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Syndrome E sur TF1 : quand la télé française prend (enfin) des risques dans l’horreur

Neurosciences obscures et larmes de sang sont au programme de cette série assez novatrice à la limite du surnaturel, diffusée sur TF1 ce 29 septembre et également disponible sur Salto. La première saison est parfois trop classique, mais a au moins le mérite de s’aventurer sur des terrains de genre. Notre critique.

On vous le disait il y a quelques mois : produire une série de genre en France relève du véritable parcours du combattant. Horreur, surnaturel, science-fiction ou fantastique peinent souvent à trouver leur place sur le petit écran francophone. Alors quand l’un de ces genres parvient enfin à être diffusé, d’autant plus sur une plateforme grand public, forcément, on s’y intéresse de près.

C’est donc le cas de Syndrome E, disponible sur Salto depuis le 22 juillet 2022 et diffusée sur TF1 à partir de ce 29 septembre 2022. Adaptée du roman terrifiant de Franck Thilliez, la production s’aventure sur les terrains du surnaturel, des hôpitaux désertés, des neurosciences et des enquêtes policières un brin flippantes. Loin d’être la série du siècle, Syndrome E, dont nous avions vu les deux premiers épisodes au festival Séries Mania, a tout de même de jolis atouts à mettre sur la table.

TF1 adapte une valeur sûre avec une grande liberté de ton

Lucie Henebelle est une flic à la vie plutôt banale, majoritairement consacrée à son fils, Enzo. Tout bascule le jour où l’un de ses amis d’enfance meurt dans d’étranges circonstances et qu’elle se met à pleurer des larmes de sang, avant de tirer sur son coéquipier. Pour comprendre l’origine de ces crises meurtrières sanglantes, elle fait équipe avec le commandant Sharko, un enquêteur désabusé et dépressif, sur le point de perdre pied… Un point de départ déjà intrigant, imaginé par l’auteur Franck Thilliez. Cet audacieux mélange entre thriller et recherches scientifiques poussées a déjà fait ses preuves en librairies, avec environ 750 000 exemplaires vendus.

Syndrome E
Syndrome E, une série policière à la limite du surnaturel, dans lequel certains personnages pleurent du sang // Source : TF1

En produisant cette adaptation, TF1 s’appuie donc sur une valeur sûre et prend des risques limités. Et pourtant, Syndrome E est loin d’être conventionnelle, même si elle reste tiraillée entre le cahier des charges classique imposé par la chaîne, comme nous le racontait son auteur, Mathieu Missoffe, et une liberté de ton relativement inédite pour une production française.

Une ambiance soignée, dérangeante à souhaits

D’abord, il y a cette enquête convenue, imbibée du savoir-faire habituel de TF1 en la matière. Un flic un peu bourru aux pratiques discutables, des désaccords dans l’équipe de police, une semi-romance superflue et gnangnan… Tous les ingrédients des séries policières sont réunis pour que Syndrome E puisse plaire au plus grand nombre, et surtout aux spectateurs de TF1. Il y a aussi ces dialogues parfois très écrits, à la limite du ridicule, ces incohérences, ces situations à la crédibilité plus que douteuse et ces relations entre les personnages, parfois bâclées. Désolés, vous hurlerez encore probablement sur ces personnages qui se déplacent la nuit, avec une seule lampe torche en guise de protection, et qui sortent indemnes de situations totalement mortelles.

Syndrome E
Le duo Sharko et Henebelle // Source : TF1/Escazal Films

Mais Syndrome E se révèle finalement être une jolie surprise, parvenant à dépasser toutes ces limitations un peu encombrantes, pour proposer un regard nouveau sur les propositions de genre à la française. Avec une musique aux chœurs d’enfants scandés à chaque épisode, la série instaure un climat de malaise dès ses premières scènes. L’ambiance est soignée, dérangeante à souhaits, appuyée par une réalisation inventive. Du côté de l’intrigue, qui nous fait voyager de la France au Maroc en passant par le Canada, on ne peut bouder son plaisir devant cette plongée toujours plus sombre dans les tréfonds de l’âme humaine, au suspense implacable.

Syndrome E est imparfaite, mais donne la chair de poule

Syndrome E prend un malin plaisir à développer sa narration aux accents horrifiques, qui donne la chair de poule autant qu’elle surprend. On se retrouve finalement étonnés, à la fin de ces six épisodes, par la profondeur du propos et l’intelligence de l’écriture autant que de la mise en scène. Malgré quelques erreurs de casting, la série possède également l’atout non négligeable d’être servie par des acteurs convaincants, de Vincent Elbaz dans le rôle de Sharko, à Bérengère Krief (Bref), Kool Shen (oui, oui, la moitié de NTM) ou Emmanuelle Béart.

Syndrome E
La série s’aventure sur des terrains horrifiques réjouissants // Source : TF1/Escazal Films

Évidemment, on ne va pas vous mentir, Syndrome E n’est pas parfaite. Ses défauts se font régulièrement sentir, même sur une petite saison de 6 épisodes. La série oscille ainsi constamment entre le classicisme de TF1 sur des scènes familiales et des séquences beaucoup plus glauques, dignes des meilleures séries d’horreur.

Un divertissement estival de qualité

Mais Syndrome E parvient à captiver jusqu’au bout tout en offrant un divertissement estival de qualité, à l’esthétique singulière, parfait pour tous les amateurs de frissons. Et surtout, la série est suffisamment ambitieuse pour faire souffler un vent de fraîcheur sur la création française.

L’univers de Franck Thilliez en lui-même est suffisamment riche pour nourrir des dizaines de séries potentielles, avec des romans comme Gataca ou Pandemia. Et si TF1 pouvait lâcher davantage la bride de ses créateurs et réellement oser s’aventurer en dehors des sentiers battus, le pari pourrait clairement se révéler gagnant. On ne peut que croiser les doigts pour que Syndrome E ouvre la voie à d’autres créateurs talentueux, aux univers à la lisière du fantastique et de l’horreur.