Gabon
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Le président de la République à Jeune Afrique : Atteinte à sa stature et à son autorité

En se défaussant sur des personnalités nommées par ses soins, Ali Bongo a laissé le sentiment de ne pas toujours avoir le contrôle de ses ouailles.

Dans une interview à Jeune Afrique, Ali Bongo affirme n’avoir «pas toujours été satisfait des personnes à qui (il a) confié des responsabilités». Si l’objectif paraît évident, le procédé semble contre-productif. © Gabonreview

Physiquement affaibli par les conséquences d’un accident vasculaire et cérébral, Ali Bongo joue la carte de la compassion. Politiquement diminué par un bilan introuvable, il tente de se dédouaner. Dans une interview parue chez notre confrère Jeune Afrique, il affirme n’avoir «pas toujours été satisfait des personnes à qui (il a) confié des responsabilités». Si l’objectif paraît évident, le procédé semble contre-productif. Au mieux, il le présente comme irresponsable politiquement. Au pire, il accrédite l’idée d’un président de la République impuissant, otage des siens et pas toujours maître de ses choix. Or, aux termes des articles 15 et 20 de la Constitution, il dispose du pouvoir de nommer et démettre les préposés aux emplois supérieurs de l’État, notamment les membres du gouvernement. Mieux, l’analyse combinée des articles 8 et 28 en fait le seul et unique dépositaire du pouvoir exécutif.

Fidèle à sa stratégie

Pour autant, Ali Bongo n’a pas surpris grand monde. En décembre 2016, dans ses premiers vœux à la nation, il accusait «certains compatriotes, à des niveaux d’éducation et de responsabilité parfois très élevés (…) de penser « moi d’abord », ma famille, mon ethnie sans jamais penser au Gabon». Trois années plus loin, il sommait «ces hommes et ces femmes (…) nommés (…) (au) service (des Gabonais) de (…) réviser leur manière d’être, de fonctionner, et de revenir à l’essentiel : travailler pour l’intérêt général.» Il y a quelques jours, à Ndjolé, il a tenu des propos allant dans le même sens. C’est dire si cette confession résonne comme une antienne. C’est aussi dire si on peut douter de son efficacité. C’est, enfin, dire si on peut se demander si elle ne nuit pas à la crédibilité de son auteur.

Fidèle à sa stratégie de toujours, Ali Bongo pointe un doigt accusateur vers son entourage. Mais cet artifice de communication ne le tire nullement d’affaire. Bien au contraire. Admet-il avoir été déçu par certains de ses collaborateurs ? On le renvoie à ses déclarations d’antan, quand il dénonçait «une lenteur dans l’exécution (…) (de nombreux) projets», s’engageant à «corriger au plus vite certaines erreurs, notamment celles de casting, pour placer l’homme qu’il faut à la place qu’il faut». Cherche-t-il a se présenter comme un homme trahi ? On le ramène à ses certitudes des débuts, quand il affirmait avoir expurgé l’appareil d’État des «pesanteurs et (…) personnes qui ne faisaient pas leur travail ou, pis, profitaient de leur position pour (…) en faire commerce.» Personne n’a oublié ses sorties empreintes d’autosatisfaction, quand il balayait toute critique du revers de la main, accusant leurs auteurs de n’avoir «pas compris que le Gabon (a) changé».

Rétablir la confiance de nos compatriotes dans nos institutions

Personne n’a non plus oublié ses errements programmatiques. Lancé en février 2016, le Programme pour l’égalité des chances s’est très vite mué en Plan de relance de l’économie, lui-même remplacé par le Plan d’accélération de la transformation. De leur mise en œuvre, on retient peu de choses, hormis les polémiques nées des révisions à la hussarde du Code civil ou du Code pénal, sous prétexte de promotion des droits des femmes ou des homosexuels. Comme si ces catégories de citoyens étaient particulièrement en danger. Comme si leur cohabitation avec le reste du corps social était singulièrement heurtée. En mettant à l’index son entourage, Ali Bongo a-t-il contribué à donner de la lisibilité à son bilan ? A-t-il conforté le prestige de sa fonction ? On peut en douter.

Tout compte fait, en se défaussant sur des personnalités nommées par ses soins, Ali Bongo a laissé le sentiment de ne pas toujours avoir le contrôle de ses ouailles, portant atteinte à sa stature et à son autorité. «Il faut rétablir la confiance de nos compatriotes dans nos institutions, qui sont les piliers de notre République et de notre démocratie», écrivait-il pourtant dans un tweet en janvier 2017. La question est maintenant de savoir si en sombrant dans le pilatisme, il n’œuvre pas plutôt à l’enracinement de la défiance populaire vis-à-vis des institutions, y compris le président de la République. A la fin des fins, sa sortie sème le doute sur la paternité de nombreuses décisions.  Si cette interview visait à le mettre sur orbite, elle pourrait avoir eu l’effet contraire. Pour son équipe de communication, il est temps de changer de méthode et de songer à de nouveaux éléments de langage.