Ancienne animatrice en périscolaire, Élise Meyer est venue renforcer le service pédagogique du zoo. En attendant que les rendez-vous animaliers soient à nouveau possibles devant les enclos, elle part à la rencontre des visiteurs pour les informer et les sensibiliser.

Tenue kaki et masque sur le visage – mais reconnaissable à sa chevelure flamboyante — elle arpente les allées du zoo de Mulhouse à la rencontre des visiteurs. Élise Meyer, 35 ans, est la nouvelle recrue du service pédagogique, qu’elle a rejoint juste avant le confinement. Avec un bonheur non dissimulé. « C’est très enrichissant. Pour moi, ici, c’est le top du top, vraiment un vieux rêve… »

« J’ai toujours été passionnée par les animaux, assure en effet cette enfant de Turckheim. Je traînais toujours dans la basse-cour de la ferme de mes grands-parents, je récupérais des animaux blessés, salamandres, grenouilles, hérissons… » Professionnellement, elle exerce pendant dix ans comme assistante dentaire. « Mais je voulais travailler en lien avec les enfants, l’apprentissage. » Un bilan de compétences plus tard, elle effectue une première reconversion et devient animatrice en périscolaire, d’abord à l’école primaire de Dornach puis à la maternelle Jean-de-Loisy, à Mulhouse. « Ça me convenait bien, mais travailler 20 heures par semaine ne me suffisait pas. »

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« Les connaissances scientifiques, ça s’acquiert ; le feeling, c’est autre chose… »

Le zoo ? Elle s’y rendait souvent « avec [s]on oncle. C’était toujours un plaisir de découvrir cette nature sauvage. » Elle postule, sans trop y croire. « On pensait plutôt à un profil scientifique au départ, mais on a senti qu’elle était curieuse et qu’elle avait vraiment la fibre pédagogique, note David di Paolo, l’un des deux membres du service (dirigé par Corinne di Trani-Zimmermann). Les connaissances scientifiques, ça s’acquiert ; le feeling, c’est autre chose… »

Élise Meyer a le feeling, elle entre au zoo, comme animatrice le 11 mars. Cinq jours après, confinement généralisé. Chez elle, elle en profite pour emmagasiner le maximum de connaissances sur les quelque 150 espèces du parc. Une semaine avant la réouverture au public, elle revient au zoo. « Je passais les matins avec les soigneurs, les après-midi avec David et Corinne. J’ai vraiment découvert le zoo de l’intérieur… » Elle emmagasine encore les connaissances, prend des tonnes de notes. « J’ai eu un coup de cœur pour les panthères nébuleuses, j’aime beaucoup les wallabies des rochers, mais ma plus grande découverte, ça a été la maison de l’éclosion, confie-t-elle. Je connaissais les poules qui pondent, point. Là, j’ai vraiment appris plein de choses sur l’incubation. Chez les reptiles, par exemple, selon la température de l’œuf, on obtient des mâles ou des femelles… »

« Dès que l’on peut parler de viande de brousse, j’en parle »

À l’ouverture du parc, la nouvelle animatrice découvre sa mission, qu’elle partage avec Lucas Lecomte, vacataire pour l’été. « Je suis là pour accueillir les visiteurs, leur expliquer les changements liés au Covid, explique-t-elle. Et ensuite, j’ai trois secteurs à couvrir. » Entre la fauverie, l’enclos des wallabys et celui des tortues, le coin des okapis et du nouvel enclos asiatique (tapir et macaque à crête), Élise maraude. « Pour éviter les attroupements à cause du Covid, on ne pouvait plus proposer les rendez-vous animaliers, précise David di Paolo. Mais on voulait garder cette notion de sensibilisation au monde sauvage, aux menaces qui pèsent sur les milieux. Le maraudage, c’est un moyen d’aller vers les gens. » « Je demande aux visiteurs s’ils sont intéressés par mes explications. Les échanges peuvent alors durer une demi-heure, trois quarts d’heure, précise Élise. Avec les enfants, on reste sur des basiques de la biologie, l’alimentation, tout ça. Avec les adultes on peut aller plus loin… » Surtout avec les abonnés, les plus friands d’information. La crise du Covid et ses causes [rappelons que le virus vient d’animaux sauvages vendus sur un marché chinois] offrent une bonne occasion de faire passer certains messages. « Dès que l’on peut parler de viande de brousse, j’en parle, assure l’animatrice. Comme avec le macaque à crête, par exemple… » Bien que protégé, ce brave primate originaire de Sulawesi se retrouve en effet sur la table pascale de populations chrétiennes de cette île indonésienne.

En apprendre toujours plus pour informer au mieux, voici le credo de la jeune animatrice, qui changera peut-être bientôt de façon de travailler. « Selon ce qui sera décidé le 10 juillet [fin de l’état d’urgence sanitaire], on reprendra les rendez-vous animaliers, espère David di Paolo. On touche quand même plus de monde comme ça. » Élise ne maraudera plus mais elle sera aux rendez-vous devant les enclos.