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Patrick Drahi, le magnat des télécoms et son empire pris au piège du surendettement

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Bâti il y a une dizaine d’années, l’empire Altice de Patrick Drahi vacille : aux craintes quant à son endettement s’est ajoutée l’arrestation de son bras droit Armando Pereira, cet été.

Citoyen franco-israélien, né à Casablanca (Maroc), Patrick Drahi est le cofondateur du groupe Altice, créé en 2001.
Citoyen franco-israélien, né à Casablanca (Maroc), Patrick Drahi est le cofondateur du groupe Altice, créé en 2001. (Photo archives Jérémy Lempin/EPA)

L’édifice de l’empire Altice de Patrick Drahi a commencé à fortement trembler après l’arrestation au Portugal, mi-juillet, de son bras droit Armando Pereira, que la justice soupçonne de corruption. Pereira n’est pas qu’un proche collaborateur. Il est, avec Drahi, le cofondateur du groupe. Et si cette affaire a fait grand bruit, c’est qu’elle s’est doublée d’une crise de confiance dans la capacité du magnat des télécoms à faire face à ses échéances. Son endettement approche une petite soixantaine de milliards d’euros.

Alors que le coût du crédit s’est envolé avec la hausse des taux, que la croissance patine, que le climat des affaires est sombre, tout n’est pas noir des deux côtés de l’Atlantique dans la galaxie Altice mais, si l’inquiétude est si palpable, c’est que la dette est classée « hautement spéculative » par les agences de notation. Cela sous-entend que Patrick Drahi peut faire défaut. La dette et la confiance étaient le carburant primaire de la saga Altice. « La fête a tourné court », commente un grand banquier parisien.

Patrick Drahi, ici à Paris, en octobre 2019.
Patrick Drahi, ici à Paris, en octobre 2019. (Photo archives Ian Langsdon/EPA)

Culot et goût du risque

Polytechnicien né à Casablanca (Maroc), réputé pour sa maîtrise des rouages financiers, son culot, son goût du risque, Patrick Drahi a fait ses classes - et ses preuves - chez Philips et chez Liberty Global, le groupe de John Malone, empereur du réseau câblé aux États-Unis. Il fut, dans la décennie 1990, de l’équipe qui a jeté la première pierre du fournisseur d’accès Noos, devenu Numericable.

Début 2014, au temps béni de l’argent bon marché, SFR est mis en vente. Les amateurs s’activent. Bouygues est le grand favori pour la reprise. Drahi s’invite dans la bataille et, surprise, rafle l’opérateur tricolore à la barbe de Martin Bouygues après une âpre passe d’armes. Spectaculaire, sa victoire propulse l’entrepreneur franco-israélien sur le devant de la scène. Il va pouvoir prospérer dans le gotha des affaires en jouant d’une martingale qui n’a rien de mystérieuse : Drahi, tirant profit de la faiblesse des taux, s’endette pour racheter des entreprises à la peine et s’engage à rembourser ses créanciers grâce au cash-flow (flux de trésorerie) tiré du redressement des entreprises en question.

La fusée Drahi décolle

À Paris, le microcosme est tout de même médusé. Les syndicats dénoncent les coupes budgétaires, suppressions d’emplois et autres méthodes de gestion brutales. Et quelques actionnaires, eux, s’inquiètent des risques de marché. Qu’à cela ne tienne, la fusée Drahi a décollé.

Après SFR, Portugal Telecom est à son tour absorbé. Aux États-Unis, les câblo-opérateurs Suddenlink et Cablevision rejoignent un univers élargi dans lequel figurent aussi XP Fibre et Teads. Résident fiscal en Suisse, où il habite en famille, Patrick Drahi s’incruste dans le paysage médiatique hexagonal où, en acquérant RMC et BFMTV, il rejoint le club des milliardaires regroupant les Arnault, Bolloré, Pinault, Niel, et aujourd’hui Kretinsky.

Treizième fortune de France

Crise, taux, inflation, guerre : l’ancien monde a vécu. En 2019, le big boss d’Altice s’offre la prestigieuse maison de ventes aux enchères Sotheby’s. Mais, aujourd’hui, on le presse de passer à l’acte, de donner des gages aux marchés qui ont cru en lui. La cession partielle des pylônes de ses réseaux mobiles en France et au Portugal n’est pas à la mesure du sujet. Une possible vente de RMC et BFMTV, par ailleurs démentie par le groupe, non plus.

Mais, signe des temps, Patrick Drahi, treizième fortune de France au classement Challenges 2023, cesse désormais de faire le distinguo entre ses actifs stratégiques et les autres. Son patrimoine d’actifs est maintenant pesé au trébuchet de la crise de la dette. Aux États-Unis, la pression reste forte sur Altice US et Altice International, qui cumulent 32 milliards de dollars de dettes. En France, celle de SFR - un actif solide - n’est guère moindre : 24 milliards d’euros. Actionnaires, créanciers, management : dans l’absolu, personne n’a intérêt à un démembrement, voire un krach, d’Altice. Mais par les temps qui courent…