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«Over the Rainbow» : l’art et la représentation des LGBT

Sister Sadie, the Rabbi Lady, immortalisée en 1983 à l’occasion de la première messe interéglises «gay» en souvenir des malades et victimes du sida. (Photo : Jean-Baptiste Carhaix/Centre Pompidou)

À Paris, le Centre Pompidou met en lumière la manière dont des artistes, militants avant l’heure, ont contribué à transformer la représentation des LGBT grâce à leur travail.

À l’affiche jusqu’au 13 novembre, l’exposition «Over the Rainbow» réunit plus de 500 œuvres et documents rares – livres, revues, photographies, films anciens et tableaux – puisés principalement dans les collections du Centre Pompidou et de la Bibliothèque Kandinsky, le centre de recherche du musée parisien. L’exposition permet ainsi de découvrir une somme d’archives singulières et passionnantes de la culture LGBTQIA+, longtemps occultées pour des raisons de censure ou d’indifférence, tout en y retrouvant les grands noms, de Jean Cocteau à Andy Warhol, de Jean Genet à Kenneth Anger, en passant par la photographe Florence Henri ou la sculptrice Nancy Grossman.

«En raison de leur caractère sexuellement explicite, certaines œuvres peuvent heurter la sensibilité du public», prévient le Centre Pompidou. L’accès des mineurs à l’exposition est donc déconseillé. «L’idée de l’exposition est de s’interroger sur la façon dont des artistes, quelle que soit leur sexualité, ont voulu montrer une image affirmative pour lutter contre les stéréotypes qui ont été longtemps le lot commun», explique le conservateur Nicolas Liucci-Goutnikov, commissaire de «Over the Rainbow» et responsable de la Bibliothèque Kandinsky. «L’exposition n’est pas exhaustive, mais propose une succession de moments significatifs de l’histoire sociale et culturelle des sexualités et (…) une constellation d’œuvres diverses ayant pour point commun d’affirmer, chacune à sa façon, ce que dénigre la représentation homophobe», ajoute-t-il.

Premier manifeste homosexuel

La visite démarre par l’évocation du Paris lesbien des années 1930 avec le «salon de l’Amazone», un discret cercle littéraire et artistique créé par Natalie Clifford Barney, une expatriée américaine, et fréquenté par de nombreuses personnalités, dont les peintres Marie Laurencin et Romaine Brooks, la libraire Sylvia Beach, l’actrice Greta Garbo… Parmi les œuvres présentées : Femmes à la colombe, huile sur toile en autoportrait de Marie Laurencin, en compagnie de la styliste Nicole Groult, qui partageait sa vie.

Les dessins homoérotiques de Jean Cocteau et de ses compagnons, dont l’écrivain Raymond Radiguet et l’acteur Jean Marais, sont en bonne place, tout comme une rare édition de 1930 de son Livre blanc, premier manifeste homosexuel que l’écrivain n’a pas signé à sa première parution en 1927, mais seulement les dessins qui l’illustrent quelques années après. «Nous montrons aussi des dessins au stylo-bille très peu connus d’Andy Warhol dans les années 1950, avant qu’il devienne artiste de pop-art», souligne Nicolas Liucci-Goutnikov.

Premières transitions de genre

Le photographe Brassaï est à l’honneur avec nombre de ses clichés pris au Bal du Magic-City, la scène la plus courue du travestissement à Paris entre les deux guerres. Le court métrage longtemps censuré Un chant d’amour (Jean Genet, 1950), qui voyait dans la pédérastie une révolte contre la société, est présenté, tandis que l’exposition évoque aussi les premières transitions de genre avec les peintres Michel-Marie Poulain et Lili Elbe, considérée comme la première personne à avoir pratiqué une chirurgie de réattribution dans les années 1930.

L’apport d’artistes au militantisme, avec des affiches emblématiques en faveur de la lutte contre le sida, est aussi abordé, tout comme les fétichismes, notamment avec une toile d’Andy Warhol, Oxidation Painting, récemment acquise par le Centre Pompidou et réalisée avec l’urine des modèles qui fréquentaient la Factory dans les années 1970.

Jusqu’au 13 novembre.
Centre Pompidou – Paris.