formation ce vendredi, avant que les débats ne s'ouvrent à l'Arena de Montpellier, samedi, avec le ministre de la Santé François Braun.

Dans un monde de la santé en ébullition, les médecins généralistes en grève aujourd'hui, l'hôpital sous tension, la crise des vocations... comment vont les pharmaciens ?

On a pris le parti, depuis des années, d'apporter notre pierre au système de santé et de faire en sorte de présenter nos revendications dans une démarche résolument positive. C'est une technique syndicale.

Il n'y a pas de malaise dans la profession ?

Il y a une fatigue "post Covid" qui s'est ressentie pendant une année, on a des problématiques de burn-out, de sécurité, des problématiques économiques qui réapparaissent avec la disparition de l'activité Covid... 

Mais j'estime qu'il y a un ras-le-bol du mouvement revendicatif. Trop de grève tue la grève.

Je pense qu'on a oublié la force de la parole et de l'argument. Je vous donne un exemple : les sénateurs avaient l'idée d'intégrer l'empreinte du titulaire à la carte vitale pour éviter la fraude. Cela nous a paru idiot. Les rapports d'experts nous ont donné raison. Nos arguments ont été entendus.

"En janvier, les pharmaciens pourront prescrire un sevrage tabagique"

Cela veut dire qu'en face, on est à l'écoute...

On a tissé de nombreux liens pendant le Covid. Quand il s’est agi de vacciner dans les Ehpad, en décembre 2020, il était prévu de mettre en place un circuit direct de Pfizer aux Ehpad. J'ai expliqué que ce n'était pas possible, qu'il fallait passer par les pharmacies.

Les administratifs ne sont pas de mauvaise volonté, et ils sont très compétents, mais ils n'ont pas la connaissance fine de ce qui se passe sur le terrain. 

Un autre exemple sur le sevrage tabagique : j'ai expliqué à François Braun qu'on avait les outils d'aide au sevrage, et les médicaments. Évidemment, les médecins sont les premiers prescripteurs d'aide au sevrage tabagique. J'ai trouvé que c'était une excellente idée de l'ouvrir aux dentistes et aux kinésithérapeutes, mais pourquoi pas aux pharmaciens ? Il en a convenu. Il y a dix jours, il a annoncé, à l'occasion du plan tabac, la volonté d'ouvrir la prescription des produits de sevrage aux pharmaciens. Après, il faut modifier les textes législatifs. Mais on a la chance d'avoir un projet de loi de finances sociales chaque année. 

Ce sera inscrit dans le PLFSS de l'automne, et applicable au 1er janvier 2024. En revanche, c'est parfois plus long, comme la vaccination par les pharmaciens.

Où en est-on ?

La loi est passée en août 2019, on est en juin 2023. On n'a toujours pas les décrets. Mais pour la vaccination HPV (NDLR : infections à papillomavirus humain, avec une vaccination recommandée pour les filles et les garçons de 11 à 14 ans) on attend l'annonce du ministre de la santé à l'ouverture du congrès, ce samedi, pour un démarrage en septembre.

Les pharmaciens pourront faire tous les vaccins ?

Tous les vaccins du calendrier vaccinal, avec l'idée, grâce à nos outils informatiques, qu'il y ait enfin un calendrier vaccinal. Il y a un trou noir, dans la vaccination, à partir de l'âge de 16 ans.

Mais la vaccination du jeune enfant est très bien faite : on commencera à vacciner à partir de l'âge de 11 ans. On fera les rappels, la primo vaccination HPV, et on reprendra les "ratés", l'absence de vaccination ROR par exemple.

"On fait toujours face à des pénuries de médicaments"

Vos missions ne cessent de s'élargir...

Oui, mais sur des champs très simples : la délivrance de médicaments, et la prévention qui n'était prise par personne jusqu'au Covid. Là-dedans, il y a le dépistage, et pour l'instant on ne fait que l'infectiologie, les angines et le Covid, mais on peut aussi faire le VIH, le diabète... Il y a aussi les entretiens, on le fait avec les femmes enceintes. Et enfin, la distribution de matériel de prévention. Par exemple les masques. Il faut qu'on arrive à convaincre que dans un lieu clos, quand on est malade, on met un masque.

Avez-vous obtenu le financement de ces nouvelles missions ?

Non, et c'est bien là le problème. Mais c'était le cas pendant la crise du Covid. Force est de constater que pour faire un dépistage de l'angine on a 6 euros. Et au début, pour le Covid, c'était 35 euros, 16,50 euros aujourd'hui. J'avais demandé 20 euros... C'est incompréhensible. Mais pendant deux ans, les tests Covid ont masqué la problématique économique sous-jacente que nous avions sur pas mal d'actes. Maintenant, elle réapparaît. On a une négociation avec l'Assurance maladie.

Et sur votre première mission, la délivrance de médicaments ? On sort d'un hiver difficile, avec des ruptures de stock inédites, c'est derrière nous ?

On fait aujourd'hui face à deux pénuries : une pénurie sur de nombreux médicaments, qui perdure, au niveau de cet hiver. Avoir de l'amoxicilline reste compliqué. Et on fait aussi face à une pénurie de médecins, qui est aussi grave. On a obtenu la possibilité de renouveler les traitements de patients qui souffrent d'une maladie chronique. Mais pour les patients avec une pathologie infectieuse aiguë, qui ont une angine, une cystite, et qui ne peuvent pas voir de médecin, on ne peut rien faire. On demande à pouvoir faire de la délivrance protocolisée d'antibiotiques en cas d'infection bactérienne, dans des situations où il n'y a pas besoin d'examen clinique. Sans prendre le rôle du médecin. 

Le plus compliqué, c'est d'avoir des moyens pour faire tout ça. On a une négociation à l'automne, c'est de Montpellier que ça part.

"Sur les gardes, on demande de la régulation, on n'est pas "open bar"

Le chiffre d'un pharmacien agressé tous les jours, communiqué la semaine dernière par l'Ordre des pharmaciens, vous inquiète ?

On a plusieurs problématiques sur la sécurité : en ville, il y a des vols et du vandalisme. Et il y a la question des gardes : on demande une régulation, que le commissariat, la gendarmerie, l'hôpital nous mandate et que ce ne soit pas "open bar". 

La majorité des agressions sont verbales et sont majoritairement liées au ressenti de mauvaise prise en charge. Et elles viennent de la pénurie de médicaments, et du manque de médecin.

Les pharmaciens sont touchés par la désaffection qui affecte certains professionnels de santé ?

Il y a un réel problème de désaffection du métier, que j'explique par un manque de visibilité sur Parcoursup.

L'an dernier, il y avait 3500 places ouvertes au numérus apertus en pharmacie, 1000 places n'ont pas été prises. Sachant qu'on a besoin de professionnels. Et des pharmacies rurales ferment faute de repreneur, pour des raisons économiques, même si on n'a pas de "désert" des pharmacies.

François Braun est attendu en ouverture du congrès...

On n'a pas vu de ministre depuis 11 ans à notre congrès national, il m'avait promis qu'il viendrait, sauf s'il était viré.