France

Sur des œufs

S’il faut marcher sur des œufs, autant s’assurer qu’ils sont bien cuits. S’agissant de commenter l’actualité vaticane, je ne suis pas sûr que ceux sur lesquels je m’apprête à poser le pied le soient. Et si mon exercice se solde par un coulis d’albumen ou de jaune d’œuf, on voudra bien me pardonner.

Les problèmes auxquels le pape François s’est trouvé confronté étaient nombreux : affaires de pédophilie, non-dénonciation d’actes pédophiles commis par des membres de l’Église aux États-Unis, au Chili et en Irlande, clan gay et homosexualité au sein de la Curie, homosexualité en tant que sujet…

Le Saint-Père a fait entendre sa voix, d’abord le 20 août par sa « Lettre au peuple de Dieu », puis à l’occasion d’une interview donnée dans l’avion qui le ramenait d’Irlande.

À la « Lettre », pour laquelle je n’ai lu aucun reproche, je me permets d’apporter une réserve. Le pape en appelle à « la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu ». Sa mise en garde contre le cléricalisme est d’une franchise et d’un courage qui rappellent ses prises de position à propos du fonctionnement de la Curie romaine. « Que l’Esprit sain nous donne la grâce de la conversion et l’onction intérieure pour pouvoir exprimer, devant ces crimes d’abus, notre compassion et notre décision de lutter avec courage », conclut la « Lettre ». Oui bien sûr, mille fois. Rester en alerte, identifier ces crimes, les punir avec vigueur, tout cela est essentiel, indispensable. Mais ne faudrait-il pas, surtout, faire en sorte que le ver ne soit pas dans le fruit ?

Des suggestions se veulent porteuses d’espoir. Permettre aux prêtres de se marier, dit une « Supplique au pape ». Instaurer deux types de prêtrise, suggère un prélat suisse, dont l’une permettrait le mariage. Offrir des cours d’éducation sexuelle aux jeunes prêtres, suggère l’un de ses pairs.

Ces pistes me laissent sceptique. Penser que la suppression du célibat permettra de régler tous les maux de l’Église est un leurre : le problème de l’abstinence est une chose, la pédophilie en est une autre. L’un des pédopsychiatres que j’ai interrogés pour l’écriture de cette chronique s’est même exclamé : « Si l’on pouvait soigner les pédophiles en leur faisant faire l’amour avec des adultes, cela se saurait. » Souvenons-nous de la monstrueuse affaire Dutroux : ses protagonistes étaient mariés… Et puis, le célibat porte un don, celui de soi-même, il est propre à l’Église romaine. Son abandon serait un appauvrissement et ne réglerait rien (s’il doit faire l’objet d’un débat, que celui-ci s’étende à toutes les dimensions du problème).

C’est, je crois, en trouvant un moyen honorable d’identifier et de décourager de la prêtrise ceux qui sèmeront le malheur que pourra venir la solution.

Dans l’interview que le pape François a accordée dans l’avion, lors de son retour d’Irlande, il a utilisé le mot « psychiatrie ». Cela lui a été reproché, quelquefois en termes très injustes. Quel pape a eu, à l’égard des homosexuels, des mots plus charitables ? Quel pape a jamais dit, pensant à eux : « Qui suis-je pour juger ? » Peut-être le mot était-il malhabile, utilisé dans un moment d’immense fatigue. Peut-être aurait-il fallu parler de psychologie, ce qui aurait ôté au propos sa dimension de pathologie.

Mais si l’homosexualité n’est pas une maladie, la pédophilie en est une. Et l’idée de repérer les malades en faisant appel aux avancées de la science me paraît une piste légitime. Il faudrait que l’Église elle-même définisse un dispositif qui protège vis-à-vis d’elle-même la confidentialité du candidat à la prêtrise, et lui permette de se confier en toute transparence, protégé par le secret médical. La psychiatrie n’est pas un détecteur de mensonge… Celui qui a identifié ses pulsions et se sent à risque peut aussi espérer qu’une vie consacrée à servir le Christ l’éloignera de ses pulsions, qu’elle sera là pour le protéger. Peut-être qu’une dépendance pourra être détectée, sa dangerosité estimée, qu’elle pourrait être suivie, évoluer vers quelque chose de plus mature, avec l’aide d’un thérapeute. Ailleurs, elle sera décrétée dangereuse, et de cet échange pourrait découler la décision sereine de ne pas prononcer ses vœux. Ou de choisir la voie monacale.

Comment mettre sur pied un tel mécanisme ? Par quelles méthodes ? Selon quel protocole ? Quels critères ? Le problème est immense. Il appelle une réflexion extraordinairement délicate. Seule l’Église peut la mener.

La « Lettre » du Saint-Père condamne, promet la vigilance. C’est important. Cela ne suffit pas. Pour ne pas s’exposer à de tels drames de façon itérative, il ne faut pas seulement extraire le ver du fruit. Il faut éviter qu’il y rentre, quelle que soit la difficulté de la tâche.

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