logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo logo
star Bookmark: Tag Tag Tag Tag Tag
Madagascar

Immortel Mahaleo

Deux semaines. C’est le court entracte d’une tragédie nationale : la pièce sombre en deux actes qui a décimé le groupe le plus mythique de Madagascar : Mahaleo, surnommé par certains les Beatles de Madagascar. Mahaleo peut être pour Antsirabe ce que les quatre garçons dans le vent ont été pour Liverpool. Mais contrairement à la bande à John Lennon, disloqué dans les années 70, le liant du groupe Mahaleo était d’une solidité à toute épreuve : un ciment dont la ténacité est la forme manifeste de la « potentielle immortalité » du groupe. Paradoxalement, le groupe qui a produit le titre qui est le plus éloquent en cette période de deuil, « tsy misy ny doria », est aussi celui qui a engendré des immortels.

Potentielle immortalité. Entendre des chansons quadragénaires qui conservent cette fraicheur qui est, en temps normal, l’exclusivité de la jeunesse, c’est constater l’impuissance du temps : l’histoire avance, nous passons mais ces morceaux de légende demeurent. Tel Dorian Gray, le personnage éponyme du roman d’Oscar Wilde, ces produits de Mahaleo sont revêtus d’une éternelle jeunesse.

L’œuvre d’art, selon Hannah Arendt, a une « immortalité potentielle ». Elle se conserve, elle reste quand l’artiste part. Ainsi est-elle « destinée à survivre au va-et-vient des générations. » Ceux qui ont le cœur toujours ébranlé par les secousses de ces trois dernières semaines, ceux dont les larmes restent intarissables, voient dans cette acception une prophétie sur le destin des œuvres de Mahaleo. Déjà la distinction se fait entre l’art véritable et les étoiles filantes à éclat éphémère carburé au matraquage, ces parasites qui squattent le paysage artistique.

Mahaleo est un top of mind, un incon­tournable des journées et soirées karaoké ou des instants au cours desquels on pousse généreusement la chansonnette. Mahaleo est celui qui fait l’unanimité entre les générations : et l’expression de 7 à 77 ans trouve ici un emploi au sens littéral. Un sexagénaire éprouve le même délice qu’un représentant de la génération Y ou Z quand sont joués « Isekely », « Ny rivotra », « Adin-tsaina », « Rafahafahana », « Lendrema » … Le Beau est « ce qui plait universellement sans concept. » (Emmanuel Kant)
Ainsi peut se comprendre la dimension nationale du choc. Fafah et Dadah étaient des trésors nationaux, aussi précieux que la cassette si chère à Harpagon dans l’Avare (Molière, 1668). Le séisme était éprouvant : on a enfin vraiment vécu l’expérience du sens propre du deuil national.

Quand Bekoto a décreté la fin de Mahaleo, on s’est alors demandé comment un groupe qui possède cette maîtrise de l’esquive des ravages du temps peut-il mourir ? En tout cas, le temps ne réussira pas à l’extirper des cœurs dans lesquels il s’est solidement ancré. La magistrale mélodie et les paroles d’« andro ririnina », par exemple, continueront de réchauffer nos rudes journées d’hiver. « Hiaraka isika na tomany na sariaka. » (Dadah)

Themes
ICO