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Une mobilisation « pour les vieux »

Une mobilisation « pour les vieux »
A Fléac, autour de Frédéric Sananes, le directeur, le personnel est aux petits soins pour les résidents. Mais pas assez nombreux. L’équilibre est précaire.

Renaud Joubert

Par Jean-François BARRÉ - jf.barre@charentelibre.fr, publié le 2 octobre 2022 à 18h56.

Ce mardi, les Ehpad lancent une action nationale pour réclamer une loi grand âge En Charente, ils seront en conclave avec l’ARS sur le recrutement La priorité absolue des établissements.

Pour la cause, les résidents se sont associés à la direction de l’Ehpad, ont fièrement brandi les affichettes qui rappellent que « les vieux méritent mieux ». A Fléac, Frédéric Sananes, le directeur de la résidence du Haut-Bois sait que ses pensionnaires sont très attentifs aux repas, aux animations. Ceux qui sont dépendants peuvent se rendre compte qu’ils n’ont droit qu’à une douche par semaine. « Pour le reste, je ne suis pas sûr qu’ils mesurent bien ». Et pourtant, « le reste », c’est la hantise au quotidien du directeur. « Les ressources...

Pour la cause, les résidents se sont associés à la direction de l’Ehpad, ont fièrement brandi les affichettes qui rappellent que « les vieux méritent mieux ». A Fléac, Frédéric Sananes, le directeur de la résidence du Haut-Bois sait que ses pensionnaires sont très attentifs aux repas, aux animations. Ceux qui sont dépendants peuvent se rendre compte qu’ils n’ont droit qu’à une douche par semaine. « Pour le reste, je ne suis pas sûr qu’ils mesurent bien ». Et pourtant, « le reste », c’est la hantise au quotidien du directeur. « Les ressources humaines, le manque de personnel ».

On n’arrive pas à pourvoir les postes qui existent déjà. Même pour trouver un cuisinier, j’ai dû passer par un chasseur de têtes.

Pour le bien de ses résidents, il parvient à gratter du budget pour leur permettre de revigorantes escapades à Oléron. Pour le reste… « On rêve tous d’un professionnel pour un résident. Pour 64 personnes âgées, j’ai 34 pros, directeur compris ». C’est la pénurie. Alors demain, le directeur aurait bien aimé participer à la journée de mobilisation de la fédération des directeurs à laquelle il appartient (lire encadré). « On a une réunion prévue à la même date avec l’ARS sur… le recrutement. Ca ne se refuse pas », justifie Aurélien Chatain, le directeur de l’Ehpad de la Boëme, à Mouthiers et président en Charente de la Fnadepa.

C’est la première des préoccupations. « Au dernier speed dating, se souvient Frédéric Sananes, notre stand était entre Girac et l’intérim. Ils ont fait le plein. On n’a pas eu un regard de la part des candidats, se désole-t-il. On est le dernier des derniers choix ». Les Ehpad « qui ne se sont pas défaits de leur image de mouroir » n’attirent pas. Doivent jongler pour apporter le service aux résidents. « On manque d’infirmières, au 1er janvier on sera le 21e Ehpad sur les 62 de Charente à ne plus avoir de médecin coordinateur, alors que c’est obligatoire. On va avoir recours aux infirmières en pratique avancée », envisage le directeur., qui a appris à jongler. À jouer sur la formation pour que les ASH, les agents de service, fassent fonction d’aides soignantes mais le système a ses limites.

“Je ne peux pas lutter”

L’établissement est moteur de la « plateforme territoriale de solidarité » (PTS) en Charente. Une infirmière venue de Paris y a tenu deux mois avant de se faire recruter en Dordogne dans un établissement privé avec voiture de fonction. « Je ne peux pas lutter », constate Frédéric Sananes, à la tête de son établissement public. Même quand il paye une infirmière débutante 2 400 ou 2 500€. Il mise sur une nouvelle plateforme de mise en relation, en collaboration avec les offices du tourisme.

Les métiers de la santé n’intéressent plus les gens. C’est prenant, fatigant, on travaille le week-end.

La boîte à idées est ouverte mais le mal est profond. « Depuis des années, on réclame une loi grand âge et autonomie », martèle Aurélien Chatain.  “L’urgence de l’urgence, c’est le recrutement. On avait déjà dit qu’on allait dans le mur. On y est mais je pense que les hôpitaux ont autant de mal que nous ». Les Ehpad doivent, eux composer aussi avec le manque d’attractivité. « Il y a eu des revalorisations salariales après le covid, mais les métiers de la santé n’intéressent plus les gens. c’est prenant, fatigant, on travaille le week-end ».

Il faudrait « plus de postes, plus d’agents par résident », confirme Aurélien Chatain. Paradoxe. « On réclame depuis des années, mais alors que l’on est sous-doté, on n’arrive pas à pourvoir les postes qui existent déjà. Même pour trouver un cuisinier j’ai dû passer par un chasseur de têtes ». Le tableau qu’il dresse de la Charente est inquiétant. « Il doit bien manquer deux aides soignantes par établissement. On serait déjà à 124 en Charente ». « Et une infirmière dans chaque », envisage son collègue de Fléac.

Alors, la fédération plaide pour « un grand plan national. Le problème de recrutement, ils ne le découvrent pas. Depuis Sarkozy, tous ont dit qu’ils feraient une loi dépendance. Ils ne l’ont jamais fait ». Parce que le chantier est énorme. « Mieux pour nos vieux, c’est revoir les salaires, les équipements. C’est énorme. C’est des milliards et des milliards ». Une “cotisation dépendance. Un impôt”. C’est rarement dans l’air du temps.

Mobilisation nationale

Il est urgent d’agir avec force. C’est le mot d’ordre de la Fnadepa, la fédération des directeurs d’établissements qui réclame « depuis des années une réforme ambitieuse de l’accompagnement du grand âge via une loi tant attendue et repoussée par les gouvernements successifs ».
La Fnadepa organise demain, de 15h à 16h30 une « mobilisation en format hybride » : les établissements pour personnes âgées sont invités à rassembler un maximum de personnes au sein de leurs locaux pour une mobilisation mêlant visioconférence et présentiel, autour d’un même message : « Les vieux méritent mieux ! ». Ces rassemblements seront retransmis en visioconférence à Paris en présence de grands témoins - Florence Aubenas, grand reporter, Michèle Delaunay, ancienne ministre et Laurent Garcia, cadre de santé, président de l’Observatoire du grand âge - et seront suivis d’une conférence de presse nationale.