France

Sandra Laugier : « La vulnérabilité définit l’humanité même »

La philosophe signe, avec Najat Vallaud-Belkacem, « La Société des vulnérables », une réflexion féministe sur le « care » et l’épidémie de Covid.

Propos recueillis par Florent Georgesco

Temps de Lecture 3 min.

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[Le Forum philo Le Monde Le Mans, prévu les 8 et 9 novembre sur le thème « Etre humain? », est reporté en raison du confinement.]

« La Société des vulnérables. Leçons féministes d’une crise », de Sandra Laugier et Najat Vallaud-Belkacem, Gallimard, « Tracts », 60 p., 3,90 €, numérique 3,50 €.

Philosophe, professeure à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, Sandra Laugier a publié en septembre, avec l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem, un court texte d’intervention, La Société des vulnérables. Leçons féministes d’une crise, qui analyse l’impact de la pandémie sous l’angle de l’éthique du « care ».

Comment en êtes-vous venues à écrire ce livre ?

Deux éléments nous en ont donné envie. D’abord, nous avons constaté que, du fait du Covid, le terme de « care » avait acquis une pertinence nouvelle pour beaucoup de gens. Par là, nous entendons l’ensemble des activités qui rendent possible la vie quotidienne de tous. Cela va au-delà des soignants. C’est pour cela que nous utilisons ce mot anglais : il regroupe plus de réalités que le mot « soin ». Le travail des caissières ou celui des femmes de ménage sont aussi un travail du « care ». Or tous ces métiers sont essentiellement assurés par des femmes, et – Najat Vallaud-Belkacem et moi en avons discuté au téléphone, ce printemps, avec d’emblée l’envie de faire quelque chose ensemble à ce sujet – il était intéressant de réfléchir, d’un point de vue féministe, aux raisons pour lesquelles ces professions sont négligées, déconsidérées, moins bien rémunérées que d’autres.

Lire aussi cet entretien de juin 2020 :

D’autant que, en revanche, on a surtout vu des hommes parler du Covid dans les médias. C’est le deuxième point : la question de la domination politique, médiatique et intellectuelle. De temps en temps, on voyait des femmes, des couturières qui faisaient des masques, ou des infirmières, mais toujours à l’arrière-plan. Bien sûr, il y a eu des discours sur la nécessaire revalorisation de ces métiers, et tous ces mercis adressés aux soignants. Mais cette manière de rendre visible me semble avoir un effet immédiatement contraire. Nous n’avons pas pu approfondir ce point – il y aurait d’ailleurs une réflexion théorique à continuer là-dessus. Simplement, je constate que tout cela sonne creux. On se débarrasse du problème avec de belles paroles, qui ne se traduisent pas en actes.

L’éthique du « care » a souvent été attaquée, notamment par des féministes, qui lui reprochaient une essentialisation du rôle des femmes – attention aux autres, sollicitude, compassion risquant d’apparaître comme des vertus naturellement féminines. Que pensez-vous de ces critiques ?

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