Gabon
This article was added by the user . TheWorldNews is not responsible for the content of the platform.

2ème congrès extraordinaire de l’Union nationale : Désir d’ouverture

Paulette Missambo, candidate de l’UN, investie au cours d’un congrès tenu à Oyem. D’aucuns y voient une «candidature féminine». Mais il ne faut ni essentialiser ni se contenter des clichés.

Paulette Missambo, candidate de l’UN, investie au cours d’un congrès tenue à Oyem ? Avant elle, jamais une femme n’avait été désignée porte-étendard d’un parti. Toutes se présentaient en indépendantes. Jusqu’au week-end écoulé, jamais un congrès d’investiture ne s’était tenu hors de Libreville. © Gabonreview

Dans ses statuts, l’Union nationale (UN) se définit comme «un parti de progrès», c’est-à-dire attaché aux réformes. Depuis l’arrivée à sa tête de Paulette Missambo, il se décrit comme «un parti de modernité», c’est-à-dire acquis aux valeurs démocratiques, à l’idée de liberté et à la séparation entre la sphère publique et le domaine privé. Année après année, il essaie de le prouver. Echéance après échéance, il tente d’en faire la démonstration. En 2016, il désigna son candidat à la présidentielle au terme d’une primaire ouverte, retransmise en direct par une chaîne de télévision. La même année, il joua les premiers rôles dans la désignation du candidat unique de l’opposition. Quatre années plus loin, il fit le choix d’élire son directoire au cours d’un scrutin interne fortement médiatisé. Même s’il dût s’y prendre par deux fois, il apporta un vent de fraîcheur. Le week-end dernier, il s’est de nouveau singularisé en allant tenir son congrès extraordinaire à Oyem. Et pour la première fois, une femme a été choisie pour défendre les couleurs d’un parti à la présidentielle.

En finir avec une certaine pratique politique

Paulette Missambo, candidate de l’UN à la présidentielle ? De prime abord, d’aucuns y voient une «candidature féminine». Mais cela revient à essentialiser. En clair, c’est soit une manière de réduire la gestion de la cité à la promotion des droits de la femme, soit une façon d’assimiler l’engagement politique à la promotion du genre. Au-delà de l’étiquetage, c’est une négation de l’effort individuel, du travail sur soi et de la capacité à se construire ou à se forger une destinée propre. Or, comme le professe Jean-Paul Sartre : «L’existence précède l’essence.» Autrement dit, l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde et se définit ensuite. Née femme, la candidate de l’UN existe d’abord sous ce statut, mais elle ne saurait être définie comme tel. Pour la définir ou cerner le sens de sa candidature, il faut revisiter son parcours. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle s’est pliée à cet exercice.

Pour comprendre la portée du choix du lieu, il ne faut pas se contenter des clichés. Certes, Oyem est réputée favorable à l’opposition. Certes, André Mba Obame et Jean Ping y firent de très bons scores durant les présidentielles de 2009 et 2016. Certes, s’y rendre au départ de Libreville semble relativement aisé. Mais on ne saurait occulter les efforts consentis par les congressistes partis du Haut-Ogooué, de l’Ogooué-Lolo, de la Nyanga, de l’Ogooué-Maritime et de la Ngounié. On ne saurait non plus se garder de se poser certaines questions : en une autre ville, l’UN aurait-il eu accès aux salles de réunion et hôtels ? Pour l’heure, on se contentera d’un rappel : à Oyem, des personnalités comme Raymond Ndong Sima, Edmond Okemvelé ou Jean-Christophe Owono Nguéma sont propriétaires de structures d’accueil. Pour toutes ces raisons, le choix du chef-lieu du Woleu-Ntem peut être compris comme le signe d’une volonté d’en finir avec une certaine pratique politique, faite de brimades et d’interdictions à la tête du client.

Jamais une femme n’avait été désignée porte-étendard d’un parti

Intervenu avant la publication du calendrier électoral, ce congrès peut, en outre, être perçu comme un contre-feu aux collusions institutionnelles, un refus de se laisser endormir. En positionnant sa candidate, l’UN a joué la carte de la proactivité. Comme s’il voulait obliger le gouvernement à jouer franc jeu. Comme d’autres membres d’Alternance 2023, ce parti a voulu montrer son attachement aux délais prescrits par la Constitution. Implicitement, il s’est prononcé contre un éventuel report. Même si ce timing n’a rien de bien original, le parti d’André Mba Obame a laissé le sentiment de vouloir rompre avec une conception surannée de la politique et une gouvernance chahutée. «En 2023, nous devons donner naissance à un Etat de droit et de liberté pour tous», a, du reste, proclamé sa désormais candidate.

Paulette Missambo, candidate de l’UN, investie au cours d’un congrès tenue à Oyem ? C’est, en tout état de cause, la traduction d’un désir d’ouverture et de changement. Avant elle, jamais une femme n’avait été désignée porte-étendard d’un parti. Toutes se présentaient en indépendantes. Jusqu’au week-end écoulé, jamais un congrès d’investiture ne s’était tenu hors de Libreville. Si des candidatures ont parfois été annoncées depuis l’arrière-pays, jamais ça n’a été dans le cadre d’un congrès. Systématiquement, ces annonces résultaient de décisions unilatérales, prises par le candidat seul. En 2016, par exemple, Ali Bongo prit de court sa propre formation politique en se déclarant depuis le pont d’Ozouri dans le département d’Etimbwé. Edifiant…