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France

RENCONTRE. Olivier Minne: "Ford Boyard véhicule des valeurs qui me sont chères"

Depuis 2003, il est aux commandes de l’émission culte de France 2. Pas encore gagné par la lassitude sur petit écran, il se laisse la liberté de développer d’autres projets et consacre beaucoup de temps à l’écriture, du côté de la Californie, où il vit. Il est à la une du magazine Week-end ce vendredi.

Souvent, quand le nom d’Olivier Minne atterrit dans une discussion, c’est pour évoquer son impressionnant changement physique. Difficile de passer à côté, tant le gringalet d’hier est devenu solide comme un roc.

Ensuite, on en vient à se dire que le gaillard sera sans doute toujours présent sur nos écrans. Pour la dix-septième année consécutive, il est celui qui donne le tempo de Fort Boyard. De quoi marquer durablement les rétines.

Tout n’a pourtant pas été si facile pour le Franco-Belge, convaincu que tout allait s’arrêter pour lui au début des années 2000.

Passionné de théâtre, il avait filé aux états-Unis afin de trouver un second souffle et suivre des cours à l’Actor’s Studio.

Aujourd’hui encore, il vit en Californie, sa "terre de renaissance". Malgré les milliers de kilomètres nous séparant et une liaison téléphonique incertaine, il a pris le temps de répondre à nos questions, avant de se replonger dans son "chantier" actuel, l’écriture d’un roman.

Quand on vous a confié la présentation de Fort Boyard, pensiez-vous que vous resteriez si longtemps?
Non, vraiment pas. Pour le coup, je n’étais pas du tout, du tout, convaincu de pouvoir m’inscrire dans la durée. Vous le savez bien, en télévision, on n’est jamais vraiment sûr que ça dure une vie…

Même ceux qui ont conçu le jeu, Jacques Antoine, Jean-Pierre Mitrecey ou Pierre Launay, n’imaginaient sans doute pas avoir créé un programme capable de durer autant.

"Je n’étais pas convaincu d’être le bon mec pour ça."

Vous n’étiez pas forcément partant au départ, n’est-ce pas?
Quand Yves Bigot, le directeur des variétés, jeux et divertissements de France 2 de l’époque, m’a demandé de reprendre le jeu, sa décision était prise. Ferme et définitive.

Je lui avais demandé quarante-huit heures de réflexion parce que je n’étais pas convaincu d’être le bon mec pour ça. J’étais jeune et, jusqu’alors, l’émission avait été incarnée par des patriarches comme Patrice Laffont, puis Jean-Pierre Castaldi.

Finalement, la conviction d’Yves Bigot était tellement forte que je lui ai fait confiance. Je revenais à la télévision depuis seulement deux mois, après une période où j’en avais été retiré.

Je ne savais pas trop ce que tout ça allait donner. Yves a eu raison, la magie a opéré directement avec ce programme.

Fort Boyard fête son trentième anniversaire et le public est toujours au rendez-vous. Comment l’expliquez-vous?
Le jeu a évidemment beaucoup évolué. Mais il reste un grand divertissement estival, avec tous les fondamentaux qu’on connaît.

Les enfants apprécient, et, en même temps, les plus anciens peuvent s’offrir une petite touche de nostalgie.

Plein de choses nouvelles nous permettent de proposer autre chose aux téléspectateurs. On veut qu’ils soient intrigués et surpris. Si on ne se renouvelait pas, il pourrait y avoir une certaine lassitude.

Et vous? Jamais marre de courir dans les coursives du fort avec Passe-Partout et Passe-Temps?
Cela ne m’a jamais lassé. Sans doute parce que l’émission s’est beaucoup renouvelée. Et aussi parce que j’ai mon équipe: les techniciens de production, ainsi que ceux qui apparaissent à l’antenne comme le Père Fouras et les "Passe".

Il y a une fraternité très forte entre nous. Je dis souvent que je vais retrouver la garnison quand je pars sur le caillou.

