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Régénération de la forêt, le fabuleux cas australien

« Les forêts diversifiées plus résilientes aux catastrophes »

ENTRETIEN Jean-Pierre Wigneron, chercheur à l’Inrae

La forêt des Landes qui 
a brûlé cet été connaîtra-t-elle la même trajectoire que la forêt australienne ? 
Malheureusement, non. 
Les pins maritimes, espèce prédominante dans la pinède landaise, disparaissent totalement quand il y 
a un incendie. Pour arriver 
à un bilan carbone nul, il faudra attendre de très nombreuses années, que la forêt soit reconstituée par replantation ou par sa régénérescence naturelle. À la différence 
des eucalyptus australiens, 
les pins maritimes ne sont 
pas accoutumés au feu et ne sont pas capables de se régénérer. Les eucalyptus, eux, poussent non seulement rapidement, mais peuvent aussi faire des rejets par la souche ou le tronc s’ils ne brûlent pas complètement. Cela dit, il existe quelques espèces de la forêt landaise assez résistantes au feu, comme les chênes-lièges 
mais qui ne sont plus si nombreux. En revanche, 
les chênes verts, qui commencent à s’implanter dans le Médoc, là même où 
la forêt a brûlé pendant l’été, résistent assez bien au feu 
et au changement climatique.

Pourquoi pensez-vous qu’il serait préférable de ne pas replanter tout de suite 
dans les Landes ?
Je suis signataire d’une pétition, réunissant des scientifiques, des associations écologiques et des habitants des zones concernées, qui demande de prendre le temps de la réflexion avant de replanter. Surtout s’il s’agit 
de replanter une forêt monospécifique de faible biodiversité, qui plus est avec l’aide d’engins qui polluent et abîment le milieu à leur passage. Si on attend vingt ans, on aura probablement 
une belle forêt qui se sera régénérée seule, avec des 
pins maritimes, mais aussi 
des arbousiers et des houx, soit une diversité génétique plus importante que s’ils avaient été plantés.

Quelles sont les conditions 
pour qu’une forêt récupère 
bien après un incendie ?
Que la forêt possède des essences d’arbres résistantes au feu est évidemment la première condition. Mais d’une manière générale, les forêts bien diversifiées sont plus résilientes à des attaques de parasites, une tempête ou encore au feu. Dans ce dernier cas, elles peuvent plus facilement récupérer que des forêts non diversifiées, car le feu s’y répand moins vite et il y a plus de chances qu’elles hébergent des espèces résistantes au feu. 
Propos recueillis par M. C.
 

Entre septembre 2019 et 2020, l’Australie a brûlé sans interruption pendant deux cent quarante jours. Des images impressionnantes de méga-incendies incontrôlables, qui ont causé la mort de 33 personnes et détruit plus de 2 000 maisons, défilaient sur les téléviseurs. Et l’on s’indignait de ce spectacle d’arbres engloutis par des flammes hors de contrôle et du sort des koalas, tous victimes des bouleversements violents engendrés par le réchauffement climatique lié à l’homme. Entre septembre 2019 et début 2020, 24 millions d’hectares sont partis en fumée. Mais, rapidement, la grande île australe s’est à nouveau parée de vert. Une renaissance visible depuis l’espace. C’est en utilisant entre autres des images captées par le satellite européen Smos que des chercheurs de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, du Commissariat à l’énergie atomique et de différentes universités internationales ont découvert que la forêt avait récupéré et qu’elle avait réabsorbé le carbone émis pendant les gigantesques feux. Explications.

Les forêts sont des puits de carbone

Quand un arbre brûle, il libère beaucoup de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. Quand il pousse, il capte le CO2 atmosphérique qui entre dans ses feuilles par les stomates. Puis le carbone et l’oxygène du CO2 sont séparés : le carbone va servir à fabriquer de la matière organique et l’oxygène (O2) ressort de la feuille sous forme de vapeur d’eau (H2O). C’est pourquoi on considère que les forêts sont des puits de carbone. Au cours des gigantesques feux de 2019-2020, quelque 200 millions de tonnes de carbone ont été rejetées dans l’atmosphère, ont estimé les chercheurs. Mais ce sont finalement 260 millions de tonnes de carbone qui ont été stockées fin 2020. Autrement dit, de façon tout à fait rassurante, la repousse rapide de la forêt a permis de compenser les émissions des mois précédents.

De fortes précipitations en 2020

Comment expliquer que la nature ait pu reprendre si vite ses droits ? Dans leur article publié début septembre dans la revue « Remote Sensing of Environment », les scientifiques rappellent que les eucalyptus sont tout à fait adaptés aux incendies. De fait, certains peuvent faire des rejets à partir des racines mais ils relâchent leurs graines sous l’effet de la chaleur. Et les graines d’eucalyptus germent particulièrement bien sur des sols brûlés, couverts de cendres. Il faut ajouter à cela que l’année 2020 a connu un niveau de précipitations deux fois plus élevé qu’en 2019, ce qui a « pu favoriser une croissance forte et rapide de la forêt et d’autres composants de la végétation de sous-bois (herbe et arbustes) en mars-avril et août-décembre 2020, et conduire ainsi à une récupération complète des stocks de carbone perdus au début de 2021 ».

3 milliards d’animaux tués ou déplacés

Si les eucalyptus ont bien repoussé, la catastrophe écologique a fauché aussi une bonne partie de la vie animale : plus de 3 milliards d’animaux ont été tués ou déplacés. En décembre 2020, un rapport du WWF chiffrait à plus de 60 000 le nombre de koalas tués ou blessés lors du passage des feux. Par ailleurs, comme le rapportait un article de la revue « GeoHealth » publié en octobre 2021, plus de 430 000 personnes ont été soumises à une pollution importante aux particules fines (PM2,5) de moins de 2,5 micromètres et certaines ont développé des problèmes de santé. Si la forêt semble se régénérer, il y a toutefois vraiment des raisons de craindre la multiplication de ces mégafeux.