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Qatargate: beaucoup de révélations, mais peu de certitudes

Belgique

Les rebondissements se suivent alors que plusieurs protagonistes du dossier continuent à clamer leur innocence.

A la demande des avocats d’Eva Kaili, toutes les parties impliquées dans le Qatargate se retrouveront devant la chambre des mises en accusation de Bruxelles, le 19 septembre. 

A la demande des avocats d’Eva Kaili, toutes les parties impliquées dans le Qatargate se retrouveront devant la chambre des mises en accusation de Bruxelles, le 19 septembre.  Foto: AFP

Le Qatargate paraît sans fin, émaillé ici de révélations qui posent à tout le moins question sur des usages en cours au Parlement européen, parsemé là de revers pour les enquêteurs qui tardent à trouver la clé de l’affaire.

Ladite affaire, rappelons-le, a débuté en décembre dernier. Plusieurs eurodéputés et leur entourage sont alors pointés du doigt par les enquêteurs belges et italiens pour avoir touché des pots-de-vin du Qatar. Ils auraient en contrepartie contribué à redorer son image en souffrance à la veille de la Coupe du monde de football. Le principal suspect, Antonio Panzeri, un ancien eurodéputé et fondateur de l’ONG Fight Impunity, est au coeur du dossier. Il craque et choisit d’aider les policiers en échange du statut de repenti qui doit lui éviter une lourde condamnation. 

Dernier rebondissement en date: le 19 juillet dernier, lors d’une énième perquisition menée chez l’eurodéputée belge Marie Arena, une somme d'un peu plus de 280.000 euros en liquide, incluant des billets enliassés, est découverte. Non au domicile bruxellois de la socialiste «souvent soupçonnée mais jamais inculpée», mais dans l'appartement «attenant» de son fils Ugo Lemaire. L'origine de cet argent demeure inconnue, et aucun lien n’a été établi avec le Qatargate jusqu'à preuve du contraire.

Des liaisons embarrassantes

Ce n’est cependant pas la première fois qu’Ugo Lemaire apparaît dans cette affaire. Le nom du fils de Marie Arena s’est en effet retrouvé jeté sur la place publique par la défense de Marc Tarabella. L’avocat de l’autre eurodéputé belge inculpé dans le Qatargate, qui cherchait à disqualifier le juge d’instruction Michel Claise en charge du dossier, a réussi à mettre en évidence les liens existant entre Ugo Lemaire et Nicolas… Claise, le fils du magistrat. Les deux hommes ont créé une société de commerce de CBD, un cannabis tout ce qu’il y a de plus légal, dépourvu de substances psychotropes. Mais leur proximité n’a laissé d’autre choix au juge Claise que de se déporter et de passer la main à sa consoeur Aurélie Dejaiffe.

280.000 euros ne représentent pas une somme énorme en soi. Mais encore faut-il savoir d’où elle vient. A l’heure actuelle, les enquêteurs analysent les billets saisis pour relever d’éventuelles empreintes digitales et traces d’ADN afin de déterminer s'il existe des correspondances potentielles avec les autres personnes impliquées dans le Qatargate.

«Ugo Lemaire», détaille «Le Soir», a été lié au dossier Qatargate par des écoutes directes de la Sûreté de l'État effectuées chez le principal suspect, Antonio Panzeri. Celui-ci avait prétendu avoir proposé d'inclure le fils de Marie Arena sur une liste de personnes pouvant recevoir des places gratuites pour un match de la Coupe du monde au Qatar. Cependant, Ugo Lemaire avait nié avoir reçu une telle proposition ou être allé au Qatar. »

L’étau semble donc se resserrer autour de Marie Arena et de son entourage. 

L’étau semble donc se resserrer autour de Marie Arena et de son entourage. Mais semble, seulement. Souvent citée dans cette affaire, la socialiste n’a jamais été inculpée à défaut de preuves. Ses relations d’amitié étroites avec Antonio Panzeri – le «repenti» - ne suffisent pas à en faire une criminelle. Panzeri ne l’a jamais mouillée. Néanmoins, un rapport des services de renseignement déclassifié en janvier dernier laisse planer le doute quant à l’intégrité de l’eurodéputée. Elle est suspecte d’avoir reçu des cadeaux du Qatar, ce qu’elle nie catégoriquement. Il est question d’une montre de luxe, d’un collier et d’une somme d'argent. Mais de là à le démontrer, il y a semble-t-il une marge.

Le dossier mauritanien

En juillet toujours, une autre histoire d’argent sale et de corruption a déboulé dans la presse. Pour résumer, six mois plus tôt, en décembre 2022, la Cellule de Traitement des Informations Financières (Ctif) a signalé au Parquet fédéral une série de retraits importants d'argent liquide effectués auprès de la banque KBC par des collaborateurs de l'ambassade du Qatar à Bruxelles et par l'ambassadeur de Mauritanie. Ce dernier pays est lui aussi suspect d'avoir tenté d'influencer la politique européenne en corrompant des parlementaires et des assistants.

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Le «Qatargate» fait tomber les têtes

Selon les informations rendues publiques, le diplomate mauritanien aurait effectué d'importantes dépenses, notamment pour payer le loyer d'un appartement appartenant à Francesco Giorgi, le compagnon de la Grecque Eva Kaili, vice-présidente du Parlement européen, tour à tour inculpée dans le Qatargate, emprisonnée et libérée sous conditions en mai dernier. Ces transactions alimentent les soupçons des enquêteurs, d'autant que Francesco Giorgi a travaillé pour le compte du Maroc, du Qatar et de la Mauritanie. L'ambassadeur de Mauritanie n'a pas souhaité réagir.

Tarabella, le dindon de la farce?

Jusqu’à quel point ces nouveaux développements permettront-ils d’établir des faits de corruption? Antonio Panzeri est inculpé pour «appartenance à une organisation criminelle», «blanchiment d'argent» et «corruption». Sa culpabilité ne ferait aucun doute. Depuis avril dernier, l’ex-eurodéputé Italien bénéficie d’une détention à domicile sous le régime du bracelet électronique, comme le prévoit son accord de «repenti» avec la justice belge. Marc Tarabella a été libéré sous conditions en mai et reste inculpé. Il clame son innocence. Merry Hermanus, un ex-ténor du PS, accuse le parti à la rose d’avoir lâché Tarabella pour protéger Marie Arena. Quant à Eva Kaili, libérée sous conditions, revenue s’assoir en juillet dernier dans les travées de Strasbourg, elle n’en reste pas moins inculpée. De fortes sommes d’argent avaient été retrouvées chez elle. L’eurodéputée grecque avait été confondue par l'arrestation de son propre père venu lui rendre visite en Belgique, une valise bourrée d’argent liquide à la main. Depuis, des perquisitions ont été menées dans son entourage en Grèce.

A la demande des avocats d’Eva Kaili, toutes les parties impliquées dans le Qatargate se retrouveront devant la chambre des mises en accusation de Bruxelles, le 19 septembre. Un contrôle de l’instruction sera mené afin de vérifier la régularité de la procédure suivie. Une pression de plus exercée sur les enquêteurs d’une affaire qui a démarré en fanfare mais peine à conserver la bonne partition.