En plus, ce programme véhicule des valeurs qui me sont chères. Cela me plaît bien que de façon inconsciente, les plus jeunes qui nous regardent, soient touchés par ça. On parle de solidarité : rien n’est réalisable si on ne se tient pas par la main. On se bat pour les autres, pas pour soi, puisque l’argent récolté va à des œuvres caritatives.

"Réaliser ses rêves, c’est souvent se réaliser soi-même."

"Toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort", comme vous le dites dans l’émission?
Il y a un sens pour moi. Quand j’étais chez les scouts, j’avais été totémisé. Mon totem, c’était Vison. Et mon "quali", c’était "plus haut".

Mes chefs scouts avaient trouvé un jeu de mots pour que ça donne "Vison(s) plus haut". Ils trouvaient que j’étais assez prompt à me décourager. Ils voulaient me pousser à ne jamais baisser les bras dans le futur.

C’est quelque chose qui m’avait beaucoup marqué, enfant. On n’a pas d’autre solution si on veut réaliser ses rêves. Et réaliser ses rêves, c’est souvent se réaliser soi-même. Il ne faut pas se laisser décourager par les vicissitudes de la vie.

Quels sont vos meilleurs souvenirs de ces dix-sept saisons de Fort Boyard?
Peut-être cette période où l’on dormait dans le fort. Je l’ai fait pendant trois ans d’affilée. C’était complètement surréaliste, je me retrouvais avec les candidats et le gardien des lieux.

Quand tout le monde était couché, je montais sur la terrasse et je m’allongeais pour regarder la Voie lactée et écouter le bruit des vagues contre les blocs de pierre qui entourent le Fort. Ces moments étaient absolument magiques.

Et concernant les candidats?
Il y a tellement d’artistes, de sportifs, de personnalités ou de comédiens qui sont venus… En sortir un du lot, ce n’est pas simple.

Il y aurait tout de même la princesse Stéphanie de Monaco. Elle avait été fantastique. Elle s’était blessée au bras, mais elle avait refusé d’annuler sa participation.

J’ai une profonde affection pour cette femme, l’émission avec elle était l’une de nos plus belles.

Sinon, Marthe Villalonga, l’une de nos candidates les plus âgées, a mené son équipe avec une énergie absolument hallucinante. Elle avait sauté à l’élastique dans la cour du fort. On n’était pas rassurés du tout quand elle y est allée…

"Si je n’avais pas courbé l’échine, j’aurais été évacué immédiatement."

Vous avez connu des périodes creuses dans votre carrière. Comment avez-vous digéré cela?
La télévision, c’est comme le cinéma ou le théâtre. C’est l’art d’attendre que le téléphone sonne, hein. Quand ça ne sonne pas, qu’est-ce qu’on fait? Je ne voulais surtout pas devenir le type qui attend en se lamentant.

Chacun a sa nature. Moi, je ne frappe pas aux portes. Certains de mes confrères ont la capacité de revenir par la fenêtre quand on les a sortis par l’entrée principale. Moi, j’en suis totalement incapable.

Dans une interview pour Le Parisien, vous estimiez avoir trop souvent "courbé l’échine"...
Le contexte était différent. Aujourd’hui, les décideurs sont assez jeunes. Ce n’était pas le cas quand j’ai commencé.

Si je n’avais pas courbé l’échine, j’aurais été évacué immédiatement. À cette époque, les dirigeants étaient des anciens de l’ORTF aux cheveux gris. Et ça ne rigolait pas du tout. Je ne regrette pas mon attitude.

En revanche, je suis bien conscient d’avoir un peu trop pris le pli. Quand la situation a changé, j’aurais peut-être pu revendiquer davantage.

Êtes-vous parfois déçu par l’image que l’on peut avoir de vous, celle de "simple animateur"?
Non, pas du tout. Plus jeune, j’étais parfois surpris, et non pas déçu, de la façon dont on pouvait me percevoir. Mais ça s’est estompé assez rapidement.

