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Pologne : malgré les aides, la natalité poursuit sa baisse

Le taux de fécondité est tombé en Pologne à 1,26 enfant par femme, selon les chiffres publiés en mai 2023 par l’Office central des statistiques, ce qui fait de ce pays une des lanternes rouges de l’UE en termes de démographie.

50 milliards

La situation de la natalité en Pologne est « médiocre », confirme la démographe Iga Magda, professeure à l’École supérieure de commerce SGH, l’une des principales universités économiques du pays, et chercheuse à l’Institut des recherches structurelles IBS. «Plusieurs facteurs y concourent, dont la pandémie du Covid et le sentiment d’insécurité dans notre société. Les moyens dévolus au financement de la politique familiale ne sont pas en cause. Aujourd’hui nous sommes parmi les pays qui dépensent le plus en la matière, juste derrière la France et les pays scandinaves», poursuit-elle.

Le gouvernement du parti nationaliste populiste Droit et Justice (PiS), au pouvoir depuis huit ans, a fait de la natalité son cheval de bataille et y a consacré depuis 2016 l’équivalent de plus de 50 milliards d’euros.

« Sauf que débourser des milliards ne s’est pas du tout traduit par une hausse de natalité, à l’exception de l’année 2017après l’introduction de l’allocation 500+ ; et ce n’était qu’une accélération momentanée. » Lancé en 2016, le projet 500 + consiste à verser une allocation mensuelle de 500 zlotys (115 €) pour chaque enfant mineur.

Le rôle de l’homme dans la famille

Slawomir Bartnicki, sociologue à l’Université de Bialystok et coauteur d’une étude sur l’allocation 500 +, estime lui aussi qu’elle « n’a rien changé pour la natalité », contrairement à ce qu’affirme le gouvernement. « C’est un sparadrap collé sur un mal lié aux changements culturels, la montée de l’individualisme et la sécularisation », estime-t-il. Iga Magda ajoute l’instabilité du marché du travail, où beaucoup de jeunes travaillent en CDD ; le coût élevé des logements et le manque de souplesse des horaires.

Un autre facteur, d’ordre culturel, est le rôle traditionnel de l’homme dans la famille. Malgré l’application (tardive) de la directive européenne qui se traduit par neuf semaines de congé parental réservé aux hommes, seuls 2 % à 3 % des pères en profitent.

Le gouvernement a ajouté d’autres mesures, dont une allocation supplémentaire de 500 zlotys dite « Maluch » (Bambin) pour les enfants âgés de 12 à 35 mois, une autre pour alléger les frais de l’école maternelle et a promis d’augmenter le nombre de maternelles dans les petites communes. Il a également modifié le code du travail pour mieux concilier emploi et obligations familiales. Les effets de ces initiatives n’ont pas encore été mesurés.

Pas de fécondation in vitro

Le chef de Droit et Justice, Jaroslaw Kaczynski, a lui-même reconnu indirectement la persistance du problème démographique et manifesté sa frustration. Évoquant le faible taux de fécondité en novembre 2022, il l’a attribué à une consommation excessive d’alcool des jeunes Polonaises.

Le refus du gouvernement de financer la fécondation in vitro joue lui aussi un rôle de frein, même si certaines villes tenues par l’opposition le font à sa place. Selon les experts, une récente décision du Tribunal constitutionnel, interdisant pratiquement l’avortement en cas de malformation non létale de l’embryon pourrait aussi faire hésiter les femmes à commencer une grossesse.