France

Qu’est-ce que le «halo du chômage», qui a encore augmenté en 2019?

C’est une notion floue, et pourtant essentielle. Dans ses dernières estimations sur le taux de chômage, l’Insee rapporte que le «halo» autour du chômage a augmenté de 59.000 personnes en trois mois, regroupant, au total, 1,7 million d’individus. En forte hausse en 2019 (91.000 personnes de plus en un an), son taux atteint désormais 4% de la population des 15-64 ans, «son plus haut niveau depuis 2003». Mais que représente précisément ce«halo»?

Les statisticiens de l’Insee le séparent des autres notions, comme le sous-emploi par exemple. Ils le définissent comme le nombre «d’inactifs n’étant pas au chômage au sens du Bureau international du travail (BIT), mais étant dans une situation qui s’en rapproche». Cette notion relativement floue permet de pallier les faiblesses du taux général calculé sur la base de la définition du chômage selon le BIT, jugée trop stricte par l’Insee, dans la mesure où «certaines interactions qu’il peut y avoir avec l’emploi» ne sont pas prises en compte par cet indicateur. «Les frontières entre emploi, chômage et inactivité ne sont pas toujours faciles à établir», rappelle l’institution: par exemple, un étudiant travaillant quelques heures par semaine n’est pas au chômage, stricto sensu, mais s’en rapproche.

L’Insee divise le halo en trois composantes: les personnes inactives recherchant un emploi mais n’étant pas disponibles dans les deux semaines, celles souhaitant un emploi, disponibles pour en prendre un dans les deux semaines mais n’étant pas en recherche active, et celles déclarant souhaiter travailler, mais ne recherchant pas activement un emploi et n’étant pas disponibles pour en prendre un. L’ensemble de ces cas à la frontière du chômage à proprement parler forme le «halo autour du chômage».

Concrètement, en 2015, par exemple, sur les 51,1 millions de personnes âgées de 15 ans ou plus, 25,8 millions étaient en emploi contre 25,3 millions sans emploi. Dans ce dernier groupe, 3,2 millions de personnes cherchaient un emploi et 22,1 millions n’en cherchaient pas. Le halo représentait 1,4 million d’individus: 300.000 personnes recherchaient un emploi mais n’étaient pas disponibles, 700.000 n’en cherchaient pas mais étaient disponibles et 400.000 n’en cherchaient pas et n’étaient pas disponibles.

Le halo a connu une forte hausse, ces dernières années, passant de 1,27 million d’individus début 2003 au 1,7 million actuels, soit 430.000 personnes de plus. Après une stagnation entre 2003 et fin 2010 autour de 1,3 million, ce nombre a augmenté autour de 1,4 million entre 2011 et 2014 et progresse depuis la crise. Sa croissance a été particulièrement forte depuis 2014, avec 170.000 personnes de plus entre fin 2014 et fin 2019. Une grande partie de la hausse vient de la croissance du nombre de personnes recherchant un emploi mais n’étant pas disponibles.

À noter cependant, en 2014, le taux français de personnes dans le halo du chômage (alors autour de 2%) figurait parmi les plus bas de l’Union européenne: la moyenne des 28 s’établissait à 3,1%. Le Royaume-Uni, la Pologne, l’Espagne, le Portugal, le Luxembourg et l’Italie, par exemple, présentaient des taux plus élevés.

De plus, la structure française du halo est relativement bien connue. En 2016, dans le dernier rapport portant sur le sujet, l’Insee le définissait comme un groupe sociodémographique «proche du chômage, avec une différence: il est plus féminin». En 2015, les femmes étaient surreprésentées dans le halo, représentant 56% du total des individus concernés. De même, sa population était jeune, entre 20 et 24 ans (14%) ou 25 et 49 ans (56%). La majeure partie des personnes concernées par le halo n’avaient pas (24%) ou peu (56%) de diplômes, jusqu’au baccalauréat tout au plus.

Trois grands groupes sociodémographiques sont définis par l’Insee: les personnes «relativement diplômées», temporairement dans le halo, avant de basculer soit au chômage, soit en emploi ; celles, moins diplômées, «plus souvent découragées dans leur recherche d’emploi» ; et celles «éloignées du marché du travail pour des raisons durables ou liées à des difficultés de conciliation avec un emploi». Souvent mis de côté, le halo autour du chômage représente pourtant, pour l’Observatoire des inégalités, l’une «des composantes du mal-emploi, avec le travail précaire et le chômage».