Aujourd’hui, c’est sans doute le privilège de l’âge, cela ne me préoccupe vraiment plus du tout. Je n’accorde aucune importance à cela.

"En ce moment, je suis pleinement concentré sur un roman."

Vivre en Californie permet de prendre de la distance?
Je ne change pas de personnalité en traversant l’Atlantique. Mais ici, le recul et la quiétude me plaisent.

C’est un endroit où je me suis relevé. Les lieux de renaissance sont toujours très difficiles à qualifier.

Après, il y a des choses qui ne sont pas explicables dans une interview, comme ça. C’est trop personnel et trop compliqué à résumer en quelques mots.

Quelles sont vos occupations aux États-Unis?
L’endroit est très propice à l’écriture pour moi, bien plus que Paris. En ce moment, je suis pleinement concentré sur un roman.

Je ne peux pas en parler plus pour le moment. Mais je dois rendre le manuscrit d’ici fin octobre.

Sinon, je travaille aussi sur des tournages divers et variés. J’ai notamment collaboré à un documentaire de Frédéric Mitterrand pour Arte l’an dernier. Je fais aussi de la prestation en production ici.

Les émissions que vous animez sont déjà "en boîte"?
Oui, on a tourné les numéros de rentrée de Tout le monde a son mot à dire en juin dernier. Et puis il y aura Joker le samedi, en hebdo.

Maintenant, je suis totalement concentré sur l’écriture. J’ai tendance à beaucoup corriger mes copies, mais il faut savoir dire stop.

"Entre les lignes, on peut découvrir beaucoup de choses sur moi."

Pouvez-vous nous parler de vos deux précédents ouvrages, sur les speakerines et l’acteur Louis Jourdan?
Ils sont plus personnels qu’on pourrait le croire. "Speakerine", c’était mon premier poste à l’antenne. Le livre parle de ce métier disparu, qui paraîtrait totalement surréaliste aujourd’hui.

Il y avait cette femme qui vous disait ce que vous alliez voir dans la journée ou la soirée. Elle se demandait si vous alliez bien…

C’était le premier métier d’antenne de la télévision française. La première incarnation de cette nouvelle invention qu’était la télévision, c’était le visage et la voix d’une femme.

En France, c’était Jacqueline Joubert, la maman d’Antoine de Caunes. Elle est aussi ma maman de télévision, celle qui m’a mis sur Antenne 2.

Et Louis Jourdan?
C’est encore plus particulier. Il y avait plein de correspondances entre nous, même si certains points nous opposaient aussi.

Entre les lignes, on peut découvrir beaucoup de choses sur moi. Mais le but principal n’était pas celui-là, c’est une sorte de deuxième effet Kiss Cool.

Je voulais m’intéresser à un parcours très atypique. Le livre se présente comme une biographie, mais c’est surtout un récit romanesque autour de la vie de cet homme, le dernier French lover d’Hollywood.

Je l’ai connu durant les cinq dernières années de son existence, j’ai partagé son quotidien et celui de sa femme. Louis était presque reclus à Beverly Hills. Il ne voyait plus que Kirk Douglas, Angie Dickinson et la famille de Sidney Poitier.

Tout cela m’intriguait. Le livre parle du cinéma français et du cinéma américain, entre les années 1940 et 1980. J’évoque les espoirs d’un jeune homme arrivé en Amérique juste après la Libération, mais aussi ces studios qui étaient des machines à broyer.

Et au-delà de ça, ça parle de ce qu’est une vie, du sens qu’on lui donne, de ce qu’on fait de ses échecs.

Olivier Minne présente les émissions:
Fort Boyard, le samedi à 20 h 55, sur France 2. Jusqu’au 7 septembre.
Tout le monde a son mot à dire, du lundi au vendredi, à 18 h 05, sur France 2.
Joker, tous les samedis à 17 h 45 ou 17 h 35, sur France 2.

Speakerines. Olivier Minne.
Éditions du Rocher. 376 pages. 19,90 euros.

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