Guinea
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Coups d’état : Le réveil tardif de la CEDEAO

En août 2020, un coup d’État a chassé le président malien, Ibrahim Boubacar Keita alias IBK pour des raisons qui ne sont bonnes que pour le marketing politique : ‘‘mauvaise gouvernance, insécurité grandissante, élections contestées et atteintes aux droits fondamentaux des citoyens.’’ La communauté internationale, conduite par la CEDEAO, a tenu les bras croisés, en regardant ce spectacle anachronique se dérouler en prenant parfois des décisions molles à l’encontre des putschistes. En réalité, elle a semblé simplement hausser les épaules et passer à autre chose.

Alpha Condé avait combattu vaillamment le coup d’État au Mali, mais la plupart de ses camarades de la CEDEAO l’ont laissé tomber comme une vieille chaussette. Peut-être qu’au-delà de la défense de la démocratie et du pouvoir d’un vieil ami, il avait eu une vision prophétique de son propre destin, car un an plus tard, il a été à son tour renversé par un coup d’État. Les raisons ? ‘‘Des droits citoyens écrasés’’, une ‘‘politisation à outrance de l’administration’’ et un peu de ‘‘gabegie financière’’ pour couronner le tout. Il fallait bien trouver des raisons…

Les détracteurs du vieil homme politique ont même essayé de faire bonne figure en invoquant un « troisième mandat controversé », mais les plus avisés savaient que c’était du bluff. Remarquons que le CNRD en justifiant le putsch le 5 septembre 2021, n’a nulle part évoqué cette affaire de 3è mandat (relire le discours de prise du pouvoir).

Le coup d’état c’est comme la peste. Il est très contagieux. Quelques mois après la Guinée, les militaires burkinabé se sont dits : ‘‘Pourquoi pas nous ?’’ et ont renversé le président Roch Marc Kaboré. Autant dire que l’Afrique de l’Ouest a visiblement décidé de faire un voyage dans le passé, en ramenant les pratiques des années ‘‘60’’, ‘‘70’’, ‘‘80’’. Il est maintenant plus facile et légitime d’avoir le pouvoir par les armes que par les urnes. La situation est d’autant plus intrigante que les nouveaux maitres en treillis sont vite adoubés par des politiques -le plus souvent les opposants du président renversé- censés défendre les normes démocratiques. La politique du ‘‘ventre communicant’’ a pignon sur rues dans nos Républiques bancales. L’Afrique de l’Ouest est en train de devenir une scène de comédie politique, où les politiques jouent au poker avec les putschistes et où la démocratie est devenue une notion facultative.

Revenons à la CEDEAO. Face à la série hilarante de coups d’État, elle s’est finalement réveillée de sa torpeur. Son nouveau président, Bola Ahmed Tinubu, a tapé du poing sur la table. Et veut que le cas du Niger -qui a connu cette semaine un coup d’état-, soit le dernier de la série. Mais les questions sont : N’est-ce pas trop tard ? N’a-t-on pas laissé les militaires prendre trop de pouvoir et de contrôle ? La CEDEAO ne joue-t-elle pas le médecin après la mort ? Le mal est déjà fait.

Par Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com