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France

Retrait de l'âge pivot : quand le gouvernement prend les cheminots grévistes pour des brebis égarées

Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font... Ce lundi 13 janvier, c'est sur un ton légèrement paternaliste que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, appelle la base des cheminots, poussés dans une "logique jusqu'au-boutiste" par de pernicieux meneurs, à déposer les armes dans le conflit social sur la réforme des retraites.

"Au sein des confédérations, il peut y avoir des syndicats qui représentent les cheminots et continuent de vouloir le retrait complet de cette réforme, parce qu'elle acte la fin des régimes spéciaux", constate Agnès Buzyn, venue faire le service après vente du "compromis gagnant-gagnant" trouvé ce week-end entre les syndicats dits "réformistes" – CFDT en tête - et le gouvernement sur la suspension provisoire de l'âge pivot à 64 ans. Et la ministre d'ajouter, semble-t-il convaincue que les employés de la SNCF et de la RATP encore opposés au texte sont victimes d'endoctrinement : "Les cheminots sont concernés, et donc les personnels de ces grandes entreprises peuvent être poussés par certains à une forme de logique jusqu'au-boutiste, que nous regrettons, car nous ne retirerons pas la réforme. Aujourd'hui, elle est sur des rails."

Tout aussi infantilisant pour des grévistes ravalés au rang de brebis égarées, le Premier ministre, Edouard Philippe tenait ce dimanche le même discours sur France 2 : "C'est vrai qu'il y a encore beaucoup de gens qui ne sont pas convaincus de l'intérêt de la réforme ou qui n'ont pas envie que ces régimes soient supprimés. Je leur dis à cela que nous allons aller au bout, et qu'au fond, tous ceux qui les incitent à poursuivre la grève les envoient peut-être dans une impasse", prévenait-il.

"Pseudo concession"

Bien qu'Edouard Philippe et Agnès Buzyn ne les désignent pas nommément, c'est bien sûr la CGT et Force Ouvrière qui se trouvent dans leur collimateur. Tout comme l'opposition de gauche, socialiste, insoumise et communiste confondus, ces syndicats regimbent encore, pas convaincus par la missive Premier ministre. Dans un courrier adressé aux partenaires sociaux ce samedi, ce dernier a expliqué être "disposé" à retirer la mesure d'âge pivot à 64 ans dans l'immédiat, tout en conservant le principe d'un âge d'équilibre dans la réforme, sur lequel l'exécutif statuera par ordonnance faute d'accord avec les partenaires sociaux "d'ici la fin du mois d'avril".

Une "pseudo-concession" accueillie par le secrétaire national de la CGT Cheminots, Laurent Brun, comme une "opération de promotion mutuelle entre le gouvernement et la CFDT". "Je ne vois pas des salariés qui aujourd'hui ont perdu quasiment un mois et demi de salaire sur des revendications précises pour la défense de leur retraite, dire : 'ben voilà, il va y avoir une discussion entre Laurent Berger – secrétaire général de la CFDT, ndlr. - et le Premier ministre, ils vont s'entendre sur une nouvelle mesure de contrainte budgétaire'", annonçait-il dès samedi sur BFMTV.

Même au sein des syndicats réformistes, ce compromis ne fait pas l'unanimité. De sorte que tandis que Laurent Berger se félicitait, ce lundi sur RTL, d'avoir su "faire reculer" le gouvernement sur ses "mauvais choix", affirmant que la CFDT n'appelait "évidemment pas" à participer aux journées de mobilisation des 14, 15 et 16 janvier, le secrétaire général adjoint de la CFDT Cheminot, Rémi Aufrère Privel, avertissait sur franceinfo que le retrait de l'âge pivot à 64 ans était "nécessaire", mais "pas suffisant".

"Radicalisation"

D'où cette question adressée à Agnès Buzyn sur la chaîne info du service public : "Est-ce qu'il y a un risque de radicalisation du mouvement de grève ?" "C'est déjà le cas", répond-t-elle, "Je pense que les Français sont épuisés de cette grève, notamment les Franciliens, les indépendants, les restaurateurs, qui ont perdu un chiffre d'affaire considérable. Il est maintenant nécessaire d'aller tous ensemble vers une réforme profondément juste."

Et pourtant, la ministre de la Santé reconnaît elle-même que, sur le fond, rien n'a vraiment changé : "L'âge d'équilibre reste dans le projet final, c'est-à-dire que dans la réforme, une fois qu'elle sera mise en œuvre, la notion d'âge d'équilibre, qui est un fait, une notion rationnelle, qui veut dire que le système s'équilibre lorsque nous travaillons un peu plus longtemps, cette réalité-là figure dans le projet final de réforme", détaille-t-elle, récusant l'idée d'une reculade gouvernementale. Finalement, les cheminots n'ont donc pas si mal compris la manœuvre…

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