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OGM : l’Europe veut assouplir les règles, Greenpeace monte au créneau

Une partie des OGM pourrait échapper à l’étiquetage et le consommateur n’en saura rien. (Photo : afp)

La Commission européenne envisage de supprimer l’étiquetage de certaines plantes et autres produits génétiquement modifiés. Greenpeace dénonce une violation du principe de précaution.

Depuis 2001, une directive européenne impose aux États membres d’étiqueter les organismes génétiquement modifiés (OGM) : la directive 2001/18/CE relative à la dissémination volontaire d’OGM. Partant du principe de précaution – on ne connaît pas avec certitude les effets négatifs que pourraient avoir les OGM sur la santé et l’environnement –, l’UE oblige à ce que soient signalés les produits génétiquement modifiés ou contenant des OGM de sorte que le consommateur fasse ses propres choix en toute connaissance. Mais cette directive doit être révisée très prochainement et la CE envisage d’exclure de cette obligation d’étiquetage les nouveaux OGM, ou «NGT» (Nouvelles techniques génomiques). Une proposition qui suscite la colère et l’inquiétude des associations écologistes et des acteurs de l’agriculture paysanne et biologique.

Ces nouvelles méthodes, notamment la CRISPR-Cas9 (ou «ciseaux génétiques»), permettent en effet d’intervenir en profondeur dans le génome, d’autant qu’elles peuvent être appliquées plusieurs fois et simultanément à de nombreux gènes différents. «D’aucuns arguent que ces modifications apparaissent aussi dans la nature ou lorsqu’on croise des plantes. Sauf qu’avec les NTG, on peut effectuer cette manipulation à 20 endroits différents de l’ADN et changer jusqu’à 20 paires de base pour chacun d’eux! Cela n’arrive pas dans la nature!», rétorque Benny Haerlin de Zukunftsstiftung Landswirtschaft.

De nouveaux pesticides «extincteurs de gènes»

Il cite en exemple cette variété de tomate génétiquement modifiée grâce à la technologie CRISPR-Cas9 au Japon (et mise sur le marché) qui contient à dessein de grandes quantités d’acide γ-aminobutyrique (GABA), lequel permet de faire baisser la pression artérielle. «La suppression de la fonction de contrôle d’un neurotransmetteur dans cette tomate augmente de 15 à 20 fois le taux de GABA. Elle est censée faire décompresser. Personnellement, j’aimerais savoir quelles manipulations ont été faites concernant ce que je mange ou ce que j’offre à mes convives», peste Benny Haerlin.

Il signale aussi la recherche menée par Bayer pour développer de nouveaux pesticides «extincteurs de gènes» (appelés ARNi) : les plantes sont transformées pour diffuser un acide qui inhibe l’expression génétique des insectes, bloquant par exemple leur appétit. Or les insectes pollinisateurs sont vitaux pour la reproduction des plantes, et donc pour notre alimentation. «Les gens ne sauraient même pas qu’ils tuent les insectes en utilisant ces plantes!»

Mise à mal de la production biologique

En excluant les NGT de la règlementation européenne, il n’y aura plus d’étiquetage pour les repérer, plus d’évaluations des risques de ces OGM ni de retrait effectif des plantes disséminées dans l’environnement. La production biologique et sans OGM ne sera de fait plus protégée. «Le principe de précaution et la liberté de choix du consommateur ne s’appliqueront plus», alerte Raymond Aendekerk, directeur de Greenpeace, qui insiste : «C’est une violation du principe de précaution».

Avec cette proposition, la CE fait aussi «entièrement peser sur l’agriculture et l’industrie alimentaire biologiques les coûts de la preuve de l’absence d’OGM dans leurs produits. Et la responsabilité étant reportée sur les États, il ne sera pratiquement plus possible d’empêcher la culture d’OGM au sein d’un territoire donné», met en garde Dani Noesen, directrice de la Vereenegung fir Biolandwirtschaft Lëtzebuerg. Sans oublier le risque de dépendance accrue aux grands groupes phytopharmaceutiques (ce qui se constate déjà au niveau des semences) ainsi qu’à certains États (comme la Chine ou les États-Unis).

«Nous exigeons des procédures juridiques claires»

Greenpeace, Bauerenallianz, Lëtzebuerger Landjugend a Jongbaueren et Vereenegung fir Biolandwirtschaft Lëtzebuerg interpellent donc le ministre de l’Agriculture, Claude Haagen, resté jusque-là silencieux malgré plusieurs demandes d’entretien de la part de Greenpeace, afin qu’il «se prononce clairement contre la proposition de la CE» et défende cette position auprès des autres États membres.

«La commission, les scientifiques et les compagnies tentent de polariser le débat sur le fait d’être pour ou contre l’innovation. Pour eux, demander la labellisation, faire une approche pas à pas, vouloir évaluer les risques, c’est être contre», déplore Benny Haerlin. «Il n’est pas question d’interdire les plantes NGT, mais nous exigeons des procédures juridiques claires pour leur autorisation et leur étiquetage. C’est la seule façon de garantir à chacun la liberté de choix», résume Sara Thill, de Lëtzebuerger Landjugend a Jongbaueren.

Greenpeace a lancé une pétition pour inciter le gouvernement luxembourgeois à s’opposer au nouveau projet de loi de la CE : https://www.greenpeace.org/luxembourg/fr/petition/nouveaux-ogm/