France

Oxfam : Mélenchon dénonce les 1 % les plus riches… mais il en fait partie

C'est devenu un rituel : chaque année, avant le forum économique de Davos, l'ONG Oxfam publie, à grand renfort de communication, un rapport décapant calibré pour faire les gros titres de la presse et susciter des torrents d'indignation. 2016 : « La fortune des 1 % les plus riches dépasse celle des 99 % restants. » 2017 : « 8 milliardaires possèdent autant que la moitié de la planète ». 2018 : « Les plus riches se sont adjugé 82 % de la richesse mondiale ». 2019 : « Les 26 plus riches détiennent autant que la moitié de l'humanité. » 2020 : « 2 153 personnes possèdent plus de richesses que 60 % de la population mondiale. » Qu'importe si, d'une année sur l'autre, les données ne se recoupent pas toujours. L'important est de choquer pour mieux faire passer le message de l'organisation, selon laquelle les services publics pourraient être financés si on taxait davantage les ultra-riches.

Mais qui et combien sont-ils, ces ultra-riches ? C'est là qu'une plongée dans la tambouille statistique concoctée par l'ONG vaut le détour. Jean-Luc Mélenchon, par exemple, l'un des premiers à s'indigner après la publication du rapport, figure lui-même tout au sommet de la pyramide : il fait partie des 1 % d'êtres humains les plus riches de la planète.

En effet, Oxfam tire ses données du Global Wealth Databook de la banque Credit Suisse, qui calcule annuellement la richesse des individus à partir de leurs actifs nets (soit le total de leurs biens immobiliers ou financiers, tels qu'ils sont connus ou déclarés), moins leurs dettes. C'est évidemment un premier problème : outre que les données manquent pour de nombreux pays, les étudiants d'Europe et d'Amérique du Nord qui ont souscrit un emprunt pour payer leur grande école ou les entrepreneurs qui s'endettent pour lancer leur business affichent un revenu… négatif ! C'est pourquoi 30 % des adultes les plus pauvres de la planète, selon le Credit Suisse, seraient européens ou américains, quand on n'en compte quasiment aucun en Chine. Même les plus confiants dans la fiabilité des chiffres fournis par le Parti communiste chinois pourraient nourrir quelques doutes…

Mélenchon parmi les 1 % les plus riches selon Oxfam !

Ensuite, il est intéressant de voir où Jean-Luc Mélenchon se situe dans la pyramide des richesses relayée par Oxfam. Au sommet ! Car, selon la méthodologie retenue par l'ONG et le Credit Suisse, on entre dans le club très fermé des 1 % les plus riches à partir de 1 million de dollars de patrimoine… Ce qui équivaut au patrimoine déclaré par le leader de La France insoumise dans sa déclaration de ressources transmise à la HATVP en 2017.

Quelques éléments du rapport de Credit Suisse, qu'Oxfam a choisi de ne pas mettre en avant, sont pourtant intéressants. Aujourd'hui, 57 % des adultes dans le monde, soit 2,8 milliards de personnes, ont une richesse inférieure à 10 000 dollars. Le segment suivant (une fortune de 10 000 à 100 000 dollars), a triplé de taille en 19 ans, passant de 514 millions de personnes en 2000 à 1,7 milliard en 2019. La fortune moyenne de ce groupe, porté par la prospérité croissante des économies émergentes, est de 33 530 dollars.

L'échelon supérieur (une fortune de 100 000 à 1 million de dollars) a aussi gonflé, et concerne aujourd'hui 499 millions de personnes dans le monde, contre 212 millions en 2000. La richesse ayant « ruisselé » sur M. Mélenchon lui a permis d'atteindre la strate supérieure, le fameux 1 %, au sein de laquelle les inégalités explosent aussi : pour être honnête, il faut souligner qu'il n'y a rien de commun entre l'humble masse des 41 millions de millionnaires à laquelle appartient Jean-Luc Mélenchon, qui possèdent à eux seuls 45 % de la richesse mondiale, et le top 0,1 %, ces 168 000 super-riches qui s'arrogent la part du lion.

La moitié des adultes se partagent 1 % de la richesse mondiale

Reste une réalité choquante, déconcertante, et pour tout dire insupportable : la moitié des adultes dans le monde se partagent un ridicule pour cent de la richesse mondiale. Même avec des critères bancals, cette disparité de chances et de destins indigne à raison.

Comment se situe la France, pays au monde où les richesses sont le mieux redistribuées, dans ce tableau global ? La richesse moyenne y atteint 102 000 dollars, le top 1 % détenant 22 % de la richesse totale (contre 58 % en Russie, maître étalon de l'oligarchie, à titre de comparaison). Une part de la fortune des super-riches, en actions, fluctue au gré des cours de la Bourse, qui se sont envolés. Et en France plus qu'ailleurs, ce ne sont pas les revenus (dont on peut espérer qu'ils se gagnent au mérite), mais l'héritage qui creuse la différence… quand les salaires de la classe moyenne ont stagné.