Luxembourg
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«La braderie a besoin d’un nouveau concept»

Les petits prix n’ont pas suffi à attirer les foules de chalands habituels dans le quartier Gare, hier. 

La publicité était prometteuse, la réalité décevante. Un semblant de braderie n’a pas suffi à masquer les problèmes rencontrés par les commerces dans cette partie de la capitale.

C’était jour de braderie à Luxembourg, hier. Nous avons délaissé les coups de cœur de la Ville-Haute pour prendre le pouls du quartier Gare. Descendu du tram place de Paris, rien ne permettait à première vue de conclure à la tenue d’un évènement particulier. L’avenue de la Liberté n’était pas plus fréquentée qu’un jour de semaine ordinaire. Il aura fallu faire un crochet par la rue du Fort-Bourbon et rejoindre sa voisine pour se plonger dans un semblant de braderie. Ou plutôt un marché composé essentiellement d’échoppes de vendeurs de vêtements venus à Luxembourg pour l’occasion. Tout à moins de 20 euros.

À l’inverse du plus bourgeois centre-ville où on se salue, l’ambiance est plus populaire au sud de la place de Paris et le long de l’avenue de la Gare. De ce côté-ci de la Pétrusse, les prix sont vraiment plus rikikis et des vendeurs de marchés comblent les vides laissés par les magasins franchisés qui ne jouent pas le jeu de la braderie ainsi que par les commerçants du quartier qui ont baissé définitivement leur rideau.

Les travaux du tram, la perte d’emplacements de stationnement et la criminalité ambiante rendraient le quartier peu attractif, selon les visiteurs. «Il faut bien reconnaître, quelle qu’en soit la raison, que les commerces périclitent depuis des années dans le quartier», regrette Marianne, une habitante de la capitale. «Quand j’étais jeune et que je travaillais encore, je m’habillais chez Frieden. Il y avait encore des belles boutiques à l’époque. Aujourd’hui, c’est du made in China prêt à jeter. Et encore! Même ces commerces-là ont mis la clé sous la porte.» Elle y va fort, mais elle n’a pas tort.

«Regardez, l’avenue de la Liberté est vide et l’avenue de la Gare est remplie de stands de marchands qu’on trouve habituellement sur les marchés», décrit Laura. «Cela n’a plus rien à voir avec les braderies d’avant le tram où il fallait se frayer un chemin dans la foule et où les bus en direction de la gare étaient bondés. On pouvait encore vraiment faire des affaires à l’époque.»

Pour qui a grandi au Luxembourg, le contraste est en effet saisissant. «Au centre-ville, tout est trop cher, même bradé je ne peux pas me permettre un pull à 300 euros, et à la Gare, ce n’est pas de la qualité. Pas étonnant qu’on aille dans les centres commerciaux ou en ligne», s’emporte Yvonne qui est rentrée chez elle sans avoir fait de bonnes affaires cette année. Brice qui l’accompagne, pointe l’absence de stands «où boire un coup et manger un bout». Un sacré contraste avec le centre-ville. «Comment voulez-vous amener de la vie dans un quartier quand la moitié des surfaces commerciales sont vides?»

Les étals de vendeurs de marchés peinent à masquer les espaces commerciaux vides le long des deux grandes artères du quartier.

Donner envie de participer

Le quartier Gare a, semble-t-il, perdu en attractivité tant pour les commerçants que pour les clients potentiels. L’insécurité ne serait pas la seule responsable. José, commerçant de la place de Paris, a son idée sur la question. Baisse du pouvoir d’achat, covid, chantier du tram, locaux commerciaux vides en raison de loyers trop élevés ou cellules commerciales trop grandes sont, selon lui, autant d’explications de sa désertification. «Tout ces magasins fermés ne donnent pas envie aux gens de se déplacer», estime cette figure du quartier.

«En pleine journée, quand il y a du monde dans les rues, ce n’est pas uniquement l’insécurité qui empêche les gens de venir. La police fait des rondes et tant que les magasins sont ouverts, ils amènent de la vie et repoussent les auteurs d’incivilités.» José plaide donc logiquement en faveur de l’ouverture des commerces au-delà de 18 h. «Les gens qui travaillent ou vivent dans le quartier vont dans les centres commerciaux en périphérie de la Ville et libèrent la voie à la criminalité.»

La fréquentation de la braderie et son aspect ne seraient, selon le commerçant, que le reflet d’une situation qui perdure «depuis trop longtemps». «Les dernières franchises encore ouvertes ne participent pas aux braderies et il n’y a presque plus que cela dans le quartier», déplore-t-il.

«Avant, sur la place de Paris, il y avait des baraques où acheter à manger et boire un verre en passant. Il n’y a rien pour attirer des gens. Ils reviennent de vacances. Ceux qui n’ont pas encore repris le travail préfèrent aller se divertir à la Schueberfouer. Peut-être qu’en organisant la braderie un dimanche et en l’accompagnant d’animations, les gens auraient plus le temps de venir.»

L’insécurité ne serait qu’une des raisons de la désaffection du public pour ce quartier somme toute très vivant.

Des pistes et des idées, Corinne Cahen dit en avoir présenté tout un catalogue à la bourgmestre de la Ville récemment. Sa famille exploite le magasin de chaussures Léon dans l’avenue de la Gare depuis près d’un siècle. «L’année passée, c’était déjà la même chose. C’est triste! Nous payons pour un stand sur le trottoir, le seul d’une rue dans laquelle il n’y a pas de braderie à proprement parler», constate-t-elle. «La braderie est une tradition. Il faut, en tant que Ville de Luxembourg, nous demander ce que nous attendons de la braderie, comment nous voulons l’organiser et comment donner envie aux commerçants et aux visiteurs d’y participer pour qu’elle perdure.» La braderie doit, selon l’échevine, être adaptée aux nouveaux modes de consommation et à un urbanisme qui a changé avec notamment l’arrivée du tram. «Elle a besoin d’un nouveau concept.» Mais pas seulement elle. «Il faut déterminer ce que nous attendons du quartier Gare. Nous avons besoin d’un nouveau concept global pour ce quartier qui est un quartier vivant.»